Alessandro Magnasco, le génie italien du « XVIIIème siècle noir »

 

Il pittor pitocco - Crédit photo Galerie Canesso

Il pittor pitocco – Crédit photo Galerie Canesso

Jusqu’au 31 janvier, la galerie Canesso, présente dans le secteur de la peinture italienne depuis 1980, dédie une exposition à un peintre, plutôt méconnu et quelque peu oublié par le marché de l’art, Alessandro Magnasco (1667-1749).

« Encore de la vieille peinture, rien de bien « foufou » comparé à la production artistique contemporaine ! C’est finalement ce que l’on voit au Louvre ou à Orsay et franchement, on s’ennuie ! »

Pas si vite ! Alors oui, c’est de la « vieille peinture », c’est le XVIIIème siècle, c’est loin… MAIS, parce qu’il y a un mais, cet artiste qui a été exposé pour la dernière fois en France en 1929, et à Milan en 2005, est perçu comme le précurseur de Goya et des Expressionnistes, est l’un des pères du fantastique et du macabre. Tout un programme.

 

Un peu d’histoire

Alessandro Magnasco est né à Gênes en 1667 et s’établit à Milan dès 1677. Il devient apprenti au sein de l’atelier d’un des peintres les plus en vue de l’époque, Filippo Abbiati, comme le souligne Fausta Frachini Guelfi, spécialiste du peintre, dans un essai dédié à l’artiste dans le catalogue. Connu principalement pour ses nombreuses scènes monastiques de franciscains (ordre très sévère), mais aussi pour des sujets mythologiques et autres scènes de lavandières, Magnasco travaille pour d’importants commanditaires tels que les Durini ou les Visconti. 

Il pittor pitocco (le peintre gueux), comme il se décrit dans un autoportrait, n’a de cesse de repousser les conventions de la peinture classique et des Lumières, en s’écartant de la figuration contemporaine du XVIIIème siècle et préfère valoriser des thèmes ésotériques, ce que Marc Fumaroli dénomme « le XVIIIème siècle noir ».

 

Un artiste anticonformiste

Magnasco est aussi profondément critique vis-à-vis de la société qui l’entoure. Ainsi, à travers une technique particulière, un geste enlevé, une importante dissolution des formes et des figures instables et esquissées, il n’hésite pas dans ses compositions à tenir un propos moral plutôt sévère. 

La Dissipation et l’Ignorance - Crédit photo Galerie Canesso

La Dissipation et l’Ignorance – Crédit photo Galerie Canesso

C’est ce que l’on retrouve notamment dans une œuvre comme La Dissipation et l’Ignorance détruisent les Arts et les Sciences. La scène prend place au cœur d’une luxueuse alcôve. Une jeune femme reçoit autour de son lit quatre hommes : un homme de loi, un militaire, un jeune prêtre et un gentilhomme. Derrière eux, un sanglier (symbole de luxure) s’admire dans un miroir ; un âne (représentant l’ignorance) renverse des livres et une mappemonde.

 

Le vol sacrilège - Crédit photo Museo Diocesano di Milano

Le vol sacrilège – Crédit photo Museo Diocesano di Milano

Ou encore dans Le vol sacrilège de 1731. Dans une ambiance nocturne, on voit surgir de leurs tombeaux, des squelettes venus défendre l’église contre des profanateurs.

Le message est clair. L’artiste se veut dénonciateur des frasques mondaines, de la luxure et de l’immoralité de la société. 

Les atmosphères sont sombres, presque monochromes, mais toujours relevées par ses blancs et une lumière particulière. Magnasco nous emporte là où il le souhaite. Un gros coup de cœur pour le Saint-Augustin et l’enfant, qui happe le spectateur par le tourbillon de son paysage qui prend forme et vie, à travers deux arbres massifs qui dominent chaque côté de la composition. L’enfant, qui vide la mer avec un coquillage, est là pour faire comprendre au Saint la difficulté de vouloir saisir les mystères du divin, en devient presque anecdotique. 

Une passion pour ce peintre méconnu de l’histoire de l’art

L’exposition se découvre au fil de trois salles. Tout est pensé pour mettre en valeur les œuvres : la lumière, les couleurs des salles, ainsi que le catalogue dont plusieurs exemplaires y sont dispersés afin d’inviter le spectateur à la lecture et à la découverte de ce dernier. Un site internet a été réalisé et offre aux personnes ne pouvant pas se déplacer à la galerie, la possibilité de visiter en ligne l’exposition.

Cette dernière est le fruit de la passion que voue Maurizio Canesso, président de la galerie, à l’artiste italien, ainsi que de la collaboration des institutions italiennes et des différents collectionneurs qui ont accepté, pour l’occasion, de prêter certaines œuvres. 

Ainsi, une vingtaine de tableaux pour la plupart jamais présentés en France sont à admirer lors de cette exposition, notamment son œuvre de la maturité, Le Divertissement dans un jardin d’Albaro (Gênes, Musei di Strada Nuova, Palazzo Bianco). 

On ne peut que souligner le travail de recherches du marchand d’art et de tous les collaborateurs de cette exposition. Le musée du Louvre, qui n’a pas pu prêter les quelques pièces de l’artiste qu’il possède au galeriste (le prêt étant interdit des collections publiques aux galeries), sera en revanche partenaire de la deuxième partie de l’exposition qui se tiendra à Gênes au Palazzo Bianco (du 25 février au 5 juin 2016).

Ainsi, on ne peut que vous encourager à pousser la lourde porte de la rue Laffitte derrière laquelle se tient la galerie, afin de découvrir les œuvres du méconnu Alessandro Magnasco. 

La présence de médiateurs, qui n’hésiteront pas à vous renseigner sur le peintre, son travail et l’exposition, est une réelle valeur ajoutée. De plus, le catalogue rédigé spécialement pour cette exposition, vendu 18 euros, est très accessible et comprend d’importantes notices et de magnifiques reproductions. 

Il ne vous reste plus qu’une toute petite semaine pour aller découvrir cet artiste italien du XVIIIème siècle, qui se démarque par son anticonformisme et sa critique à l’égard de la société.

Informations pratiques :

Exposition gratuite, du mardi au dimanche de 11h à 18h30
Galerie Canesso
26 rue Laffite
75009 Paris
M°Richelieu-Drouot

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