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Comme nous avons pu le voir au-cours de ces dernières années, la révolution dite du « numérique » a frappé tous les secteurs culturels que nous connaissons : cinéma, livre, musique jusqu’à être aujourd’hui face au marché de l’art. Loin de changer radicalement, celui-ci va cependant évoluer vers une certaine immatérialité. Notre génération sera sûrement, l’une des dernières, à se baser encore principalement sur un échange d’un bien physique entre l’acheteur et le vendeur, ou encore ayant un contact direct avec l’artiste.

Loin de moi l’idée de sortir les violons pour jouer un mélodrame sur le marché de l’art ! Il se peut quand même que 2015 soit un cru particulièrement riche dans le domaine du marché de l’art virtuel et de sa dématérialisation. L’investissement des maisons de vente aux enchères, mais aussi des galeristes dans le numérique, a fait que cette manière d’acheter et de vendre l’art est vue autrement par ses propres acteurs. C’est vrai qu’il reste des irréductibles, des fidèles de la poignée de main et des coupes de champagne pendant les vernissages, qui ne sont pas encore trop sur internet. Mais, ils ne sont qu’une poignée qui ne résistera pas à l’envahisseur virtuel. Si l’on remonte dans le temps, c’est à la fin des années 90 qu’Artprice apparaît ; véritable leader en cotations et indices de l’art. Cette plateforme mondialement connue, et toujours utilisée, permet à tous de connaître la cote mercantile d’un artiste. Celle-ci est dans les mois ou les années à venir  vouée à prendre de plus en plus de place sur le terrain du marché de l’art et à se placer comme une référence incontournable. Toujours vers cette époque, c’est Artnet.com qui met à la disposition du public une base de données répertoriant des galeries d’art. Mais c’est avec l’émergence des réseaux sociaux dans les années 2000, que tout change, et que tout s’accélère : Artsy met en relation les collectionneurs et les marchands d’art tandis que Saatchi-online est une sorte de vaste réseau social pour les artistes souhaitant exposer leurs oeuvres (financé par Charles Saatchi, patron des collectionneurs d’art contemporain). Dans notre chère France, on peut assister depuis 2008 à une joute de com’ entre Expertissim et Drouot. Spécialisée dans les enchères virtuelles, cette start-up commence à faire de l’ombre à la vieille Dame avec un dernier fait d’arme significatif : le slogan de l’été 2014. « Expertissim reste ouvert toute l’année », chouette manière de mettre Drouot dans les cordes : l’institution ferme de mi-juillet à mi-septembre, et de capter ainsi une partie de ses clients.

Mais pourquoi ce système attire ? Finalement nous retrouvons les mêmes arguments que pour les réseaux sociaux, à savoir, un certain anonymat et, le fait de ne plus être physiquement présent pour les ventes et les rencontres. J’avais déjà observé ça à Drouot l’année dernière, des acheteurs enchérissaient depuis leur green de golf, ou avant une réunion depuis leurs Smartphones. Mais qui dit anonymat dit danger, entre les faux profils, les fausses expertises mises en ligne, et une authenticité parfois douteuse des œuvres, ce marché est parsemé de pièges. Malgré cela, les experts pensent que vers 2020, sur un marché évalué aujourd’hui à 65 milliards de dollars, 13 milliards seront issus des ventes d’art en ligne. Les galeries « traditionnelles » quand à elles, sont pendant longtemps restées réticentes face à l’émergence du commerce virtuel des œuvres d’art, puis ayant flairé le bon plan, et le fait de pouvoir attirer de nouveaux clients -et donc de l’argent- ont commencé à développer leurs propres ventes en ligne, entre l’exposition virtuelle et l’achat dématérialisé. Sans oublier les mastodontes du milieu (Sotheby’s et Christie’s) qui depuis 1999 réalisent un quart de leur ventes via les enchères numériques, en ayant des partenariats avec eBay et Amazon. Les américains ont encore un coup d’avance oui, mais pour combien de temps ?

Cette expansion du numérique dans le marché de l’art est liée à une effervescence qui n’en finit pas autour de l’art contemporain, qui attire de plus en plus de monde et un nouveau public. Souvenez-vous, le 13 mai 2014 à New York, on battait ce jour là le record de la vente la plus chère jamais réalisée : 745 millions de dollars de recettes pour Christie’s (du Koons, Calder, Warhol, un Barnett Newman et j’en passe), de quoi halluciner !

Enfin, voici quelques chiffres pour vous matérialiser l’année qui s’annonce : il y aura en 2015 environ 200 foires d’art moderne et contemporain d’importance mondiale, Pékin tentera (encore une fois) de passer devant New York dans le classement des principales places du marché de l’art contemporain, et la plus grosse enchère de l’histoire risque d’être battue, 38 859 600 $ pour un Koons. Tout va bien se passer.

Sources : Artprice/l’Expansion/Le Monde/Les Echos/Problèmes économiques.

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