ArtCapital, vitrine de la création mais pas seulement

Artctualité ArtCapital

Crédit photo Mirco Magliocca

Du 25 au 29 novembre s’est tenu au Grand Palais le Salon ArtCapital dont nous vous avions présenté le déroulement la semaine dernière. Après notre visite, un petit bilan s’impose… Let’s see.

Comme nous vous l’avions annoncé, ArtCapital est la réunion de 4 salons d’artistes français et internationaux. C’est la vitrine directe de cette création contemporaine puisque ce sont les artistes eux-mêmes qui présentent leurs œuvres et qui se tiennent à la disposition du public.

Après avoir passé les trois contrôles de sécurité, et montré autant de fois notre billet (contexte d’état d’urgence évidemment mais qui refroidit un peu), on passe les portes du Grand Palais pour admirer ce qui, sur le papier, nous a mis l’eau à la bouche. 

Rentrons !

Premières impressions

À peine arrivé, le tournis nous prend. Beaucoup d’œuvres exposées, trop peut-être, on s’y perd un peu. Et ce, même si les artistes ne peuvent présenter que trois œuvres… C’est un Salon me direz-vous, soit. 

Il aurait été toutefois appréciable d’être mieux renseigné, car le manque d’informations, que ce soit sur les stands avec des cartels qui ne mentionnent que le nom de l’artiste, et éventuellement le titre de l’œuvre, ou dans les catalogues proposés par chaque Salon (30 euros pièce, pour n’avoir presque que des reproductions d’œuvres sans biographie ou explication à propos des artistes…) nous laisse rapidement sur notre faim.

Heureusement, les artistes présents sont disponibles et plutôt avenants, mais tous ne peuvent pas être là tout le temps, on s’en doute bien, ce qui rend de nombreux espaces assez vides. Les quelques cartes de visites glissées rapidement au coin des cartels nous auront permis d’aller visiter, néanmoins et après coup, quelques sites internet pour prendre connaissance du travail des artistes. 

Le Salon des Artistes français, héritier du Salon de l’Académie, semble voler la vedette aux autres salons, notamment celui des Artistes Indépendants, héritier quant à lui du Salon des Refusés, qui faisait cette année la part belle à la création coréenne. Tradition culturelle française, ou hasard de la visite et des emplacements… notre cœur balance. Bref, après plusieurs minutes d’acclimatation, on flâne dans les allées ; on passe tranquillement devant les œuvres, un artiste nous interpelle pour nous expliquer son travail. Beaucoup d’œuvres donc, mais on ne va pas se plaindre de cette abondance de création !

Une ambiance générale qui demeure particulière

Une fois rentré, le visiteur est directement interpellé. Une première œuvre saute aux yeux comme un rappel du contexte général, mais aussi comme un hommage à la création. L’œuvre intitulée « Valeurs républicaines » de Pascal Niau, Meilleur Ouvrier de France, monstre sacré de la pâtisserie et aussi artiste peintre donc, trône à l’entrée du Salon. Sur fond de drapeau tricolore, l’allégorie de la Victoire, armée, semble appeler une foule à la suivre. En arrière-plan et comme un filigrane, le visage de la femme devant ce dernier, des hommes tiennent des crayons géants, d’autres photographient quelque chose, tandis que certains soulèvent des pancartes Je suis Charlie. Le ton est donné. 

Quelques mètres plus loin, c’est le travail du sculpteur Stéphane Santi, invité d’honneur du Salon des Artistes Français, qui nous marque. Trois magnifiques Mariannes, une bleue, une blanche et une rouge, disposées chacune sur un piédestal, nous renvoient, une fois encore, à notre identité nationale et à notre histoire. Sur la gauche se trouve une autre œuvre du sculpteur, Blast – Souffle brûlant d’une explosion (attentat, bombardement …). Le titre est plutôt explicite, mais on vous explique. Le travail de l’artiste est basé principalement sur l’humain et ses souffrances, à la traduction de ces dernières par la gestuelle. Blast, s’il est besoin de l’expliquer, représente un homme propulsé en arrière et soulevé dans les airs par le souffle d’une explosion, dont la gestuelle, le visage et l’expressivité du corps révèlent l’horreur et l’effroi de ce terrible instant fécond.

Comme pour compléter cette série, à côté est présentée l’œuvre 11 septembre 2001 du sculpteur Vitalino. Les choses sont claires au cas où vous en doutiez encore.

Du côté de la production picturale, les œuvres sont moins violentes directement, même si l’on sent un réel questionnement des artistes contemporains sur leur propre place, la beauté de la Nature, les éléments… Et il est évident que les évènements de janvier n’ont pas laissé nos créateurs sans réaction, comme Martyne Maillard avec sa toile Charlie/Marianne

Nous n’allons pas faire un inventaire détaillé de chaque salon et artiste, cela serait un peu long, plutôt citer quelques-uns d’entre eux qui nous ont marqués, comme par exemple le magnifique travail des graveurs Manuel Jumeau, Médaille d’or 2014 du Salon des Artistes Français avec l’œuvre « Anticyclone », ou encore Michèle Joffrion qui traduit ses émotions les plus profondes à travers le travail de la matière noire, et de la lumière. 

En photographie, le travail du couple Jacqueline et Jean-Louis Giudicelli nous a plu. Véritables passionnés des techniques photographiques anciennes dans l’esprit du Pictorialisme, ils racontent des scènes de vie citadines à travers des atmosphères particulières. Gérard Staron, médaille de bronze du Salon et prix SPEOS, nous a séduit par ses vues qui invitent, avec une pointe de nostalgie, à la contemplation de la mer.

Du côté du Salon du dessin et de la peinture à l’eau, c’est la délégation suédoise qui a retenu notre attention avec des artistes comme Christina Måneskiöld, qui tire son inspiration de la mer et de la nature au gré de ses voyages, et qui présentait un paysage intitulé tout simplement « Landscape », ou encore Lena Sundbom qui présentait une œuvre au doux nom d’« I skogen » (pour ceux qui ne parlent pas suédois cela veut dire « Dans les bois »).

Au sein du Salon Comparaisons, nous avons retenu principalement le collectif Libellule Art (qui célèbre ses 10 ans cette année), avec comme chef de file Lukáš Kándlqui,  et une trentaine d’artistes choisis au sein du mouvement artistique du Réalisme Magique, s’est interrogé sur l’autoportrait. Avec un format d’œuvres imposé, chaque artiste propose une œuvre sans visage qui permet aux visiteurs de s’installer derrière, et de se faire ainsi prendre en photo par quelqu’un qui fera alors son portrait. 

Kandl, Autoportrait, 2015 ​​Zademack, Autoportrait, 2015  Crédit photo Libellule LTD

Kandl, Autoportrait, 2015 ​​Zademack, Autoportrait, 2015 
Crédit photo Libellule LT

Artctualite Zademack 

Enfin, chez les Indépendants, l’artiste Lu Mei, passionnée de voyages, de calligraphie mais aussi de peinture occidentale, présentait une imposante Tour de Babel en encre, inspirée des formes  des pagodes chinoises.

Une belle rencontre

Parmi tous ces artistes, une belle rencontre. Celle de Jean-Michel Chapuis, sculpteur (et oui encore un) autodidacte, qui crée des œuvres depuis sept ans. Touché lors de sa lecture de l’ouvrage d’Henri Vincenot, Le Pape des escargots, dans lequel un jeune homme métamorphose des troncs de noyer en statues religieuses, Jean-Michel Chapuis a voulu lui aussi s’essayer à cet art. Souhaitant avant tout raconter une histoire, dans la tradition de la sculpture ancienne, ses œuvres s’inspirent des mythologies et de la nature. Du monde finalement.

Dans une de ses deux créations présentées au Salon, intitulée « Pour la jeune femme d’Oseberg », l’artiste, après avoir découvert, via internet, le magnifique bateau viking exhumé dans la région de Tønsberg en Norvège, et dans lequel ont été trouvés deux squelettes de femmes (probablement une reine et sa servante), a voulu raconter leur histoire. Ainsi, autour de la magnifique proue sculptée du navire, prennent place la servante qui se suicide en buvant du poison, mais aussi Yggdrasil, Odin et un de ses deux aigles.

À côté trouve place une autre œuvre tout aussi intéressante, « Coupable », elle aussi sculptée à partir d’un tronc de noyer. L’artiste nous expose la culpabilité de l’homme. Coupable il l’est, en détruisant les forêts et en polluant les sols. Coupable il l’est, en tuant les grands mammifères suggérés sur l’oeuvre par la reproduction d’une défense d’éléphant. Coupable il l’est, en sacrifiant des civilisations notamment en Afrique. Alors, par cynisme, l’artiste représente le monde sous la forme du logo de la marque à la pomme (mais qui rappelle aussi la Génèse), croqué au niveau du continent africain. 

Comme un memento mori, trône au sommet de l’œuvre un koala qui se protège des hommes tout en leur tendant une corde de pendu ; à côté de lui, une Tour de Babel, dont les racines d’un arbre sont en train de prendre possession. 

« Ce n’est pas une vision pessimiste du monde ! » nous dira l’artiste, ni plus ni moins qu’un état des lieux. Peu importe ce qu’il se passe, « la nature reprendra ses droits »

L’impressionnante dextérité de l’artiste, ainsi que sa vision des choses, nous ont laissé totalement charmés.

Mais alors, quel bilan ?

ArtCapital vous l’aurez compris, avait un goût particulier cette année en raison de l’actualité. Les œuvres présentées semblent, pour la plupart,  exprimer les questionnements et les émotions des artistes contemporains, leur désenchantement face au contexte international, aux violences quotidiennes de plus en plus fréquentes, mais surtout, de plus en plus proches. 

Outre cette expression de la violence, on devine une volonté de retour vers la nature, vers les différentes mythologies qui ont fondé nos sociétés, vers les animaux aussi (beaucoup de représentations d’animaux à travers les sculpteurs animaliers comme Isabelle Samanon ou les peintres). On ose le dire, un retour à l’essentiel, de reprendre possession par la connaissance de ce qui fait que nous existons. 

Ainsi, le mythe de l’artiste visionnaire semble avoir trouvé un écho cette année au sein de la création contemporaine. Les artistes nous font voir, plus que jamais, ce qu’il se passe autour de nous. Comme un réveil brutal mais nécessaire. 

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