À la découverte de l’Asie du Sud-est au Palais de Tokyo

Il y a quelques semaines on vous a parlé du travail de Speak Cryptic, un artiste de Singapour, qui a investi les murs du Palais de Tokyo avec un graffiti à l’entrée du bâtiment. Aujourd’hui on vous parle d’Archipel Secret, l’exposition qui dévoile quelques artistes, tous provenant de l’Asie du Sud-Est, une région abritant des états nations qui partagent une histoire politique et culturelle.

Archipel Secret met à l’honneur l’une des aires géographiques souvent éclipsée par les géants chinois et nippon. Composé par le Cambodge, la Thaïlande, l’Indonésie, les Philippines, Singapour, la Malaisie, le Myanmar et le Laos (absent dans l’exposition), l’archipel du sud-est est tout aussi important et intéressant que ses contreparties asiatiques. À travers les œuvres d’une trentaine d’artistes de la région, le Palais de Tokyo nous amène vers des terres lointaines, et nous montre le quotidien, les traditions et problèmes auxquels font face les habitants de cette région, si riche en ressources naturelles, et un héritage culturel des plus florissants.

L’exposition peut se diviser en trois grands axes, composés d’œuvres qui s’intéressent plutôt à l’héritage culturel et spirituel de la région. Dans cette partie, les références au bouddhisme et autres pratiques spirituelles abondent. Les artistes s’y intéressant sont souvent confrontés à l’influence des nouvelles technologies, et au développement économique de la région. Par leur proximité avec la Chine et l’investissement étranger, les pays de « l’archipel secret » sont soumis à une pression croissante pour parvenir à combler les besoins de ses populations, et les attentes des investisseurs étrangers. L’artiste thaïlandais Kamin Lertchaiprasert expose une œuvre intitulée No Past, No Present, No Future : en position méditative, un homme les yeux fermés semble méditer. Si le présent, le futur et le passé n’existent pas, que reste-il ? Le néant, le calme, l’infini… ? L’artiste s’inspire du texte bouddhique fondateur « La lumière de la Voie vers l’Éveil », qui décrit les pas à suivre afin d’éveiller l’âme et atteindre l’illumination, pour devenir un être «excellent». Pour cela, il faut se débarrasser de tous les « à priori », et libérer la pensée et ensuite le corps. En revanche, les enseignements bouddhistes ne sont pas toujours bien appréciés par les artistes, la foi est aussi contestée et montrée du doigt, comme un instrument pour maintenir le contrôle des populations. Le travail du thaïlandais Ruangsak Anuwatwimon en est la preuve. Ainsi, que ce soit pour lui rendre hommage ou pour la contester, la religion tient une place prépondérante dans la vie et les mœurs des habitants de la région.

Outre le spiritisme, l’histoire politique de l’Asie du Sud-Est a été marquée par les nombreuses révoltes internes, et le changement de système politique. Les guerres internes qui se transforment en conflits internationaux (la guerre du Vietnam) ; le poids d’une élite militaire grandissante (Burma); le renforcement du pouvoir de la police (Vietnam), et finalement le changement du système politico-économique qui passe de socialisme à un nouveau type de capitalisme rigide (Singapour), tous sont des facteurs qui marquent les nouvelles générations, et renforcent les constantes mises en question des artistes. Le cambodgien Svay Sareth témoigne de la difficulté de survivre dans un système qui délaisse des populations entières, dans son œuvre Mon Boulet il utilise son corps pour endurer de lourdes et longues marches, en portant une boule en acier, et ne survivant qu’avec ce que les passants lui offrent à manger. Le calvaire qu’il doit endurer, met en évidence les conditions précaires auxquelles doivent se confronter des milliers de personnes dans la capitale du pays, et partout dans le monde. Autre exemple de cette prise de conscience vis-à-vis des plus défavorisés, c’est l’œuvre d’Aung Ko qui va de village en village, là où l’électricité est absente. L’artiste aime s’impliquer dans les projets de petits villages, pour créer un impact direct sur les communautés autochtones. De cette manière, l’art des créateurs de l’archipel met l’accent sur les conditions de vie de la région, et critique, de manière virulente, le dit développement technologique, dont seuls quelques- uns en bénéficient.

Finalement, la dernière grande thématique de l’exposition est la nature, comme source première d’inspiration. En effet, la région est connue pour la richesse de sa faune et de sa flore. Cette dernière est une force qui contribue à attirer les étrangers, et devient presque un emblème pour le drapeau national. Parmi les œuvres qui s’attaquent à cette question, celle du malaisien Chris Chong Chan Fui est particulièrement parlante. Il choisit de classifier la faune et la flore de son pays pour montrer l’impact du colonialisme dans la région. Si l’archipel connaît une grande croissance, c’est au détriment de l’exploitation des ressources naturelles, et, c’est ce que les créateurs essaient de démontrer à travers leur art.

On vous invite vivement à faire l’expérience par vous-même et laissez-vous emporter par la magie de cette terre qui fait rêver.

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