Afrique : le devoir de mémoire selon Sammy Baloji

Depuis le 14 avril, la galerie Imane Farès présente, pour la première fois en France, la première exposition personnelle de Sammy Baloji. Entre passé et présent, l’artiste propose une réflexion sur le temps mais aussi sur l’appropriation spatiale. C’est sa version de l’histoire du Congo qu’il nous livre. Immersion dans son univers.

Né en 1978 à Lubumbashi en République Démocratique du Congo, Sammy Baloji partage sa vie entre sa ville natale et Bruxelles. Dans son travail, l’artiste explore le patrimoine culturel, architectural et industriel de la région du Katanga, au Congo, afin de questionner les versions officielles de l’histoire coloniale belge. Et c’est en fouillant dans diverses archives (Musée royal de l’Afrique centrale à Tervuren, Musée des Confluences à Lyon en France, ou encore le Smithsonian à Washington) qu’il puise son inspiration. En témoigne la nouvelle exposition que lui consacre la galerie Imane Farès dont on vous parlait déjà ici.

Après avoir exposé au MMK Francfort (2014), à la Biennale de Venise (2015), à la Biennale de Lyon (2015) ou encore à la Fondation Cartier (2015), Sammy Baloji est en effet de retour chez Imane Farès, où il avait exposé en 2013 aux côtés de Mohamed El Baz et James Webb. Pour « That is where, as you heard, the elephant danced the malinga. The place where they now grew flowers », l’artiste nous invite à faire un voyage dans le temps et dans l’espace. Dans le temps, car en s’inspirant d’archives d’anciennes sociétés coloniales, il retranscrit leur histoire sur deux octogones de cuivre (ressource naturelle exploitée par les colons) planant au-dessus de nos têtes comme une réalité à laquelle on ne peut échapper. Et dans l’espace, car toujours en s’inspirant d’archives de l’actuelle ville Lubumbashi (ancienne ville minière appelée Elizabethville), il repense l’espace et sa réappropriation par l’Occident.

La première partie de l’exposition se propose de nous rappeler cela : que la ville est un concept occidental, et que sa construction entraine des changements pour les populations. Ainsi, sur fond noir, nous découvrons quelques photographies aériennes des anciennes mines, et les conditions dans lesquelles vivaient ceux qui y travaillaient. En remontant les escaliers, c’est une autre ambiance. La pièce dans laquelle nous pénétrons a une touche « art déco », qui n’est pas sans rappeler l’architecture coloniale du début du vingtième siècle. Un papier peint rouge, aux formes géométriques, orne les murs de la galerie, et fait écho aux scarifications dont s’est inspiré Sammy Baloji pour réaliser ses octogones. Scarifications qui font office de cartographie, et que l’on retrouve sur les corps des anciens colonisés. Vingt photos, les représentant, sont exposées au fond de la galerie. On peut donc voir comment Sammy Baloji a travaillé sa matière première : en martelant. Ces archives offrent ainsi de jolis reliefs et une texture particulière.

Finalement, « That is where, as you heard, the elephant danced the malinga. The place where they now grow flowers » est une imbrication de l’histoire du Congo et du passé colonial belge. Sammy Baloji arrive à retranscrire la violence de la colonisation, sans pour autant la reproduire dans son art. En attestent les obus de guerre transformés en magnifiques pots de fleurs (clin d’œil ironique à une mode que les bourgeois belges ont maintenue en débarquant dans les colonies). A partir de son travail, l’artiste africain présente une véritable réflexion sur le rôle de la mémoire. Mémoire qui n’est « ni dans la remémoration, ni dans la dénonciation, mais dans le surgissement et la réactualisation de faits qui appartiennent tout autant à notre présent qu’à notre passé ».

Informations pratiques

Galerie Imane Farès
41 rue Mazarine, 75006 Paris
Ouvert du mardi au samedi de 11h à 19h
Entrée libre
Du 14 avril au 30 juillet 2016

Crédit photo : Une – galerie Imane Farès / Corps du texte – Elodie Schwartz

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