Bettina Rheims s’expose et magnifie la féminité à la Maison Européenne de la Photographie

Elizabeth Berkley in a coucou’s nest, February 1996, Los Angeles © Bettina Rheims

Elizabeth Berkley in a coucou’s nest, February 1996, Los Angeles © Bettina Rheims

Jusqu’au 27 mars prochain, la Maison Européenne de la Photographie présente quarante ans de photographie de l’artiste française Bettina Rheims et ce, pour la première fois en France.

A travers 180 œuvres, l’exposition intitulée tout simplement « Bettina Rheims », retrace les divers travaux de l’artiste : des premières strip-teaseuses de Pigalle à ses portraits de femmes détenues dans les prisons françaises. Un regard particulier sur l’identité et la féminité.

Visite

Breakfast with Monica Bellucci, november 1995, Paris  © Bettina Rheims

Breakfast with Monica Bellucci, november 1995, Paris © Bettina Rheims

Une rétrospective et non pas une monographie

L’exposition, qui se déroule sur trois étages à la MEP, présente, par des mises en parallèle parfois surprenantes et inattendues, le fil rouge de l’artiste : la féminité sous tous ses états. 

Elle se veut être un regard complet sur le travail de l’artiste, sans présenter les œuvres et séries de manière chronologique ou thématique. 

La première salle se veut une sorte de panorama visuel de son travail. Face à des tirages plus ou moins imposants, intimidants, parfois grandeur nature, Bettina Rheims déjoue les conventions et soulève la question de l’identité, en transgressant les codes du Beau et de l’érotisme.

Les salles suivantes des deuxième et troisième étages, font la part belle aux séries légendaires de la photographe : Chambre Close (1990-1992), Pourquoi m’as-tu abandonnée (1994-2002) et Bonkers ! (2014).

Erotisme troublant, parfois dérangeant, mystère et abandon de soi et du corps peuvent, peut-être rapidement, résumer les différentes photographies qui viennent bousculer le spectateur. Ici, la femme est belle, sublimée et mystérieuse, non pas dans ses perfections charnelles, mais par ce qu’elle vit, ou vient de vivre, à l’instant de la photographie.

Dans les années 80, l’arrivée du VIH a modifié la réflexion de la photographe pour se pencher sur d’autres modèles. Pour une jeune génération, une autre forme de séduction et jeux sexuels devient nécessaire. Elle s’est donc intéressée, en hommage également à son frère décédé, à une autre identité sexuelle. En sortiront les séries Modern Lovers (1989) ou encore plus tardivement, Gender Studies (2012).

Milla Jovovich, étude, March 2005, Paris  ©  Bettina Rheims

Milla Jovovich, étude, March 2005, Paris © Bettina Rheims

Inconnues et histoire de l’Art

Celle qui est principalement connue pour ses photographies de mode, démontre, avec les dernières salles de l’exposition, une recherche définitivement esthétique dans son travail, emprunte de références, ainsi que sa volonté de proposer des images chargées d’une véritable narration.

La magnifique série I.N.R.I. (2000) réalisée en collaboration avec Serge Bramly – véritable coup de cœur et plaisir de voir enfin ces photographies pour votre rédactrice – propose une approche définitivement contemporaine de scènes caractéristiques de nos traditions religieuses séculaires de la vie du Christ. Ce dernier apparaît désormais lié à l’imagerie publicitaire et cinématographique, comme revenant dans notre société contemporaine. 

Avec la série Héroïnes (2005), la photographe montre un attachement pour la sculpture, notamment influencée par Rodin, son travail sur le traitement de la peau, l’allégorie et sa volonté d’effectuer un retour à la chambre photographique.

Enfin, est présenté son travail le plus récent intitulé Détenues (2014), avec des œuvres qui n’avaient pour la plupart jamais été exposées. Placée en face de portraits de femmes symboles du glamour, du sexy et de l’érotisme le plus total comme Angelina Jolie sur un lit d’hôtel, ou la splendide Charlotte Rampling, cette galerie de portraits détonne à la fois par sa composition unique et son thème, mais également par le choix scénographique de l’exposition.

On peut s’interroger sur la démarche artistique de la photographe et le réel intérêt de cette série. Pour l’artiste qui s’est intéressée aux conditions de détention de ces femmes, il s’agit principalement de leur redonner une féminité et ainsi les accompagner, par le biais du portrait, dans un travail de reconstruction de leur identité. 

D’autres séries sont à (re)découvrir lors de votre visite. De par la rareté de la présence de l’artiste au sein des institutions françaises, mais aussi pour le nombre importants d’œuvres présentées, et le cheminement des images iconiques qui brisent les codes d’un érotisme propre à l’artiste, « Bettina Rheims » est une exposition à ne pas louper. Fruit du regard d’une femme sur les femmes qui offre ainsi une nouvelle image de la féminité. 

Informations pratiques :

« Bettina Rheims » à la MEP, 5 rue de Fourcy, 75004 Paris
Du mercredi au dimanche de 11h à 20h
Jusqu’au 27 mars 2016
Métro Saint-Paul

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