Art Paris Art Fair met à l’honneur l’Asie du Sud Est et Singapour

Sous l’immense verrière du Grand Palais, jusqu’au 29 mars, Art Paris Art Fair célèbre l’Asie du Sud Est.

Cette scène artistique est en plein essor. C’est la première fois qu’elle est mise à l’honneur à Paris avec autant d’artistes présentés. Après la Russie et la Chine, Art Paris continue sa conquête de l’est et celle du pays du soleil levant. C’est un événement inédit : cette année il y a plus d’exposants étrangers que français. Une volonté de redynamiser la foire, d’offrir un nouvel horizon au salon, mais surtout, de donner une chance aux jeunes galeries, et ainsi, de bousculer le marché.

On constate également un phénomène très fort : plus de la moitié des exposants sont présents pour la première fois. Art Paris se place donc totalement dans une volonté de conquérir un public de plus en plus large, et réussit ainsi à se voir internationale.
Du neuf mais aussi une prise de risque. Notamment pour la tendance des galeries à offrir l’intégralité de leur espace à UN artiste. Et oui ! Des « solo shows » se présentent un peu partout sous la nef du Grand Palais, à tel point que les organisateurs de la foire ont mis en place une catégorie dédiée : « Solo Shows ».

Une autre nouveauté, l’espace consacré aux espoirs, (soit les toutes jeunes galeries de moins de 5ans), a désormais restreint le nombre d’artistes présenté à 3. Les compositions sont beaucoup plus homogènes, et plaisent vraiment.
Car oui, c’est ce que l’on remarque à Art Paris, la foire plait. La quasi-totalité des galeries présente une sélection de qualité, chaque stand répond harmonieusement à celui qui est voisin. Une réelle impression d’homogénéité nous frappe en déambulant dans les allées. Certains espaces exposent des œuvres aux dominantes blanches, d’autres plus grises, et certaines autres osent le fluo. Et pourtant, tous se répondent, les boxes dialoguent, un vrai chemin est tracé sous la nef, et cela n’est pas indigeste, comme on peut le ressentir dans certaines foires.

On retrouve de grands noms de la scène singapourienne comme Tay Bak Chiang, Lee Wen, Aung Ko et bien d’autres. Beaucoup d’artistes exposés, ne l’ont jamais été en France. C’est une chance et une opportunité que Singapour a su saisir, puisque la ville asiatique a beaucoup investi dans les galeries, afin de mettre en lumière ses artistes aux yeux du monde.
Art Paris, est pour Singapour, l’occasion de mesurer l’impact des artistes asiatiques sur le marché européen, de prendre la température pour des collaborations possibles, et des échanges mondiaux. Une façon en somme de voir si les artistes vont plaire.

On découvre de fascinantes galeries, comme Art Plural Gallery. Le travail qu’elle met en avant est impressionnant, surtout en ce qui concerne les artistes Jedd Novatt et Pablo Reinoso. Tous les deux travaillent sur la forme, la déstructuration de la matière. La composition du stand est pensée avec justesse, un régal. On pense aussi à la galerie Chan Hampe qui présente un solo show de l’artiste Dawn Ng. Son travail est haut en couleurs. Il façonne des compositions, les objets son habilement choisis, tout est réfléchi. Un travail frais, aux variations acidulées qui rappellent la richesse chromatique de l’Asie.

La galerie Iprecation présente, elle, 8 noms essentiels de la scène artistique singapourienne. La sélection est impeccable, les œuvres saisissantes. On retient le travail de Dawu Tang, une étude de la forme, un tracé léger comme une ombre. On garde aussi en tête Wen Lee. Des œuvres puissantes, un message choc et des couleurs flash. Une violence inouïe dans le travail de cet artiste, à voir !

On vous conseille aussi de jeter un coup d’œil à la sélection de la Galerie 55 Bellechasse, et son artiste Niloufar Banisadr. Des œuvres à couper le souffle, soulevant de nombreux conflits et tabous qui font rage actuellement.
On s’attarde sur le travail de Loredana Nemes parce qu’il est tout bonnement fou. Il parvient à capter l’intensité du regard d’une personne, bien que son portrait soit flou, caché, ou brouillé. Ses œuvres sont renversantes. On est plaqué contre le mur d’en face tant son portrait nous écrase par la présence qu’il dégage. Et pourtant, on ne parvient pas à distinguer les yeux du modèle. Tout se joue dans la finesse des couleurs, la densité des nuances de gris, la netteté, finalement, de ce qui brouille la vision. C’est fascinant !

Un dernier focus sur la galerie Schukin et son artiste Aladdin Garunov. Ses œuvres sont d’une beauté « monstrueuse ». Ses installations Emulating Kaaba et Untitled de la série « Zikr » sont simplement sidérantes. Le format est plutôt de grande taille, l’œuvre est imposante. Le rouge vient caresser le noir dense, la calligraphie arabe dorée glisse, presque naturellement, sur ce noir toujours. Les œuvres se répondent à merveille, on ressent alors tout le questionnement artistique autour de l’identité sociale et religieuse. L’impact de la modernité sur les sociétés orientales, et le rapport qu’à l’Orient à l’Occident, sont ici mis en tension. Un travail fabuleux !

Voici ce qui ressort de cette foire, et des artistes qui y sont exposés : un questionnement perpétuel sur la place de l’homme, la trace qu’il peut laisser et l’évolution de plusieurs sociétés, chacune à sa propre vitesse. Une sélection générale réussie. L’Asie ressort partout, sa philosophie, sa précision, sa minutie aussi. Art Paris Art Fair a réussi à mettre à l’honneur Singapour et l’Asie du Sud Est. L’édition 2015 aurait-elle gagné son pari ? Pour moi oui ! En tout cas, nous avons déjà hâte de retrouver la foire l’année prochaine…

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