Ant-Man (2015) de Peyton Reed

Fidèle à leur calendrier de sortie, réglé comme du papier à musique, les studios Disney/Marvel ont profité de l’été 2015 pour clôturer leur Phase II (commencé en 2013 avec Iron Man 3), et dévoiler au public leur dernier film de super-héros « inédit », en la présence d’Ant-Man. Inédit car, le film réalisé par Peyton Reed (American Girls en 2000 avec Kirsten Dunst ou Yes Man en 2009 avec Jim Carey), révèle au public un nouveau super-héros n’ayant (du moins au début), aucun lien avec les Avengers (qui sont littéralement le noyaux de l’univers cinématographique Marvel), ce qui n’était pas arrivé depuis Les Gardiens de la Galaxie en 2014. C’est d’ailleurs avec ce film « hors Avengers » (entendez par là sans lien direct, car les films Disney/Marvel sont implicitement liés afin de préparer l’ultime cross-over, Avengers : Infinity War), que le studio prouvait, dans une certaine mesure, qu’il était capable d’innover tant du point de vue de l’esthétisme, que du scénario et de proposer des œuvres ne donnant pas une impression de films « doublons ». De plus, Disney/Marvel fait ici le choix de produire un film sur un héros, Marvel, à la notoriété plutôt faible (comparée aux Avengers, Spider-Man et autres X-Men), dont le nom même semble connoter une certaine cocasserie : Ant-Man, l’homme fourmi capable de modifier sa taille et sa structure moléculaire à sa convenance, et pouvant contrôler les fourmis.

Tant de singularités nous permettent d’espérer enfin un film Disney/Marvel qui se démarque  des autres, en prenant par exemple le contrepied de l’austérité, et de la suffisance, qui caractérise la majorité des ces films de super-héros, d’autant plus que le studio s’est offert les services d’artistes pouvant porter Ant-Man à ce niveau. On y retrouve Edgar Wright (La trilogie Cornetto avec Shaun of the DeadHot Fuzz et Le Dernier Pub avant la fin du monde), scénariste de la majorité du film, avant de quitter la production suite à des différents artistiques, puis Adam McKay (célèbre pour sa collaboration avec Will Ferrell, en tant que réalisateur du diptyque Anchorman, ou de Frangins malgré eux, entre autre) qui a repris le scénario conjointement avec l’acteur Paul Rudd (vu lui aussi dans le diptyque AnchormanI Love You Man ou encore 40 ans : Mode d’emploi), tenant par la même occasion le rôle du mini-super-héros.

Scott Lang (Paul Rudd) est un génie en ingénierie électrique, devenu cambrioleur au grand cœur, fraichement sorti de prison. Forcé de commettre un nouveau cambriolage pour subvenir aux besoins de sa fille, il dérobe un costume lui donnant la faculté de réduire sa densité moléculaire, et donc rétrécir, tout en augmentant sa force. Ce vol était en fait une mise en scène orchestrée par le Dr Hank Pym (Michael Douglas), l’inventeur du costume, et qui avait pour but d’approcher un cambrioleur tel que Lang pour lui proposer un marché : Pym promet qu’il lui évitera la prison si, Lang accepte de commettre un nouveau cambriolage dans un des bâtiments les plus sûrs du monde, afin de sauver l’humanité du chaos. Pour y parvenir, Scott Lang devra dénicher l’âme du héros qui sommeille en lui, et prendre la relève du Dr Hank Pym en devenant l’homme fourmi, Ant-Man.

Dès les premières minutes, Ant-Man impose un rythme bien trop rapide pour un film se déroulant à la manière d’une aventure. Son esthétique proche du vidéo- clip, dans lequel laquelle chaque plan n’excède pas les cinq secondes de durée fatigue rapidement, le réalisateur ne semble pas nous accorder le temps nécessaire pour afin de digérer les informations projetées sur l’écran (nom et situation des personnages, mise en place de l’intrigue,…), et bien plus grave, il nous empêche de nous immiscer dans l’univers d’Ant-Man. Cette course au montage cut, nous laisse l’amère impression que l’histoire du super-héros ne vaux pas la peine d’être entendue, et que seules les innombrables séquences d’action sont soient digne d’intérêt. Bien au contraire, ces séquences sont fades, superficielles, et il semble que l’unique argument sur lequel ces scènes s’articulent, soit la surenchère.

Les effets spéciaux utilisés pour Ant-Man paraissent obsolètes comparés à ceux des autres films Disney/Marvel comme Iron Man 3, ou encore Les Gardiens de la galaxie, la faute à une photographie grossière et nébuleuse, n’atteignant à aucun moment cet objectif de « réalisme » recherché par les studios depuis Iron Man. Les rares instants pendant lesquels ces effets numériques fassent mouche, existent lors des combats d’Ant-Man, desquels découle une impression de puissance intense. Là où la déception se fait le plus ressentir, est sur l’incapacité symptomatique des studios Disney/Marvel (et des artistes à leurs services oeuvrant pour eux), à savoir se renouveler, alors même que leur support propose de nombreuses caractéristiques pouvant leur permettre de faire dans l’originalité. L’exemple le plus démonstratif réside dans les séquences mettant en scène les pouvoirs du héros. Alors que la faculté de rétrécir d’Ant-Man serait propice à une expérimentation cinématographique intéressante (en jouant sur l’environnement d’un homme réduit à taille d’insecte, la distanciation entre l’œil du héros et ce qui l’entoure, en découvrant de nouvelles sensations sonores,…), Peyton Reed se borne à une utilisation (purement) superficielle et (faussement) spectaculaire des pouvoirs d’Ant-Man. Un traitement identique est réservé à l’autre pouvoir de Scott Lang, celui de contrôler les fourmis, utilisé ici pour son seul acte primaire (réunir une armée de fourmis), alors qu’un pouvoir aussi inhabituel et « antihéroïque » était propice à de nombreuses actions originales et pourquoi pas comiques ?

Le manque quasi-total de comique est l’erreur la plus manifeste du film que l’on retrouve dans Ant-Man. L’absence d’Edgar Wright à la réalisation fait que les scènes qu’il a écrites manquent cruellement du dynamisme et du panache qui caractérisent le style du réalisateur (dont Scott Pilgrim semble être l’archétype), si bien que les seules scènes humoristiques se retrouvent être celles écrites par Adam McKay. Mettant exclusivement en scène Scott Lang (Paul Rudd), et son ami Luis (Michael Peña), ses dialogues sont de véritables régals de répartie qui parviendront à nous faire oublier la triste fadeur se dégageant du film. Bien qu’elles soient hilarantes, il est navrant de constater que ces scènes n’aient aucun lien avec l’intrigue, et qu’elles auraient fait rire une salle entière de spectateurs, quel que quelque soit le film auxquels elles auraient été rattachées. On notera que le talent de certains acteurs n’est pas étranger à leurs succès, et au succès du film en général (Paul Rudd est tout bonnement excellent et crédible en super-héros désabusé, Michael Douglas nous offre une performance tout en justesse, et Michael Peña nous dévoile des talents comiques qui nous font espérer, au plus vite, une nouvelle collaboration avec Adam McKay), et parvient à contrebalancer les fades performances du reste du casting (en particulier Corey Stoll dont le rôle de Darren Cross/Yellowjacket sera bien vite oublié).

Au final, Ant-Man déçoit grandement par son quasi-mimétisme avec la majorité de ses prédécesseurs. Que ce soit à travers le scénario ou la direction artistique, le film de Peyton Reed ne sera qu’une étape de plus dans l’immense plan des studios Disney/Marvel, dont l’objectif, à long terme, est d’inonder dans une parfaite homogénéité nos écrans de cinéma de leurs juteuses franchises. L’exemple suprême de ce cynisme artistique se trouve dans les (trop) nombreuses références aux Avengers tout au long du film (sans pour autant nous en montrer les principaux protagonistes, il faut continuer à générer le manque), ou dans la « sacro-sainte » (et clichée) scène de voyeurisme sur le corps divin du héros, vu avec convoitise par un œil féminin avide. Evidemment qu’Ant-Man ravira les spectateurs à la recherche d’un divertissement estival, car il remplit parfaitement son cahier des charges. Après tout, pourquoi essayer d’être original ? Ant-Man réunissait pourtant tous les éléments permettant d’en faire un film unique, parmi les Avengers, et cela sans effort !

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