Azyle, le graffeur qui tient tête à la RATP

Il signe parfois ses œuvres avec l’acronyme BAK, « brigade anti keufs ». Condamné à verser 195 000 euros de dommages et intérêts à la RATP pour ses dégradations sur des rames de métro à Paris, le graffeur Azyle ne nie pas sa responsabilité, mais n’est pas non plus prêt à payer la somme demandée sans rechigner.

Il s’est présenté à la Cour d’appel de Paris le jeudi 2 mars dernier pour assister à son procès, devant une nuée de journalistes et une assemblée de fans acquis à sa cause. Après 17 ans passés dans les méandres du métro parisien, armé d’une bombe de peinture comme seul outil de travail, le graffeur Azyle comparait après avoir été arrêté en flagrant délit par la cellule tag de la police des transports. On lui impute le nettoyage de centaines de graffitis, ainsi que le remplacement de plusieurs vitres sur des trains de la ligne 7 du métro. Des factures qui s’élèveraient à des dizaines de milliers d’euros.

Une obsession qui pourrait lui coûter cher

Pour réaliser ses graffs, cet expert en carrosserie pour un grand constructeur automobile français disposait d’une organisation digne d’un roman d’espionnage. Les enquêteurs ont retrouvé, dans le coffre de sa voiture, des trousseaux de clés RATP, ainsi que le plan des rames et des systèmes de sécurité du métro. Devant la cour, le graffeur admet volontiers son caractère obsessionnel dans la pratique du graffiti, parlant lui-même de « vraie addiction ». Il est condamné en première instance à payer 195 000 euros de dommages et intérêts, mais Azyle conteste la décision. Pourtant, il ne nie pas sa responsabilité, loin de là : « J’assume. Je reconnais les faits. Que l’on me condamne. Mais que l’on me condamne justement ». Le graffeur compte bien régler ses dettes, à condition qu’elles correspondent bien à la réalité. C’est tout l’enjeu de ce procès, qui oppose la RATP à un graffeur qui remet en doute la somme qui lui est demandée d’acquitter. « La RATP dit mettre une heure pour nettoyer un mètre carré de graffiti, il me faut moins de 10 minutes » affirme-t-il avec aplomb. Pour prouver qu’il est dans le vrai, Azyle a mis la main sur un document officiel de la société vantant les mérites du produit utilisé par les personnes chargés de nettoyer ses méfaits. Le Grafforange ST5, qui permettrait de nettoyer les tags en quelques secondes.

De cette manière, Azyle met la RATP face à ses propres contradictions. Les devis fournis à la justice seraient gonflés artificiellement et ne correspondraient en rien à la réalité selon le graffeur. Celui-ci a réalisé des tests en présence d’un huissier de justice pour prouver qu’il a raison. Le préjudice s’élèverait à 40 000 euros au lieu des 1950 000 exigés par l’entreprise. Mais la RATP refuse de dévoiler la méthode qui lui permet de chiffrer une telle somme. « Je le répète, peu importe le montant, je veux seulement m’acquitter de la somme juste et vous avez aujourd’hui l’occasion de rendre une décision qui marquerait l’histoire du graffiti ». Azyle a des mots forts, et il ne compte pas se laisser faire par la justice. Les délibérés auront lieu le 4 mai prochain.

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