Archanges Urbains

Le Studio Rouchon présente jusqu’au 31 janvier « Archanges Urbains », une exposition de Jean-Paul Lefret.

Jean-Paul Lefret présente ici une série, exposée une première fois en 2012. Pour cette nouvelle exposition au Studio Rouchon, l’artiste dévoile de nouveaux clichés qui viennent s’ajouter à sa série.

Etrange beauté
A première vue, on pourrait croire à des photos de mode, un peu comme celles qu’on trouverait dans de beaux magazines. Les couleurs sont parfois acidulées, parfois plus douces, froides ou chaudes, mais elles semblent toujours justes, presque comme si on les avait retravaillées. Les sujets sont tous féminins. De loin, lorsqu’on embrasse la salle d’exposition dans son ensemble, c’est visuellement plaisant. L’œil passe rapidement d’une oeuvre à l’autre, on trouve ça joli, plaisant. Les modèles ressemblent aux jeunes mannequins qu’on trouverait dans des revues « tendance ». Et puis on s’approche un peu plus, et on admire les oeuvres une par une.
On se rend compte alors, que les sujets sont très jeunes, les jeunes filles ne sont même pas majeures. Elles sont posées là, dans un décor qui contraste totalement avec leur jeune âge, et leur candeur. Elles paraissent si douces, alors que ce qui les entoure est dur, froid, rigide. On se sent attiré par l’aspect calme de la photographie, et tout à coup on se sent mal à l’aise, on ne comprend pas le lien entre le décor et le modèle. On est comme perdu. On est dérangé, et pourtant on ne peut s’empêcher de décrocher le regard. On est attiré irrésistiblement par l’image.

Urbain / Humain
Les décors renforcent cet aspect, ce sentiment paradoxal. La ville est omniprésente sur cette série. La lourdeur des bâtiments, la rigidité des métaux semblent écraser les modèles. Tout à coup, on se rend compte que les modèles n’ont pas leur place dans ce monde, qui va trop vite, sur certains clichés, ou qui semble figé à tout jamais sur d’autres. Les couleurs chaudes ne le sont plus, tout devient froid, dur. Les décors paraissent abandonnés, désolés, comme si toute trace humaine avait disparu. Et pourtant ces jeunes filles sont là, presque de manière forcée. On remarque que leur existence en ces lieux n’est pas naturelle, elles n’y ont pas leur place. Elles sont vivantes quand tout est mort, elles sont l’humanité quand tout autour n’est que désolation. Dans une course folle à la mondialisation, à la construction, à la consommation à outrance, l’Homme s’oublie et s’éteint petit à petit. Ces modèles, comme des madones, la tête de côté, un coeur entre les mains, rappellent que la nature a disparu, que le béton conquiert le monde ! et que même quand le paysage semble mort, l’humain subsiste.

Cette exposition permet de poser un regard nouveau sur le phénomène d’urbanisation de masse. A une époque où les métropoles se développent bien trop vite, dans un monde où l’on pense plus à trouver une façon de ne pas avoir de rides, plutôt que de ne pas polluer l’air que nous respirons, ces jeunes filles ancrées dans des paysages morbides symbolisent l’espoir. L’espoir que nous devons garder, afin de croire que tout ne sera pas décadent, que tout ne sera pas noir. L’artiste renvoie un message fort, choc, et très dur avec sa série. Et pourtant, malgré le contexte actuel où la majorité des pays se font la guerre, où la haine grandit de jour en jour, il faut croire que l’humain est la clé, qu’il peut être meilleur.

Une exposition à aller voir rapidement !

Crédit photo : © 2015 JEAN PAUL LEFRET

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