25 années de célébration d’un médium onirique

Le Salon du dessin 2016 a fermé ses portes il y a quinze jours après six jours d’exposition au cœur du Palais Brongniart, Place de la Bourse à Paris, consacré uniquement à un médium d’une longévité sans égal. Pour ce salon de renommée internationale qui célébrait ses 25 ans, l’heure est au bilan.

Ce salon, créé en 1991 sous l’initiative de neuf marchands, qui souhaitaient valoriser l’attractivité du dessin, a réussi au fil des ans, à devenir un rendez-vous printanier incontournable dans les agendas des collectionneurs et conservateurs des cabinets d’art graphique.

Cette année, pas moins de 39 exposants étaient présents pour rendre hommage aussi bien aux feuilles de maîtres anciens, qu’à celles d’artistes modernes ou contemporains, dont 4 nouvelles galeries françaises, belges et allemandes.

Pour marquer cet anniversaire, signe de la passion toujours existante pour le trait, un livre « spécial 25 ans » a également été édité, et permet de revenir sur les dessins les plus marquants des éditions précédentes, le tout ponctué par le témoignage de professionnels.

Mais comment un salon dédié au dessin avec un fort intérêt pour les maîtres anciens, peut-il survivre face à d’importantes foires d’art contemporain qui, hasard du calendrier ou pas, se sont déroulées en même temps comme le PAD Paris, Art Paris Art Fair et surtout DrawingNow, le salon du dessin contemporain.

La raison d’être d’un tel succès

Tout d’abord, l’accent est mis sur la qualité des galeries sélectionnées et des œuvres présentées. On pourrait penser que les feuilles anciennes se font de plus en plus rares tout comme les acheteurs. Mais le nombre de points rouges et les œuvres inédites présentées cette année nous feront dire le contraire. On pense notamment à une feuille redécouverte de Giorgio Vasari, Allégorie de l’Eternité, présentée par la galerie Aaron (Paris), ou encore cette magnifique sanguine de Jacques-Louis David, Académie d’homme en Hercule, proposée par la galeriste parisienne Nathalie Motte-Masselink. Un vrai coup de cœur également, pour un magnifique Christ sur la Croix par Odilon Redon sur le stand de la galerie Stephen Ongpin Fine Art, ou encore pour plusieurs Spilliaert exposés par la galerie belge Eric Gillis Fine Art. Evidemment, toutes ces merveilles ont un prix que seuls certains collectionneurs peuvent acquérir.

Odilon Redon - Christ sur la croix / Crédit photo Stephen Ongpin Fine Art

Odilon Redon – Christ sur la croix / Crédit photo Stephen Ongpin Fine Art

À ce sujet, on regrette que les quelques galeries, qui se comptent sur les doigts d’une main, affichent clairement leurs prix en laissant à disposition des visiteurs leurs grilles de tarifs pour les œuvres exposées. Les autres se contentent d’ouvrir rapidement, et discrètement, leurs classeurs pour vous répondre. Pour un salon qui se veut proche du public et des néophytes, sur ce point, on en est encore bien loin de les satisfaire.

Léon Spilliaert - Le Nuage / Crédit photo Eric Gillis Fine Art

Léon Spilliaert – Le Nuage / Crédit photo Eric Gillis Fine Art

Par ailleurs, le Salon du dessin ne délaisse pas la création contemporaine, puisque le 9ème Prix de dessin contemporain de la fondation Daniel et Florence Guerlain, a été remis jeudi 31 mars par le célèbre couple de collectionneurs au jeune créateur américain Cameron Jamie, dont on vous laisse aller découvrir son travail transcendantal et rempli d’énergie.

Enfin, un réel accent est mis sur le lien entre le marché de l’art et le monde institutionnel y compris l’axe scientifique ; deux mondes, en général parallèles, qui s’ignorent et opèrent souvent l’un sans l’autre. Ici, rien de tel et on le ressent. Outre la volonté d’organiser une édition de qualité sans mettre l’accent sur la rentabilité économique, cet événement réussit à fédérer autour de la Semaine du dessin, les plus grandes institutions d’Île de France, afin de proposer la visite de leurs cabinets des arts graphiques à travers le thème (pour certaines uniquement) de David à Delacroix. La BNF présentait, quant à elle, une importante collection de portraits. Le musée Condé à Chantilly a choisi d’exposer une partie importante de son fonds consacrée à Prud’hon, quant aux œuvres exhibées par le Centre Pompidou (l’art contemporain n’est pas oublié), l’accent a été mis sur le traitement des images anciennes, la copie, l’hommage et le pastiche.

Point d’orgue de ce lien marché-institution, la traditionnelle exposition muséale du salon était dédiée, cette année, au Musée d’Etat des Beaux-Arts de Pouchkine, venu présenter une partie de son fonds de dessins. Cette première invitation d’un musée étranger au salon vient souligner l’internationalisation de l’événement, et l’ouverture vers une culture tournée désormais à l’Est. Toutefois, outre de très beaux Kandinski, on regrette sur les 26 feuilles exposées, le peu de prêts de dessins anciens.

En complément à tous ces évènements, deux demi-journées de colloques ont eu lieu avec là encore comme point de départ, l’exposition De David à Delacroix. La peinture française de 1774 à 1830 (Galeries nationales du Grand Palais, 1974-1975), afin de présenter les travaux scientifiques et la relecture de l’œuvre graphique de certains artistes français depuis quarante ans.

Sam Szafran - Escalier de la rue de Seine / crédit photo galerie Jacques Elabaz - Jean-Louis Losi

Sam Szafran – Escalier de la rue de Seine / crédit photo galerie Jacques Elabaz – Jean-Louis Losi

Elisabeth Vigée Lebrun – La Dent de Valère et le Rhône depuis les environs de Saint-Maurice / crédit photo Courtesy Galerie Terrades

Elisabeth Vigée Lebrun – La Dent de Valère et le Rhône depuis les environs de Saint-Maurice / crédit photo Courtesy Galerie Terrades

Le salon du dessin, avec une recette qui, finalement, apparaît simple et efficace, a cette année encore, réussi son pari. On soulignera le lien évident entre les œuvres exposées et l’actualité culturelle et artistique, que ce soit avec d’importantes expositions comme celles dédiées à Hubert Robert au Louvre, ou Elisabeth Vigée Lebrun au Petit Palais (2015), la préparation de catalogues raisonnés, comme celui de Sam Szafran ou encore, la présence inévitable d’œuvres de Zao Wou-Ki, artiste dont la cote n’a cessé d’augmenter depuis sa disparition en 2013.

Cependant, on regrette autant la présence de certaines galeries axées uniquement sur l’art contemporain et qui, en cette semaine de foires et salons internationaux, auraient sûrement pu trouver leur place au sein de DrawingNow, que l’absence de grands galeristes comme la galerie Tarantino (Paris).

Aussi, pour compléter votre visite du salon ou, pour consoler ceux qui n’auraient pas eu le temps de s’y rendre, nous vous invitons à aller visiter l’exposition de dessins et tableaux italiens du XVIème siècle de la galerie Tarantino au 38 rue Saint Georges dans le 9ème arrondissement, intitulée L’art & la Manière, qui fermera ses portes le 27 mai prochain !

Pierre Letuaire – Le mot de la fin !/ Crédit photo galerie Terrades

Pierre Letuaire – Le mot de la fin ! / Crédit photo galerie Terrades

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