Avant que les époux ne partent…

Emmitouflés dans leur col de dentelle, dans le satin et de tulle piqués, Les époux Maerten Soolmans et Oopjen Coppit paraissent sages et apaisés. Pourtant ils ont vécu ensemble quelques péripéties, et ont protégé leur mariage d’une douloureuse séparation de corps.

Ils sont actuellement au Louvre jusqu’au 13 juin, avant de quitter leur terre d’accueil pour rejoindre leur terre d’origine. 

Un divorce évité de peu

L’affaire commence en juin 1633, lorsqu’ Oopjen dit oui à Maerten devant le Tout-Puissant, lui promettant de rester à ses côtés pour le meilleur et pour le pire. En 1634, ils consacrent leur union par une prestigieuse commande auprès de Rembrandt van Rijn (1606-1669). A la demande des commanditaires, celui-ci produit deux portraits en pied grandeur nature, exception dans son œuvre.

Les époux déménagent peu durant leur paisible vie : ils demeurent dans la collection de Willem van Loon jusqu’en 1877, date à laquelle ils sont mis en vente. Ces illustres bourgeois valant trop cher pour le pays des tulipes, ils gagnent la France après avoir été acquis grâce à un consortium de la famille Rothschild. Fuyant le monde et ses étourdissements, ils ne seront présentés au public qu’une seule fois en 1956, pour une exposition aux Pays-Bas.

Le pire devait arriver : au printemps 2014, les Rothschild se séparent de la paire et la proposent au Louvre. La France veut conserver à tout prix les époux. Les Pays-Bas veulent récupérer la garde. Mais labourage et pâturage n’ont pas assez rempli les caisses de l’Etat français, et surtout le Louvre prévoit un budget annuel de 8 millions d’euros pour les acquisitions. Les deux toiles valent 180 millions d’euros. Il manque -seulement- 172 millions d’euros. La Banque de France débourse 80 millions dans le cadre du mécénat, permettant au Louvre de se porter acquéreur d’Oopjen. L’œuvre ayant été classée d’intérêt patrimonial majeur, le mécène bénéficie d’une déduction fiscale de 90% de la somme offerte. Les Pays-Bas, quant à eux, mettent sur le tapis le complément pour acheter Maerten : le glas du divorce a sonné. Pour éviter ce drame, les pleurs d’Oopjen et la colère de Maerten qui appelait son épouse « ma Mona Lisa », la solution européenne d’une acquisition franco-néerlandaise s’impose.

La garde partagée internationale

Le 1er février 2016, un accord est signé à Paris, et organise une garde partagée. La France et les Pays-Bas acquièrent chacun l’un des tableaux mais ceux-ci ne peuvent être séparés, ni prêtés à d’autres institutions.

Ils font leurs mondanités au Louvre jusqu’au 13 juin. Après quoi, il faudra prendre un Thalys pour leur rendre visite. Le Rijkmuseum les exposera trois mois, puis ils profiteront d’un peu de repos dans un institut de soins : une restauration méticuleuse va être opérée sous le contrôle d’un comité franco-néerlandais. Commencera ensuite le processus d’une exposition alternée au Rijkmuseum et au Louvre, selon une périodicité longue (cinq ans puis huit ans).

La qualification d’intérêt patrimonial est largement méritée. Les deux personnages s’imposent, surgissant d’un fond légèrement éclairé, apportant intensité et vie à la scène. Leurs fines dentelles tranchent avec le satin noir des vêtements traités avec minutie et détails. Le travail du noir attire particulièrement l’œil, et notre attention se porte autant sur les personnages que sur les matières qui les habillent. Les époux sont unis, fiers, imposants.

Avant qu’ils ne partent, courez donc les admirer aile Denon, 1er étage, salle 13 dans notre beau musée.

Jacinthe Hamy

Les commentaires sont fermés.