À la poursuite de demain (Tomorrowland)

Disney l’a fait ! Après avoir « innové » dans le processus de création scénaristique en produisant des films inspirés, non pas d’œuvres littéraires ou musicales, mais d’attractions présentes dans leurs parcs à thème (la saga Pirates des Caraïbes réalisée par Gore Verbinski, Le Manoir hanté et les 999 fantômes réalisé par Rob Minkoff), le célèbre studio aux grandes oreilles a continué sur sa lancée, afin de nous offrir une nouvelle production au concept inédit : un film inspiré non pas d’une attraction, mais d’un « Land » complet, lieu commun à tous les parcs Disney !

Un « Land » est une section thématique, composant chaque parc à thème Disney. Il en existe plusieurs, chaque resort possède les mêmes (leurs noms changent parfois), représentant les divers époques ou univers, clés de l’imaginaire « Disney », comme par exemple le pays des contes de fées, le Far-West fictif, ou encore le monde futuriste. À la poursuite de demain, est inspiré de ce dernier. Or, bien qu’il soit compréhensif qu’un film puisse être inspiré d’une attraction Disney, étant donné que chacune d’entre elles possède effectivement, une véritable histoire scénarisée (quand elles ne sont pas directement inspirées de longs métrages d’animation Disney), il est bien plus ardu d’escompter une inspiration analogue, venant d’un banal espace géographique. Cependant, le pari était loin d’être gagné lors de leur premier essai ! Et pourtant Pirates des Caraïbes : La malédiction du Black Pearl fut un formidable succès commercial (suffisamment important pour donner naissance à une trilogie, suivie d’une deuxième actuellement en production), ainsi qu’un succès critique décent, louant un divertissement efficace et agréable, un film d’aventures aux décors grandioses et aux personnages charismatiques (Les acteurs Johnny Depp et Geoffrey Rush ne sont pas innocents sur ce point). La clé du succès de ce film reposait essentiellement sur ce qui a toujours caractérisé les œuvres des studios Disney : ce talent indéniable pour nous « embarquer à bord » d’univers fabuleux et attachants. En sera-t-il de même pour À la poursuite de demain ?

Casey Newton (Brittany Robertson) est une jeune fille intelligente, passionnée d’astronomie, dont le père est ingénieur à la NASA. Idéaliste au possible, elle ne se laisse pas entrainer dans le courant apathique dont semble être atteinte une terre malade : réchauffement climatique, catastrophes naturelles, pénurie d’énergie… Un beau jour, elle trouve étrangement dans ses affaires, un pin’s datant de l’exposition universelle de 1965 (sans comprendre comment il est arrivé là) qui, à chaque fois qu’elle le touche, semble la transporter dans un monde futuriste et utopique, dans lequel tout est possible. Obsédée par l’idée de trouver ce monde incroyable, elle fait la rencontre d’Athéna (Raffey Cassidy), une jeune fille qui affirme venir de ce monde futuriste. Elle va alors la présenter à Frank Walker (George Clooney), un inventeur cynique et caractériel, qui aurait été banni de ce monde, mais qui serait aussi le seul à connaître le moyen d’y retourner.

Le scénario d’À la poursuite de demain est, disons-le, classique, et rassemble les archétypes standards des longs métrages conventionnels Disney (entendez par «longs métrages conventionnels», les films Disney qui ne sont pas des longs métrages d’animation) : Un(e) héros/héroïne optimiste et idéaliste (Casey Newton, John Reid/The Lone Ranger,…), un « guide » du héros, souvent désabusé, et qui contraste par son excentricité ou sa marginalité (Frank Walker, Tonto, Jack Sparrow,…), une intrigue composée d’une situation initiale plaçant le héros dans sa routine confortable, lorsqu’un élément perturbateur fantastique le pousse à découvrir un monde inconnu, et souvent dangereux (Port Royal/Tortuga, Cap Canaveral/Tomorrowland,…), ceci à travers un voyage d’apprentissage qui fera grandir notre héros. Rien de dépréciatif à cela, car s’il est savamment dosé, ce type de scénario est tout à fait opérant.

Ce n’est malheureusement pas le cas pour À la poursuite de demain, car c’est cette gestion du «dosage» qui fait, ici, défaut au long métrage. Tout est exagéré, tout est excessif, à commencer par Casey Newton, maladroitement interprétée à l’écran par Brittany Robertson (dont c’est ici le premier «grand rôle», après des apparitions dans Coup de foudre à Rhode Island de Peter Hedges, ou Scream 4 de Wes Craven). Son personnage est trop aseptisé et candide pour être crédible, et bien que l’optimisme soit la spécificité singulière de tous les héros Disney, ce trait de caractère est tellement surfait (faute au scénario et à l’interprétation de l’actrice), qu’il n’en ressort qu’une insupportable mièvrerie. De même, le personnage d’Athéna (joué par la très jeune Raffey Cassidy, qui parvient malgré tout à nous livrer une performance acceptable), un androïde à l’apparence enfantine, n’est malheureusement qu’un doucereux cliché de science-fiction, celui du « robot » confronté aux sentiments humains. Le prix de la complaisance est, quant à lui, remporté par le casting complet de la famille Newton, dont la profondeur scénaristique et interprétative est à la hauteur d’une publicité pour céréales. On sent la volonté (compréhensive et naturelle) des studios Disney de toucher le public familial. Cependant leur vision idéalisée de la famille est totalement obsolète, et de fait, surannée. Les seuls acteurs parvenant à surnager à ce naufrage sont George Clooney et Hugh Laurie, respectivement Frank Walker, l’inventeur sarcastique et désillusionné, et David Nix, l’antagoniste, brillant scientifique écœuré par l’égoïsme et la stupidité de l’être humain lambda. Bien que leurs performances ne soient pas inoubliables, les deux acteurs d’expérience parviennent avec aisance à donner du réalisme psychologique à leurs personnages, une chose dont À la poursuite de demain manque cruellement.

En matière de « dosage », la deuxième plus grosse erreur du film concerne l’intrigue elle-même. Mal équilibrée, les premières quarante-cinq minutes du film ne sont que succession de scènes stéréotypées (une atroce voix off s’adressant directement au spectateur, la représentation de l’esprit « rebelle » du héros, des scènes d’actions répétitives), tout simplement inutiles ! Les scènes numériques sont médiocres, « tape à l’œil », esthétiquement pauvres et dépourvues d’intensité et de « magie ». On s’attend à mieux de la part du réalisateur Brad Bird, après d’excellents films, brillants entre autres par leurs scènes d’action (Les Indestructibles en 2004, et surtout Mission Impossible : Protocole Fantôme en 2011). Cette perte de temps nous prive de ce qu’on est venu chercher : la découverte de Tomorrowland. Le merveilleux monde futuriste n’est dépeint que brièvement, et pour causes, il n’apparaît que lors de la dernière demi-heure du film. La curiosité qui vous aurait poussé à aller voir À la poursuite de demain ne sera jamais récompensée, vous ne visiterez jamais réellement. Tomorrowland

Néanmoins dans À la poursuite de demain, le choix scénaristique de ne pas nous faire visiter ce monde futuriste, peut être justifié de la manière suivante : ce n’est pas Tomorrowland qui importe, mais ce que ce monde peut nous apporter, à savoir un remède pour notre planète.

Car ce que l’on découvre, c’est que le thème du film n’est pas tant la science-fiction ou la découverte de mondes lointains, que l’écologie et la sauvegarde de notre propre planète. C’est un thème essentiel dont les studios Disney ont fait leur « fer de lance », que ce soit dans leurs films d’animations récents (Wall-Een 2008 d’Andrew Stanton, Up en 2009 de Bob Peterson et Pete Docter,…) ou dans leurs productions de documentaires via le label Disneynature (Pollen en 2001 réalisé par Louise Schwartzberg, ou Chimpanzés en 2012 réalisé par Mark Linfield et Alastair Fothergill,…). Malheureusement, le temps de pellicule laissé à cette thématique est bien trop court, et son arrivée bien trop tardive. L’incompréhension est forcément grande, lorsque l’on voit qu’une problématique aussi intéressante (et superbement exprimée lors d’un monologue envoutant d’Hugh Laurie) disparaît au profit d’une intrigue convenue et ennuyeuse.

Les studios Disney auraient pu frapper un grand coup avec À la poursuite de demain, en proposant un film pouvant satisfaire tous les publics, des enfants aux cœurs aventureux (l’expédition sur Tomorrowland et ses inventions extraordinaires), aux adultes curieux (la sensibilisation écologique), en passant par les inconditionnels de l’univers créé par Walt Disney (les références sont nombreuses, la véritable exposition universelle New-Yorkaise de 1965 présentait pour la première fois la célèbre attraction It’s a Small World, dans le film cette attraction agit comme un portail permettant d’accéder à Tomorrowland, il y a présence d’Audio-Animatronics, une invention des studios Disney,…). Il est décevant de voir le studio faisant rêver les enfants du monde entier depuis bientôt cent ans, succomber une nouvelle fois à la facilité et au dictat de la production de masse Hollywoodienne, formatée et insipide. Et ce n’est pas la dernière demi-heure du film, parfois intéressante et souvent captivante, ou encore les performances de George Clooney et Hugh Laurie qui sauveront un film qui accomplit le miracle de passer à côté de son sujet.

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