A Swedish Love Story

En Kärlekshistoria est un film suédois méconnu, à tort, de Roy Andersson, sorti en 1968 en Suède, et en France seulement en 2008 à l’occasion de festivals.
Une histoire d’amour suédoise à la prétention de nous raconter, l’espace d’un court laps de temps -un été- , la vie, l’amour, les relations entre adultes et pré-adolescents, ainsi qu’entre les adolescents eux-mêmes. Prétention, car sujet complexe, et large; cependant le film y parvient, grâce au silence, de déclarations avortées, nous entraînant dans un tourbillon d’émotions. Par le biais du silence car rien n’est jamais dit, mais c’est un silence lourd de paroles, permettant un ressenti plus qu’un dialogue concret, laissant au spectateur le soin de créer, quelque part, sa propre histoire du film. Ce film se place dans la veine d’un semblant de Nouvelle Vague tardive, filmant la réalité de deux familles, celles de Pär et Annika, et parvenant à dépasser cette abrupte -et absurde- réalité, pour nous emmener dans une poésie et une beauté touchant au sublime, par une simplicité apparente, une grande économie des mouvements de caméra, des plans larges, ou très rapprochés, nous autorisant à voir l’éclosion d’une histoire d’amour, un premier amour dans la lumière propre aux pays du nord, douce, mélancolique.

Le spectateur se retrouve donc dans un entre-deux, entre la vision adulte – défaitiste, malheureuse, déprimée, sans illusion- et la vision des enfants sur ce monde adulte, dont ils arrivent à se détacher, créant leur propre univers, tout en s’inspirant de ce monde. Le génie de Roy Andersson est de réussir à montrer que ces deux sphères se côtoient, se rencontrent et tout en étant radicalement différentes ont besoin l’une de l’autre pour exister, créer cette opposition. Ainsi les enfants copient les gestes des adultes, leurs façons de vivre, introduisent des éléments qui paraissent étrangers dans leurs monde enfantin tandis que les adultes reposent presque entièrement sur les enfants, les mettent en position de conseillers, comme le montre le rapport entre Eva, qui est la tante d’Annika, et celle-ci. Il réussit donc à mettre en lumière leur antagonisme par une grande économie des mouvements de la caméra ainsi que par des coupures de montage très sèches, interrompant tout possibilité de s’abandonner dans un des mondes, laissant ainsi le spectateur toujours en attente, sur sa faim; chacun de ces mondes est représenté par une particularité, le monde enfantin par une musique, et une lumière légère, à l’inverse de celui des adultes, représentés de façon toujours très lourde, pesante.

Cette différence pourrait paraître très caricaturale, mais c’est un écueil que Roy Andersson réussit à éviter avec une ironie et un humour noir très présents, même dans les scènes les plus dramatiques, où la tristesse et détresse des adultes est particulièrement mise en exergue, comme dans la scène de fin, lorsque le père d’Annika, Jon, recherché, aide lui-même à sa propre recherche, sans que personne ne s’en rende compte. 
Ainsi En Kärlekshistoria présente une détresse, mais en même temps une fraîcheur, une mélancolie au travers des relations sociales à différents âges de la vie, sans réelle suite logique.

Ce film donne ainsi une impression de boucle, qu’on peut voir comme la boucle sans cesse répétée du renouvellement des générations, avec cependant une impression de douce continuité, laissant au spectateur à la fin de la séance une sensation, malgré tout, de beauté, de lumière douce, ainsi qu’une nostalgie- nostalgie sans réel fondement, on ne peut savoir d’où elle vient.
J’ai donc le sentiment qu’Andersson touche au sublime au travers de ce film, faisant ressentir au spectateur une émotion intense sans que celui-ci puisse en déterminer l’origine.

Ce film n’a jamais été édité en DVD en France. Il est cependant possible de le trouver avec des sous-titres anglais. Il est disponible sur youtube: http://www.youtube.com/watch?v=21xWBQOfA4o

 

Sophie

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