Ami du mystère, L’œil de la nuit (tome 1) – Serge Lehman & Gess (2015)

Si je vous dis super-héros, vous pensez de suite à une bannière étoilée, à des pages qui défilent et un gros logo MARVEL, Stan Lee, ses cameos et tout le reste. Et pourtant, je suis sûre que vous savez que l’origine des super-héros est française. Celui qui est considéré comme le premier du genre s’appelle Léo Sinclair, Le Nyctalope. Il fait une première apparition en 1909 avant de s’éteindre en 1941. Ensuite, ce fut au tour des américains (‘spèce de voleurs) de développer le filon des super-héros, l’Europe étant par ailleurs un peu occupée à partir de 1939.

Serge Lehman a décidé de s’attaquer aux racines du genre, en racontant les histoires de Théo Sinclair (n’ayant pas eu les droits, il a dû changer le nom du héros), L’Oeil de la Nuit. Nous sommes en 1911, en France. Ce début du 20e siècle est surnommé « le merveilleux scientifique » en hommage à la fascination que la science, cette nouvelle magie, suscite dans le monde entier. Théo Sinclair est le fils d’un commandant de la marine française. Son futur est déjà dessiné : fragile du cœur, il ne pourra parcourir les océans comme son père et doit se cantonner à une vie terrestre, aux côtés d’une femme et de futurs enfants. Un soir, comme toute la société mondaine de l’époque, il va assister à une conférence scientifique qui dévoile aux yeux du grand public une momie martienne.

Ah oui ! Petite précision : si l’auteur introduit des personnages célèbres de l’époque (Clémenceau entre autres), inscrivant son univers dans un passé réaliste, il associe également ce début de siècle à des extra-terrestres, des fakirs, de la magie ou de la sorcellerie, des créatures dignes du travail du plus célèbre des Victor, et autres références de science-fiction. C’est donc une Histoire proche de la nôtre par bien des aspects, mais juste un brin plus cool.

Lors de cette conférence, les bijoux qui ornent le cou de la momie sont volés par le célèbre Arsène Lupin. Théo Sinclair décide de le poursuivre, accompagné de plusieurs acolytes assez sympathiques. Dans cette aventure, il acquiert son pouvoir (il voit dans la nuit, d’où son surnom) qui pourrait passez pour léger face aux pouvoirs des supers héros actuels. Il renaît pour devenir L’Oeil de la Nuit, le justicier nyctalope.

Avant même de parler de l’histoire ou des personnages, je suis déjà fan de l’idée originale : reprendre un des premiers supers, et le remettre au goût du jour. Serge Lehman rend un grand hommage à son créateur, Jean de la Hire, en faisant découvrir le mythe aux plus jeunes générations. Après plus de soixante ans d’absence, il revient pour casser du méchant. Je baisse bien bas mon chapeau et salue.

Bien. Passons à la critique.

J’ai complètement adhéré à l’histoire. J’ai été agréablement surprise de voir des figures historiques parler de choses fantastiques sans sourciller, comme s’ils avaient eu affaire à bien pire au petit déjeuner. Réinventer le passé comme le fait Serge Lehman, est preuve d’une grande originalité, et d’un certain talent, car il faut savoir jouer sur l’équilibre entre références historiques et références fictionnelles. Il mise également sur l’apparence vestimentaire très classe, l’attitude noble des personnes vivant au début du siècle, qui contraste complètement avec tout le pan SF de l’histoire. C’est un gros choc visuel entre deux mondes qui, rappelons-le, se croisent assez rarement.

Le résultat est assez bluffant et tient bien la route. Cette originalité est le gros point fort de l’œuvre. Comme le monde est captivant, l’histoire qui s’y déroule est bien intrigante puisqu’elle fait évoluer les personnages dans ce cosmos chimérique. On y rencontre d’autres créatures et personnalités fantastiques, donc on accroche.

Le seul problème que j’ai noté, reste les dessins. Le style de Gess est parfait pour créer de superbes décors, cependant les traits des personnages sont un peu vagues, et me plaisent moyennement. La palette de couleurs est trop teintée de noir, il y a trop d’ombres sur les personnages, qui sont parfois plus des silhouettes que de véritables êtres humains. Puisque l’accent est porté sur l’histoire, les créatures, donc les décors, on arrive à passer outre le manque de soins portés aux visages des hommes et femmes.

Entre intrigues politiques, extra-terrestres et créatures de cauchemars, le premier tome de L’Oeil de la Nuit offre une flopée de contrastes qui fonctionnent très bien. Le tout est bien rythmé, ponctué de nombreux rebondissements qui maintiennent l’intérêt du lecteur intact du début à la fin.

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