AIDAN x SAATCHI

La Saatchi Gallery présente le travail de l’artiste Aidan jusqu’au 28 février.

Aidan est une artiste azérie et russe. Elle travaille aussi bien la sculpture, que la peinture, la vidéo et le dessin. L’exposition « Revelations » invite le spectateur à découvrir les nouvelles oeuvres d’Aidan. Jenny Christensson, la commissaire d’exposition, présente de nouvelles pièces produites par Aidan, dans la lignée d’oeuvres exposées au Musée d’Art Moderne de Moscou en 2012.

Personnages énigmatiques

Les personnages d’Aidan nous emmènent dans un univers mystérieux et mystique. Les figures sont très sombres, la lumières est très tamisée, le temps s’arrête. On glisse de salle en salle, en faisant face à ces grands personnages qui s’imposent au regard. Les grandes formes noires, énigmatiques, ne sont autres que des femmes voilées, intégralement. Certaines nous laissent voir leurs mains, alors que depuis d’autres s’échappe une entité blanche. Les trois sculptures sont placées les unes derrière les autres, on ne peut que ressentir le mouvement et on croirait presque qu’elles se déplacent. De part et d’autre de ces trois personnages sont disposées d’autres oeuvres. On peut apprécier deux mains, blanches, inondées d’une lumière beaucoup plus forte, qui jaillissent de deux manches d’un noir profond. Puis plus loin, on distingue une toile intégralement noire. Enfin, c’est ce que l’on croit !… Si l’on s’approche vraiment très près, on distingue deux yeux derrière un voile très sombre, presque opaque. 

L’artiste souhaite recréer l’atmosphère d’un harem, créer une proximité entre le spectateur et l’oeuvre présentée. Elle y parvient parfaitement. On a l’impression de se retrouver dans l’intimité des sculptures. Tout est fait pour nous engager à pénétrer dans une atmosphère feutrée et secrète.

Religion et politique

On comprend d’emblée la dimension religieuse et politique du travail de l’artiste. Les femmes que nous découvrons sont complètement voilées, elles n’existent presque plus. Elles n’ont aucune identité, et n’affichent aucune émotion. On ne distingue pas leur yeux, il nous est donc même impossible d’imaginer qu’il puisse y avoir une personne sous la masse informe qui les recouvre. La dimension religieuse est omniprésente, on peut voir dans une des pièces des sculptures de livres, ainsi que des œuvres fixées au mur qui font penser à des calligraphies arabes, non pas par la forme, mais par les couleurs. On peut imaginer que ce livre est un coran, on le voit évoluer sur plusieurs sculptures. On peut alors croire que cette oeuvre symboliserait l’évolution de la religion, des pratiques et de son importance, et qu’il influence notre époque. Avec le contexte politique actuel, une telle exposition permet de mettre en lumière la place de la femme, trop souvent bafouée dans de nombreux pays. Puis nous découvrons une vidéo, où des femmes, totalement voilées, tiennent en laisse des hommes vêtus seulement d’un slip. Dans cette vidéo, les femmes dominent clairement les hommes, qui eux, sont totalement soumis. Le contraste entre la femme et l’homme est frappant. Ce qui est très paradoxal c’est que, même si la femme est voilée intégralement, c’est elle, ici, qui a le pouvoir. L’oeuvre pose la question de l’importance de la religion et de son impact final sur la conception du rôle de la femme. Chacun en tirera les conclusions qui lui conviennent…

Le travail de l’artiste est fascinant tant il mêle l’ancien et le nouveau, l’islam et la politique, les formes figuratives et non figuratives. On s’interroge sur le rôle et la place de la femme dans nos société, que ce soit la société contemporaine, ou plus ancienne. On regarde d’un oeil différent le rapport entre la foi et les femmes, et les conséquences sur la société. Aidan soulève des thématiques actuelles, de façon parfois brutale, avec des moyens peu communs. Les personnages qui lui servent à faire passer son message sont assez complexes, et c’est ce qui fait toute la force de son travail.

L’exposition est à voir à la Saatchi Gallery jusqu’au 28 février. A voir !

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