Baudry : « Dessiner, c’est une manière d’exister »

© Baudry

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Dix mois après les attentats contre Charlie Hebdo, qui visaient la liberté d’expression, les attentats de Paris mobilisent une fois de plus les dessinateurs français et étrangers. Parmi eux figure Hervé Baudry, un artiste engagé, pour qui le dessin est un devoir autant qu’une échappatoire.

« Au moment des attentats, j’étais en train de travailler. Je suis souvent sur les réseaux sociaux et j’ai tout de suite compris ce qu’il se passait ». Baudry est un collaborateur régulier du site Rue89. En plus de ses activités de dessinateur, il anime chaque semaine des débats sur la chaine Public Sénat. La soirée du vendredi 13 novembre, il l’a passée chez lui. Rapidement, l’envie de dessiner se fait ressentir comme un besoin. Il publie successivement deux dessins, qui ont tous les deux étaient massivement partagés sur les réseaux sociaux.

Peu après le drame, il publie un premier dessin, intitulé « Paris Rage » : « Mes deux dessins sont intimement liés. Quelques minutes après le début des attentats, j’ai pris mes crayons pour dessiner « Paris Rage ». J’ai tout de suite imaginé cette flaque de sang, contrastée par le bleu de la Seine, en voyant le nombre de victimes qui augmentait de minute en minute. Je voulais exprimer à la fois la rage et la colère des Parisiens face à ces évènements. J’ai voulu faire un dessin très simple exprimant par ces deux couleurs quelque chose de malheureusement très violent ».

Le lendemain, il publie un second dessin. Celui-ci se nomme « Fuck Terrorism ». On y voit sept personnages qui fixent le spectateur en brandissant un doigt d’honneur. Derrière eux se trouve une épicerie de quartier, et en toile de fond la tour Eiffel. « J’habite dans le 18ème arrondissement, je considère qu’il est multiconfessionnel. Chez moi, on se connaît tous comme dans un village. J’ai essayé de faire ressortir par le dessin la voix des gens du quartier. Le premier dessin c’est le choc, le deuxième c’est le réveil et l’espoir » explique-t-il.

 

Des dessins engagés

Après des études en génie civil, Hervé Baudry commence très tôt à publier des dessins dans la presse. Dès l’âge de 18 ans, ses premiers dessins paraissent dans le journal local. Ses sujets de prédilection sont les faits de société, et les évènements politiques qui rythment la vie quotidienne française, mais pas seulement. Rapidement, le thème du terrorisme et du djihadisme devient récurrent dans son travail. Par le biais de ses dessins, il cherche à synthétiser ses émotions, qui sont le point de départ de toute sa réflexion : « Pour moi, l’émotion est un vrai vecteur de création. J’envisage mon métier de cette manière : exprimer mes émotions de manière simple pour les faire partager au plus grand nombre ». 

C’est pourquoi avec ces deux dessins, Baudry souhaite pointer du doigt toutes les valeurs qui caractérisent le mode de vie français tant décrié par les terroristes : « Nous sommes unis et nous devons le faire savoir. C’est notre savoir-vivre qu’il faut défendre par tous les moyens. Si on ne dessine pas dans ces moments là, ça ne sert à rien. C’est une manière d’exister, une forme de militantisme je dirais. Il faut dire ce que l’on veut, il faut être libre, c’est le message que je souhaite faire passer ».En plus de ses dessins, Baudry réalise également des peintures, afin de garder un pied hors de la réalité.

 

Pour en savoir plus sur son travail : 

http://hervebaudry.com ou http://www.lacabana.book.fr

© Baudry

 

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