Banksy soutient les migrants de Calais

Le plus célèbre Street-artiste de la planète a encore frappé. Il s’est rendu à Calais dans la discrétion la plus totale pour y apposer sa signature à trois reprises. À travers ses œuvres engagées, il exprime son soutien aux réfugiés de la Jungle, et plus globalement à tous les migrants à travers le monde.

Personne ne l’a vu ou entendu, pourtant il est bien passé par là. L’ombre de Banksy plane sur la ville de Calais après la découverte de trois nouvelles œuvres signées de son nom. Si chacune d’elle est bien distincte, leur thématique est identique : l’immigration. A l’heure où la France sous état d’urgence se questionne sur le flux de migrants envahissant son territoire, de peur que des terroristes se cachent parmi eux, l’artiste britannique n’hésite pas à s’engager en faveur de ces personnes qui quittent tout pour fuir les conflits.

Les origines syriennes de Steve Jobs

La première oeuvre, qui est aussi la plus emblématique, se situe à l’entrée de la Jungle, cet immense campement de fortune où s’entassent 4 500 migrants. L’artiste de Street-art y a peint un migrant sous les traits de Steve Jobs, le créateur de la célèbre marque à la pomme Apple. Le regard méfiant, le dos courbé sous le poids de son baluchon et de l’ordinateur qu’il tient à la main, il incarne tous les réfugiés qui risquent leur vie aux quatre coins de la planète.

Le graffiti délivre un message fort puisqu’il rappelle que cette icône absolue de « l’american way of life » est issue d’une famille de migrants. Dans un communiqué de presse, Banksy s’est exprimé à ce sujet : « On nous fait souvent croire que l’immigration est une perte pour les ressources d’un pays mais Steeve Jobs était le fils d’un immigré syrien. Apple est la société qui dégage le plus de bénéfices et qui paie plus de sept milliards de dollars d’impôts, mais cela a pu être le cas seulement parce qu’un homme venu de Homs a pu entrer aux Etats-Unis ». Le message est clair : si Steve Jobs avait été refoulé aux frontières de l’Amérique, le monde n’aurait jamais succombé à la folie Apple.

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© banksy.co.uk

Un peu plus loin dans le centre-ville de Calais, un autre graffiti attire le regard. Il s’agit cette fois d’une version remise au goût du jour de la toile Le radeau de la Méduse peinte par Géricault en 1818. Un peu moins de deux siècles plus tard, le bateau qui pointe à l’horizon pour sauver les rescapés d’un naufrage s’est transformé en ferry. En représentant ce moyen de transport inaccessible aux migrants, Banksy interroge le passant sur les nombreux obstacles qui se dressent face aux réfugiés dans leur tentative de démarrer une nouvelle vie à l’abri des conflits qui les oppressent.

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© banksy.co.uk

Enfin, à quelques mètres de la Manche, une troisième œuvre vient compléter le triptyque inventé par Banksy. Sur un mur blanc, en ombres chinoises, un petit garçon regarde vers les côtes de l’Angleterre dans une longue vue. À ses pieds se trouve une valise, au-dessus de lui un rapace semble l’attendre. Comment ne pas associer ce graff au corps sans vie du petit Aylan, retrouvé sur une plage grecque au cours de l’été ?

Décision admirable, bien qu’elle soit en totale contradiction avec le principe même du Street-art, qui appartient à l’espace public, les trois œuvres réalisées par Banksy seront prochainement protégées par du plexiglas pour empêcher leur détérioration. Ou leur vol. C’est une décision de la maire de Calais, Natacha Bouchart, qui s’est confiée sur le site de Nord Littoral. Pour elle, ces graffs sont « une chance pour Calais ». Ils sont « de qualité et font passer un message. Les services techniques travaillent pour qu’ils restent visibles tout en les protégeant ». Au risque de diminuer la portée de leur message.

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