Blue Monkey au Cirque Electrique, ligne haute tension

Avis aux amateurs de nomadisme et de sensationnel, le Cirque Électrique vous attend à la Porte des Lilas, pour vous accueillir entre roulottes et chapiteaux au sein d’un univers joyeux, alternatif et déluré. Les structures temporaires reflètent une volonté éclectique et universelle de rassembler un public large et varié, le burlesque trouve encore sa place aux portes même de la capitale. Cet espace de création ambulant a déjà fait ses armes en passant par divers quartiers de la ville, dont Stalingrad dans les années 2000, et se laisse la possibilité constante de plier bagage pour une nouvelle destination.
Ne vous arrêtez donc pas à la froideur des barmans, ou au peu d’amabilité des équipes, pour vous enfoncer dans les détours et secrets d’une place qui se veut charmeuse et envoûtante. Allez-y pour respecter le calme et l’originalité du lieu, et vous laisser séduire par la beauté funambulesque du site.

C’est dans une ambiance à mi-chemin entre Clashs et Sex Pistols que la salle de concert du Cirque Electrique a accueilli son petit public parisien ce soir-là. Le premier groupe, Joujou Jaguar, vous reçoit avec fièvre et ferveur, et invite à un lyrisme qui trouve toute sa place dans la violence et la revendication du style Punk. Ce sont des paroles pleines de sens avec lesquelles un guitariste-chanteur, sorti des catacombes pour l’occasion, vous invite dans la joyeuse farandole Oï de la Nuit des Singes. A travers cet élan d’expressivité et de sauvagerie musicale on peut ressentir l’esprit fou, léger et décalé de la nuit berlinoise. Un clavier léger, aux avant-postes et volontaire, entouré d’une jolie formation dont on sent qu’elle est, avant tout, là pour se faire plaisir.
Pour la première de l’asso Blue Monkey, c’est un rock punk/garage aux influences tranquilles, mentales et torturées qui vous est présenté à travers ces trois groupes : Joujou Jaguar, Walter’s Carabine et The Scrap Dealers. Au coeur de ce public parisien dubitatif et circonspect, aux attentes bien claires et délimitées, se joue la nouvelle scène garage et une production aux accents intenses et chaleureux.

C’est donc Walter’s Carabine qui enchaîne après le doux vaudou parisien de Joujou Jaguar, pour un rock punk aux influences psychédéliques, sachant respecter ses silences mais aussi avec un sens du rythme goutu et prononcé. Leur jeu prévaut toutes sensations, aucune alternative n’est accordée par un guitariste se laissant entraîner par sa folie sanguinaire. Il soulève son public entre fondus et enchaînés, sur un garage aux influences lennoniennes, brutal et engageant. La démonstration de force entre musiciens ne laisse pas indifférent ce fameux public parisien habitué aux grandes scènes, admirant un groupe de chevelus entretenant leur foi sur scène, mais aussi scandant des messages à textes tristes et désabusés. On prend plaisir à assister à un travail sérieux et appliqué, dont l’énervement n’a de limite que l’irritation et l’envie de paraître.

Enfin vient le groupe liégeois, The Scrap Dealers, qui d’emblée entraîne son public dans un acharnement vain et continu, juste le temps de quelques accords. On se laisse facilement séduire par le souffle envieux et volontaire d’un batteur chanceux et plein d’entrain, aux accents du Sex Pistols des 70’s, pour un public soucieux et exigeant. Un jeu de larsens et de suraigus joue sur la fine limite de la force contenue de cette batterie pop, engagée et ironique. L’accord symbiotique entre batteur et chanteur crée une esthétique pleine de sens et en recherche d’une expression torturée et fragmentée. L’expérience, violente, peu sympathique et à la sonorisation saturée vide rapidement la salle de son public si exigeant, mais rappelle en seconde instance, un Kill The Young des années vertes, par sa force, sa ferveur et sa constance. La formation aurait touché le génie si elle avait su se débarrasser de son leader guitariste, siglé d’un T-shirt “Butella” ce soir-là, plein d’une envie débordante d’occuper la scène et de se donner en spectacle. Fatigant, il ne donne pas envie de s’accrocher à cette petite salle au son sur-décibélisé, qui s’est déjà vidée de la moitié de ses spectateurs.

Les rares chanceux qui auront su dépasser ces obstacles auront eu le privilège de remarquer le discret bassiste, puissant, sensible, délicat et dans une maîtrise totale et parfaite de sa formation, tout en sachant se limiter à l’ombre de son groupe et à ne pas prendre trop de lumière à son “leader Butella” qui l’aime tant*. C’est avec une voix puissante, enchaînée et racontée que le bassiste en question clôture la soirée, tout en jouant une mélodie qui laisse toute sa place au recueillement.

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