A girl at my door

« A girl at my door » est le premier long métrage de July Jong, film sud Coréen présenté à Cannes dans le cadre de la compétition « Un certain regard ».

Bae Doona incarne Young Nam, une jeune femme chef de la police que ses supérieurs punissent et mutent hors de Séoul, sa ville d’origine. Sa destination, une petite ville portuaire, l’oblige à déconstruire ses réflexes et habitudes urbaines. Elle va devoir cohabiter avec une population complice, ayant ses propres codes. Young Nam est évidemment considérée comme une intruse potentiellement menaçante. Son autorité dérange, surtout lorsqu’elle perturbe les mœurs machistes et brise les tabous. Confrontée aux maltraitances d’un homme sur sa fille adoptive, elle n’hésite pas à réagir. La communauté excuse les actes du père par l’abus d’alcool. L’inspectrice insiste pourtant et refuse de négliger l’enfant. En agissant ainsi, elle déséquilibre l’ordre et l’harmonie relative qui structurent la petite ville.

July Jong maîtrise les règles du film policier, et réalise sans éclat le rapport de force, entre l’individu solitaire et le reste du monde. Le genre policier utilise souvent ce type de configuration, (l’inspecteur est le seul persuadé à choisir la bonne direction, contre sa hiérarchie ou ses proches). La réalisatrice exploite ainsi le problème de l’exclusion, de la peur de l’autre et du refus de la différence. Car en plus d’être une citadine, Young Nam aime les femmes, réalité que la société coréenne semble avoir encore du mal à accepter.

Le style filmique sud coréen, est simple et épuré. La réalisatrice ne fait pas une démonstration de genre. Elle filme avec humilité mais semble hésiter à creuser davantage. Le film plane légèrement et le spectateur subit ce flottement quasi permanent. Le cinéma sud coréen s’octroie le plus souvent une part de poésie. L’émotion n’y est pas explicite (le contraire du cinéma hollywoodien), mais se dessine davantage comme une impression, une forme de ressenti fragile. Dans ce cadre il n’y a pas de premier degré de lecture et la distanciation devient plus difficile. « A girl at my door » applique ce processus intuitif sans atteindre cette justesse si délicate et épurée.

L’enjeu du film tient dans la rencontre entre deux âmes seules et nomades. On perçoit la volonté chez la réalisatrice d’opérer une aliénation des corps. Les danses lointaines de l’enfant gesticulent anormalement dans cet environnement et signent ainsi un départ annonciateur, regard vers l’horizon. C’est également le corps étroit, strict et frontalier de l’actrice principale qui dégage une forme d’anorexie du langage. Elle ne peut communiquer avec les autres, ni avec son ex copine, et encore moins avec le reste du village. L’on devine ainsi la construction d’une métaphore de la solitude et de l’incompréhension vis à vis d’autrui.

C’est peut être ce parti pris esthétique qu’il aurait fallu développer davantage. On a la sensation que la réalisatrice présente quelques difficultés à jongler, entre l’aspect policier nécessaire à l’intrigue, et un enjeu plus poétique, dans le style du cinéma sud coréen.

« A girl at my door » n’est pas très convaincant et repose énormément sur le charisme de l’actrice principale. La mise en scène manque d’un peu d’agressivité. July Jong aurait dû nous confronter, nous spectateurs, à ses personnages. Elle parvient parfois à semer le doute quant à nos propres perceptions de la vérité, et c’est ici qu’il aurait peut être fallu creuser.

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