Antigone sur les planches de la Comédie Française

La Comédie Française présente le monument Antigone de Jean Anouilh du 26 septembre au 2 décembre 2014. Pour l’occasion, la salle Richelieu accueille la mise en scène de Marc Paquien et la scénographie de Gérard Didier. La pièce raconte l’histoire d’un drame familial dans lequel une jeune femme tente tant bien que mal d’accomplir son devoir, quitte à en mourir.

Après le décès du roi Œdipe, ses deux fils Etéocle et Polynice s’entretuent pour tenter de s’emparer du trône laissé vacant. A leur mort, c’est leur oncle Créon qui prend le pouvoir de la ville de Thèbes. Il décide d’honorer la mort de l’un des deux frères, et de laisser pourrir la dépouille de l’autre, à titre d’exemple pour quiconque défierait sa nouvelle autorité. Antigone, dont les deux frères sont décédés, se révolte contre l’injure faite à l’un des deux défunts. Elle décide de lui rendre les hommages qui lui sont dus en l’enterrant dignement, malgré l’interdiction prononcée par son oncle. En agissant de la sorte, elle sait qu’elle risque la peine de mort, mais sa conscience et son sens du devoir l’emportent sur tout le reste.

Le décor est rapidement planté au début de la pièce grâce à l’intervention d’une conteuse. Celle-ci présente les personnages, comme figés dans un étrange tableau immobile. Cette figure de la narration intervient à plusieurs reprises, tout au long de la pièce, pour éclairer les faits avec un regard neuf, quitte à interrompre parfois l’action d’une façon un peu brutale en coupant le fil de la continuité narrative.

De petite taille, Antigone porte ses cheveux courts à la garçonne et des habits informes qui conviendraient mieux à un statut de valet qu’à son statut de princesse. Son allure enfantine cache une âme millénaire qui n’hésite pas à sacrifier sa propre vie pour honorer celle de son frère défunt. La comédienne, François Gilliard, incarne à merveille la personnalité d’Antigone. Sa voix sait se faire tantôt murmurante, tantôt puissante, pour montrer les affres de son chagrin.

Le plus beau moment de la pièce est sans conteste le plus attendu par les spectateurs avertis. Il s’agit du long dialogue qui a lieu entre Antigone et Créon après que celui-ci découvre que sa nièce a tenté à plusieurs reprises d’enterrer le corps de son frère malgré ses ordres. Dans ce morceau de bravoure de plus d’une dizaine de minutes, Créon tente de faire revenir à la raison Antigone car il ne veut pas que celle-ci soit punie de mort pour lui avoir désobéi. Or, par un brillant volte-face, c’est finalement Antigone qui va convaincre Créon de la condamner à mort pour son acte.

La mise en scène reste sobre. Elle est seulement constituée d’un grand mur aux tons bleutés dans lequel se découpent trois grandes portes. Au fur et à mesure que l’intrigue avance, le mur semble se rapprocher du public en empiétant sur l’espace dévolu à la scène, de telle sorte qu’à la fin de la pièce, l’espace sur lequel évoluent les comédiens est réduit à son minimum. Ce rétrécissement progressif participe d’un effet d’emprisonnement des comédiens et du spectateur alors que l’étau se resserre autour de la destinée d’Antigone.

La Comédie Française, en choisissant de mettre en scène une pièce ardue, complexe et très sombre, réussit son défi avec brio. Elle propose au spectateur une représentation qui joue sur deux niveaux, le jeu des comédiens étant appuyé par le récit en filigrane de la conteuse qui suit le déroulé de l’action. Ce “retour au monde réel”, s’il peut paraître un peu pesant, permet néanmoins d’alléger la tension et l’atmosphère très lourde de ce drame. A voir au moins une fois pour enrichir sa culture des grands classiques de la littérature française.

Site

Crédits : Comédie Française

Les commentaires sont fermés.