Batman v Superman : L’aube de la justice (2016) de Zack Snyder

Note : ★★★☆☆

Un peu moins de trois ans après Man of steel, Zach Snyder (300) revient avec le deuxième maillon de l’univers cinématographique de DC Comics. Il ne s’agit plus ici d’introduire un nouveau super héros, mais bel et bien de confronter deux des plus grandes figures populaires de tous les temps. Attendu comme le film de l’année, Batman v Superman : L’aube de la justice est un blockbuster sombre et efficace, toutefois il souffre de son aspect quelque peu inégal…

L’histoire prend place plusieurs mois après la bataille de Metropolis (fin de Man of steel), avec une population qui se pose plusieurs questions quant à la légitimité de Superman. Le milliardaire Bruce Wayne, alias Batman, ne voit pas ce personnage aux capacités illimitées d’un bon œil, car il craint que ce dernier n’abuse de sa force. Aussi, décide-t-il de l’affronter dans un combat épique. Cependant, dans le même temps, une menace de grande ampleur fait son apparition…

Le principal enjeu de ce genre d’adaptation cinématographique est le respect du cahier des charges. En regardant les divers spots et trailers, Batman v Superman : L’aube de la justice se présentait comme un gigantesque moment d’action, doté d’une forte tension dramatique et d’un réalisme particulier. Dans la globalité, le film est en adéquation avec ses objectifs.

Tout d’abord penchons-nous sur l’atmosphère de cet affrontement. Une chose est sure, Batman v Superman n’est pas une œuvre tout public, d’ailleurs c’est tout le contraire. Le temps des adaptations super héroïques destinées à un public plutôt jeune est lointain. Il n’est plus question de blagues, de détente ou d’ironie, désormais la noirceur et le réalisme sont de sortie. L’ambiance ancre les géants, que sont Batman et Superman, dans un monde sombre où l’espoir est associé à des personnalités humaines, et non à des figures se situant au-dessus des lois (ou même du ciel !). Ce premier point est essentiel car il confirme que l’univers DC se classe dans une autre catégorie que celle de son concurrent Marvel. La tension est très bien exprimée et permet de traiter de thèmes propres à l’humanité, nous voyons dès lors que cette œuvre relève d’une certaine psychologie avec une question en fil rouge : l’être humain est-il ouvert d’esprit, ou effrayé par ce qui lui est inconnu ? Le sujet est intéressant mais ne partons pas dans un débat interminable.

Mis à part l’ambiance, on assiste à un développement correct des protagonistes. Snyder aurait pu tomber dans le piège de la surexposition de l’un des deux héros, mais finalement il s’en sort bien. L’égalité des temps d’apparition plonge le spectateur dans la tête des personnages. D’un côté, le Batman de Ben Affleck (Gone girl) est torturé, brutal, séducteur et détective. Cette version inédite du chevalier noir apporte de la fraîcheur et ne tombe pas dans une pâle copie du Batman Nolanien. En face, le Superman d’Henry Cavill semble encore tendre et essaye de comprendre une population qui lui est hostile. Il y a là le désir de montrer que ce surhomme est semblable à un humain, de ce fait il doit se forger pour acquérir ce statut de Dieu, qui lui est pourtant déjà attribué. Le troisième pôle est celui de Lex Luthor. Campé par Jesse Eisenberg (American ultra), l’antagoniste opte pour de la folie et le cynisme, une nouvelle fois on se détache du classique en oubliant le manipulateur, et posé, Lex Luthor. Enfin, les performances de Gal Gadot, en tant que Wonder Woman, et Jeremy Irons, en tant qu’Alfred, sont intéressantes et promettent un bel avenir.

Terminons les points positifs avec les combats. Les séquences d’action sont assez jouissives et s’adaptent aux différents styles de nos super héros. Le titre est évocateur et montre que l’adversité entre Batman et Superman se situe à tous les niveaux. Ainsi, les combats du chevalier noir sont pétris de réalisme et n’ont rien à envier à ceux de Nolan. Les scènes de l’homme d’acier se situent, elles, dans une esthétique numérique déjà aperçue dans Man of steel. Lorsque l’on additionne le tout, on passe un moment agréable qui reste néanmoins loin de l’anthologie…

En effet, Batman v Superman est loin d’être parfait. Son gros point faible est le rythme. La combinaison entre drame et action ne prend pas. Le film se retrouve enfermé dans une intrigue lente, notamment dans la première heure, qui fait tomber l’excitation générale. Bien sûr il est nécessaire d’expliciter les évènements, mais Snyder les explique trop. Cela plombe l’audience et, même les plus grands fans du genre peuvent perdre le fil. Snyder commet la même erreur que dans Man of steel, il ne parvient pas à trouver l’équilibre, recette du succès de Christopher Nolan dans la trilogie Dark Knight, ce qui fait parfois oublier que nous sommes en train de visionner un blockbuster.

De plus, Batman vs Superman souffre de son appartenance à l’univers DC. Notamment, le final enlève du poids au titre de l’œuvre, même s’il est techniquement maîtrisé. Il est difficile d’apprécier le film en tant que tel, car au fond il s’agit plus d’une méga bande annonce du titanesque Justice league (prévu pour fin 2017) qu’autre chose. C’est fort dommage parce que, ce combat était une belle occasion d’attirer un large public, et continuer de réconcilier les spectateurs avec les super héros (surtout après une année 2015 plutôt décevante). Malgré l’ambition de Snyder, on sent fortement la pression de la Warner, dans le montage, et les quelques facilités scénaristiques (peut-être que la version longue nous offrira un ensemble de meilleure qualité…). Au final, il est légitime de se demander si le titre n’avait pas plutôt une visée marketing. Mais ne tombons pas dans le fatalisme ! Batman v Superman est en réalité un « must see movie » quoi qu’il en advienne.

Pour terminer, Batman v Superman : L’aube de la justice est un divertissement efficace mais il peut en décevoir certains, il n’atteint pas les sommets qu’il a promis à travers ses bandes annonces. Espérons que Snyder nous offrira un Justice League digne de ce nom, car au final le fameux « combat du siècle » n’est pour l’instant que le combat de l’année, en attendant le Captain America : Civil War des frères Russo (qui sort le 27 avril 2016)…

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