Au temps de Klimt

La Pinacothèque propose jusqu’au 21 juin une exposition retraçant le parcours de Klimt lors de la Sécession Viennoise.

La Pinacothèque choisit de mettre en avant un aspect majeur du travail de Klimt et souligne l’importance de l’artiste au sein de la Sécession Viennoise.
Ce mouvement, contemporain de l’Art Nouveau, est capital dans l’histoire des arts.
Une période nouvelle naît à Vienne dès 1987. Klimt y joue un rôle fondamental et c’est grâce à son influence que naîtra, quelques années plus tard, l’expressionnisme.

Le musée présente 180 œuvres toutes plus fascinantes les unes que les autres. La muséographie est extrêmement bien pensée et le parcours est organisé de façon chrono-thématique : chaque pièce est consacrée à un sujet précis et sur les murs, près des œuvres, il est possible de lire de brefs historiques. Ces textes permettent de remettre en contexte le travail de l’artiste très rapidement et les œuvres en sont d’autant plus appréciables.

L’exposition commence avec les premiers travaux de Klimt, présentant ses influences et l’impact des impressionnistes sur son œuvre. On peut apprécier ses toutes premières créations, accrochées près d’œuvres phares, et l’on ressent tout de suite l’inspiration qu’ont pu avoir les têtes pensantes de l’époque telles que Tina Blau, Max Kurzweil, Théodor Hörmann, Carl Schuch ou encore Josef Engelhart…
Les pièces présentées sont d’une richesse inédite : les œuvres d’Oskar Kokoschka, Egon Schiele ou encore Koloman Moser s’exposent fièrement près de Feu Follet et Eau en Mouvement de Klimt. La nature est très présente dans cette première partie de l’exposition. Les toiles sont peuplées de forêts mystérieuses, d’une végétation mystique qui fusionne avec les personnages de Klimt. Les protagonistes de ses œuvres sont en osmose parfaite avec les branches, qui semblent ne faire qu’un avec leurs cheveux, leurs bras, leurs jambes. La pièce est sombre. Les toiles de Klimt sont criblées d’étoiles et scintillent sous nos yeux. On penserait presque être au fin fond d’un univers magique, irréel.
Les documents présentés dans cette première partie rappelle l’importance qu’a eu sa famille et plus particulièrement ses frères. La salle est aménagée de façon à ce que l’on soit comme confiné dans un espace que l’on a l’impression de déjà connaître, comme si nous étions nous aussi de sa famille et que l’on faisait désormais partie intégrante de son univers.
Nous descendons alors deux petites marches et nous sommes complètement écrasés par la Frise Beethoven, présentée en France pour la première fois. Cette œuvre, reconstituée à échelle, est imposante. Le blanc domine et permet à la feuille d’or de souligner certains motifs. Cette œuvre met en lumière le lien inhérent entre la musique et la peinture, en somme, la volonté d’un art total. C’est une pièce complète qui représente parfaitement l’aspiration du mouvement Sécessionniste à mélanger les médiums, les arts et les artistes. L’art est partout, sous toutes les formes. C’est avec cette œuvre, emplie d’érotisme, que la transition vers une autre thématique de l’exposition se fait, en douceur.

Une nouvelle partie de l’exposition entièrement consacrée à la femme nous est proposée. Les œuvres présentées sont magnifiques et racontent plusieurs femmes : une femme fatale, une femme fragile, etc. Celle qui prédomine, c’est la femme fatale, la femme érotique. Ici, la figure féminine est séductrice, elle s’affirme, est sûre d’elle. L’œuvre Nu Féminin Pratiquant la Masturbation, de Schiele, est emblématique. La femme a désormais le droit de prendre du plaisir, ce qui marque une évolution considérable des mentalités. Simultanément, un changement quant à l’iconographie se fait sentir. Des sujets qui n’avaient jusqu’alors pas été abordés osent enfin se coucher timidement sur le papier.
On continue le parcours et là, la majestueuse Judith se dresse fièrement face à nous. L’œuvre finement dorée à la feuille brille scandaleusement. Les yeux de Judith sont provocateurs, mis clos. Ils paraissent pétiller de plaisir tandis que de sa main, la jeune femme tient hargneusement la tête d’Holopherne que l’on distingue à peine. C’est une Judith défiante et victorieuse qu’a peint Klimt. Elle est outrageusement belle, à tel point qu’on a l’impression d’être seul au monde lorsqu’on lui fait face. Sa présence est telle qu’elle occulte tout le reste. L’œuvre incarne une totale révolution par rapport à l’iconographie traditionnelle de Judith. Ici, l’héroïne se présente la poitrine découverte alors qu’elle est habituellement revêtue de lourds drapés. L’histoire de Judith et Holopherne est une source continuelle d’inspiration pour les artistes depuis maintenant 5 siècles. En temps normal, la tête d’Holopherne trône presque en majesté au sein de la composition et vient structurer le tout. Ici, il n’en est rien. Le visage du général est caché, tapi dans l’ombre sous le sein gauche d’une Judith somptueuse, ornée de bijoux précieux.

La dernière partie de l’exposition est consacrée aux métiers d’art viennois et aux prémices de l’expressionnisme. On aperçoit un portrait de femme sur fond rouge, montré pour la toute première fois.

Cette exposition permet brillamment de retracer l’évolution de Klimt, de comprendre ses influences, ses aspirations et ses désirs. Tout est explicité de façon concise et claire: les non-initiés au Symbolisme, à l’Art Nouveau ou à la Sécession ne seront absolument pas perdus.
Certaines œuvres présentées retourneront à Vienne pour les dix prochaines années. Je vous conseille donc vivement de vous ruer à la Pinacothèque !

Pinacothèque 2
8, rue Vignon, 75009 Paris
Tél. : 01 44 56 88 80 • E-mail
Billetterie : Angle rue Vignon – rue de Sèze, 75009 Paris
Métro : lignes 8, 12 et 14, station Madeleine, sortie place de la Madeleine

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