Avengers : L’Ère d’Ultron

Nouvelle « poule aux œufs d’or » des majors hollywoodiennes, les films de super-héros n’en finissent plus d’inonder les écrans de cinéma depuis le début des années 2000. Ces mêmes écrans deviennent le champ de bataille d’une guerre marketing, entre les deux plus grosses écuries de super-héros : Marvel Comics (Spiderman, X-Men, Les 4 Fantastiques,…), propriété de The Walt Disney Company, et DC Comics (Batman, Superman, Green Lantern,…) distribué chez Warner. Bien que les films de super-héros ne soient pas un genre nouveau (par exemple, les premières aventures cinématographiques de Superman débutent en 1978 dans le film de Richard Donner), leur présence dans les salles de cinéma a, très longtemps, été inconstante.
Ce genre cinématographique connaît un premier essor à l’orée du XXIème siècle, avec des super-héros dont il est maintenant possible d’adapter les aventures, grâce aux progrès techniques en matière d’effets spéciaux (la saga X-Men avec Hugh Jackman entre 2000 et 2006, la saga Spiderman avec Tobey Maguire entre 2002 et 2007). Le succès est au rendez-vous. Ces deux sagas, malgré leurs fins médiocres, ont préparé le terrain au futur «raz de marée» de films adaptés de comics.
Débarque en 2008 la première adaptation du super-héros Iron Man, campé par Robert Downey Jr. Il suffira ainsi d’une simple scène post-générique (l’ultime concept commercial) mettant en scène Tony Stark et Nick Fury, le créateur des Vengeurs, pour craquer l’allumette qui mettra le feu à la poudrière…

Trouvant immédiatement son écho auprès des fans de comics du monde entier, la perspective de voir sur grand écran tous les super-héros de notre enfance dans un même film, déclenche un véritable engouement populaire ! Alors que les adaptations de comics étaient déjà présentes, mais de manière plus homogène (Watchmen en 2009, le spin-off Wolverine en 2009, Green Lantern en 2011), aujourd’hui les films de super-héros saturent complètement le marché du film, ainsi que les médias. Que ce soit par la production incessante de films, le tout saupoudré d’une copieuse campagne de promotion (Iron Man 3 et Thor : Le Monde des ténèbres en 2013, Captain America : Le Soldat de l’hiver et Les Gardiens de la Galaxie en 2014,…), les séries animées (Avengers : L’équipe des super-héros,…) et les séries télévisuelles (Agents of S.H.I.E.L.D), on ne peut plus passer à côté des super-héros. Et le(s) grand(s) gagnant(s) de cette «super-héros mania», se nomment évidemment Iron Man, Captain America, Thor ou Hulk, aussi connus sous le nom d’Avengers (en plus de Disney/Marvel et de ses grands pontes Kevin Feige et Ike Perlmutter).
Pourquoi les Avengers ? Tout simplement parce que dans la niche des adaptations cinématographiques de super-héros, où il faut à tout prix réussir à se démarquer de son voisin pour faire fonctionner une franchise, le cross-over (la cohabitation/confrontation de plusieurs personnages ou univers distincts au sein de la même histoire) en est le roi. Cette pratique n’est pas récente, plusieurs genres s’y sont essayés, avec plus ou moins de succès (Freddy contre Jason de Ronny Yu en 2003, reste un souvenir douloureux pour beaucoup d’entre nous), mais c’est néanmoins avec les super-héros que cette formule fonctionne le mieux.

Après un premier film réalisé par Joss Whedon (à qui l’ont doit les séries Buffy contre les vampires, ou Dollhouse), sobrement baptisé Avengers sorti en 2012, sa suite, Avengers : L’Ère d’Ultron (du même réalisateur), se devait de marcher sur les traces de son ainé. Le défi était de taille, car pour un budget d’environ deux cent vingt millions de dollars (contre deux cent cinquante millions pour L’Ère d’Ultron), Avengers a rapporté plus d’un milliard de recettes à travers le monde. De plus, Avengers posait alors les bases du cross-over entre super-héros sur le plan purement filmique (comment faire cohabiter toutes ces stars). Alors que la plupart des films de super-héros se ressemblent de plus en plus (hormis certaines exceptions, comme la trilogie Batman de Christopher Nolan), et que les recettes se font, petit à petit, moins importantes, Avengers : L’Ère d’Ultron réussit-il à satisfaire les espoirs placés en lui ?

Avengers : L’Ère d’Ultron reprend là où nous a laissés Captain America : Le soldat de l’hiver. Le S.H.I.E.L.D a été détruit par l’HYDRA affaibli. Au terme d’une traque, les Avengers parviennent à les mettre hors d’état de nuire, et récupèrent le puissant sceptre magique de Loki, le frère de Thor. Tony Stark souhaite alors utiliser discrètement les pouvoirs du sceptre (il renferme une entité intelligente et évolutive), afin de donner vie à son plus grand projet, une intelligence artificielle pouvant protéger la terre d’attaques extraterrestres, une création baptisée Ultron. Or, pour Ultron, le seul moyen de protéger l’espèce humaine, est de l’anéantir. Les Avengers vont alors devoir, à nouveau, s’unir face à Ultron, qui sera aussi aidé de deux autres humains à super pouvoirs, les jumeaux Maximoff, Vif Argent et la Sorcière Rouge.

Alors qu’au premier abord, le scénario semble suivre une certaine logique narrative dans le cadre d’une saga (après le premier épisode découverte/formation d’une équipe, le deuxième met les personnages face à l’adversité, et les conduit souvent à un dénouement dramatique, voir tragique), le spectateur reste globalement sur sa faim. En effet, l’histoire ne se résume qu’à l’apparition d’un nouvel ennemi, sans que le scénario ne pose de réelle problématique, ou n’ouvre la voie sur une possible évolution. Ceci n’est pas un problème en soi, dans une saga qui ne possède aucun fil rouge narratif, et se concentre sur une suite d’épisodes singuliers. Dans la saga Indiana Jones par exemple, chaque film est une aventure unique, et ne possède aucun lien avec l’aventure précédente, ou suivante. Seule la présence du héros permet de les lier.
Cependant ce n’est pas le cas de la saga Avengers, et c’est dommage lorsque l’on pense aux multiples possibilités de directions narratives disponibles dans les œuvres Marvel. Malheureusement, le scénario de L’Ère d’Ultron est paresseux, le cahier des charges est rempli, ce serait une perte de temps d’aller chercher plus loin. Vous en découvrirez, seulement un peu plus, sur la vie personnelle des héros, leur passé (seulement pour la Veuve Noire et Hawkeye), et bien sûr, cliché obligatoire du blockbuster hollywoodien, leur histoire de cœur. Ils oscilleront entre passage de « franche camaraderie » et tension, sans aucune raison. Alors que ce genre de passage serait propice à poser les bases d’une évolution relationnelle entre les Avengers, tout reste superficiel, rien n’est approfondi. Néanmoins, le scénario nous réserve quelques points intéressants, le personnage d’Ultron est charismatique de par son ambivalence entre pur machiavélisme inhumain, et maladresse comique (un humour noir savoureux). Il en est de même pour le personnage de Vision, son parfait antagoniste. Bien que les scènes de dialogues entre les héros se résument à un étalage complaisant de punchlines fades et fatigantes, certaines scènes parviennent à atteindre leur objectif, car elles contiennent un humour typiquement Marvel. Comme par exemple, lorsque chaque Avengers tente de soulever Mjolnïr, le marteau de Thor.

Ce que l’on remarque dans le film de Joss Whedon, c’est une volonté esthétique de recycler ce qui a pu faire le succès de son ainé. La séquence d’introduction nous entraine in médias res dans un plan séquence, dont la justification ne se résume qu’à en mettre plein « les mirettes », aux spectateurs avides d’instants spectaculaires et mémorables. Ceci est un écho direct au plan séquence à la fin du premier Avengers, qui lui, au moins, se justifiait par une volonté de souligner la cohésion et la puissance d’une équipe enfin soudée. La réalisation des scènes d’un film à un autre, se suit et se ressemble. À nouveau, les Avengers se retrouvent en conflit éthique (le tout mollement monté en champs-contrechamps), à nouveau, le ciel se retrouve être l’origine de la menace qui pèse sur la terre, à nouveau, Hulk se fait un plaisir de tout détruire, et justifie à nouveau, une utilisation excessive d’effets spéciaux. C’est là le gros souci esthétique du film, les effets numériques ne sont pas posés sur la pellicule avec soin et précision, mais à la truelle. Tout explose, tout vole en éclat, l’incompréhension est finalement totale. Les plans sont ratés, le cadrage est saturé, le tout ressemble à un gribouillage informe. A moins que cette surenchère ne soit justement là pour masquer la médiocrité de la mise en scène… Rien n’est moins sûr, car même en dehors des scènes de bataille, où la caméra tremble tellement qu’elle en devient illisible, le film de Whedon brille malheureusement par son manque de créativité, d’inspiration. Avengers : L’Ère d’Ultron est un film de super-héros académique, sans réelle saveur. Il arrive cependant, à quelques minces occasions, à trouver des idées qui sauront créer en nous de légères émotions. Les scènes dans lesquelles les Avengers font leur « travail » de super-héros en volant au secours de la population, ou la naissance divine de Vision, en sont de trop rares exemples.

La direction artistique d’Avengers : L’Ère d’Ultron déçoit par son manque de relief et son apathie, et ce ne sont pas les prestations conventionnelles des acteurs, qui viendront donner du mordant au film de Whedon. Tout au plus, les rares plaisanteries amusantes entre Robert Downey Jr, Chris Evans, Chris Hemsworth, ou encore Mark Ruffalo, viendront vous arracher un sourire. Il en est de même pour la composition musicale de Brian Tyler et Danny Elfman, qui ne renouvelle en rien ce qui a été fait dans Avengers, et qui se contente, une nouvelle fois, de recycler pauvrement le thème des vengeurs.
C’est dommage, car les possibilités créatives pour un film de super-héros sont illimitées. À la place, Disney/Marvel préfèrent, nous proposer un second opus de sa saga Avengers, fade, anecdotique et consensuel. Tout est déjà-vu, on réutilise une formule qui a déjà marché par le passé. Cette tendance est symptomatique de la majorité des films de super-héros actuels, car finalement, la prise de risque semble trop dangereuse, et incertaine pour certains « exécutifs », on préfère donner au spectateur lambda ce qu’il attend, il nous remerciera pour cela. Qu’Hollywood se méfie ! A trop vouloir inonder le marché, on finit par gaver le spectateur, et le film de genre super-héroïque disparaitra aussi vite qu’il est apparu.
Mais n’est-ce pas le cœur de la stratégie d’Hollywood depuis des années, que d’épuiser un filon jusqu’à ce qu’il se tarisse de lui-même ?

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