Ah, les journées du patrimoine !

Instaurées en 1984 par le ministre de la culture Jack Lang, elles attirent chaque année une foule de plus en plus importante de fondus d’art et d’histoire. Tous les ans, ça recommence. Le temps de 48 heures, les rues de Paris se retrouvent submergées – encore plus que d’habitude – par un flot continu de visiteurs.
Qu’ils soient parisiens, provinciaux ou étrangers, ils se pressent aux entrées des institutions politiques, des musées et des lieux méconnus de la capitale pour assouvir leur curiosité. Ce ne sont pas tant les lieux ouverts au public en temps normal qui intéressent, mais plutôt les endroits ordinairement bien gardés qui ouvrent exceptionnellement leurs portes et suscitent la mêlée. Il est ainsi presque impossible de pénétrer dans l’antre de l’hôtel Matignon, à moins d’être prêt à patienter pendant plus de 5 heures, ce que plus de personnes sont prêtes à faire qu’on ne le pense.
Dans cette ambiance survoltée, où les gens sont parfois prêts à tout pour voir l’objet de leur désir – quitte à pousser, marcher sur les pieds, doubler ceux qui auraient le malheur de s’interposer – mieux vaut s’intéresser aux lieux moins fréquentés. Ceux qui attirent moins l’attention, non pas parce qu’ils sont inintéressants, mais simplement parce qu’ils sont moins connus.

Voyez plutôt l’antenne de la Bibliothèque nationale de France, située rue Vivienne sur le site Richelieu. Un joyau pour les amoureux des lettres. A son ouverture le dimanche matin, une dizaine de personnes seulement patiente sous la bruine. On est loin de la cohue qui bloque déjà toute la circulation à deux pas de l’Elysée. Après quelques minutes d’attente, un miracle se produit alors : la salle Ovale et sa majestueuse bibliothèque, normalement interdite au public, ouvre ses portes. Imaginez-vous une vaste pièce circulaire surmontée d’un dôme dont les murs sont recouverts de livres du sol au plafond. Magique ! Rien qu’en y mettant les pieds, on a soudain l’impression d’avoir toujours eu l’âme d’un érudit. On s’imagine bien une paire de lunettes sur le nez, une sacoche en bandoulière et des livres à la main, venir étudier dans cet endroit fabuleux.
Le site Richelieu de la BNF recèle encore bien d’autres surprises puisque plusieurs départements y cohabitent. Au premier étage, le département des Monnaies, médailles et antiques, propose au regard une collection triée sur le volet de pièces de monnaies et des objets sculptés datant du XVème siècle. Parmi ses possessions les plus rares, des pièces d’échiquier en ivoire datant du XVIème siècle, impressionnantes par leur épaisseur et la finesse de leur rendu. Rois, reines, cavaliers et même éléphants y ont été savamment sculptés.
Vient ensuite le département des Manuscrits, situé dans une salle oblongue éclairée par des lustres de cristal et décorée de peintures murales. On peut notamment y observer un manuscrit du XIVème siècle dans lequel figure le premier paysage figuré d’Occident. A la fin de la journée, ce manuscrit exceptionnellement exhumé des archives, rejoindra sa place initiale pour ne rien perdre de sa beauté. Il demeurera à nouveau invisible et inaccessible pendant de longues années. Le département des Estampes, celui des Cartes et plans, de même que celui des Arts du spectacle, sont également intéressants de par leur richesse et la beauté des pièces dans lesquelles ils se trouvent.

Au sortir de cette visite, deux constatations s’imposent. Tout d’abord, ce ne sont pas forcément les lieux les plus touristiques de la capitale qui sont les plus marquants. Ensuite, il existe encore des endroits peu connus du grand public qui méritent qu’on les découvre tant ils frappent les esprits.
Désormais, une poignée de promeneurs avertis saura que les hauts murs de la discrète rue Vivienne recèlent des trésors que peu de personnes connaissent. Rien n’empêche, suite à cela, d’aller faire un tour à l’Hôtel de ville ou à l’Hôtel de Beauvau pour assouvir sa curiosité concernant la vie de palace des hommes politiques. Un bon mélange entre la soif de connaissances et la soif de médisance.

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