Bruce Nauman à la Fondation Cartier pour l’art contemporain

La Fondation Cartier pour l’art contemporain expose l’artiste américain Bruce Nauman. Disparu de la scène artistique française pendant 15 ans, Nauman revient en force nous faisant découvrir des œuvres antérieures, tout comme quelques projets inédits.

La Fondation, au cœur du 6ème arrondissement, s’avère être un endroit propice pour redécouvrir les vidéos et installations sonores de l’artiste, créant un petit environnement qui nous permet de voir les détails de chaque œuvre présentée.

Deux vidéos sont projetées au rez-de-chaussée, Pencil Lift et Mr. Rogers montrent une action futile, l’artiste essaie de soulever deux taille-crayons dans l’air. Activité absurde qui se répète à l’infini, Nauman nous fait réfléchir sur la nature de nos activités quotidiennes. L’exercice du crayon est une sorte de miroir où l’histoire de l’humanité toute entière se reflète, sommes-nous condamnés à refaire les mêmes erreurs que nos ancêtres ? Est-il inéluctable de porter la même pierre que le Sisyphe ? Nauman ne semble pas nous donner de réponse précise, la vidéo poursuit son chemin et continue de questionner les nouveaux venus, sans apporter un quelconque soulagement, le doute persiste et se perpétue au sous-sol.

En effet, à l’étage inférieur la vidéo Anthro/Socio (Rinde facing camera) affirme et continue avec les questionnements sur l’absurde et le futile. L’artiste et performeur Rinde Eckert répète trois séries de mots sur trois projecteurs et six écrans : « Feed me, Eat me, Anthropology », « Help me, Hurt me, Sociology » et « Feed me, Help me, Eat me, Hurt me ». La physionomie d’Eckert met mal à l’aise, les cris résonnent dans la salle incitant le spectateur à s’angoisser. Deux branches des sciences humaines sont à l’honneur dans cette œuvre, la sociologie et l’anthropologie. Le commissaire de l’exposition Robert Storr, grand spécialiste de Nauman, affirme qu’il s’agit d’un questionnement direct aux deux disciplines qui, pendant longtemps, se sont présentées comme deux possibles solutions aux problèmes de l’humanité. Les vocables « hurt me » ou encore « eat me » représentent ainsi l’échec des sciences sociales à nous donner des solutions concrètes. De plus, Carousel de 1988, œuvre sculpturale macabre qui présente des moulages de taxidermie, n’offre aucun espoir au visiteur. Le titre contraste avec la mise en scène qui fait plus penser à un abattoir qu’à un jeu d’enfants. Ici, l’aspect formel de l’œuvre retient notre attention. Bien qu’il s’agisse d’un « ready-made » au sens formel, Robert Storr affirme que le but principal n’est pas celui de rendre hommage au « joueur d’échecs » ; Bruce Nauman se sert de l’objet, véhicule un message à travers ce dernier, sans beaucoup s’attarder à le définir, une différence fondamentale entre lui et le « joueur d’échecs »

En dépit des constantes questions sans réponse, et malgré l’aspect glauque de quelques œuvres, ce n’est pas une exposition « romantique » dans le sens baudelairien du terme. For children/ Pour les enfants en est la preuve. Cette œuvre sonore qui répète le titre, se dévoile comme étant une réflexion sur la pédagogie et l’univers des enfants. L’éducation comme possible solution aux problèmes sociaux ? La jeunesse comme espoir de l’humanité ? Encore une fois, pas de réponse concrète, que des pistes et des rhétoriques lancées dans l’air. Seul le temps peut décider.

Finalement, l’installation Untitled 1970-2009 semble interroger sur le passage du temps et sur la corporéité, sujets très chers à l’artiste. Des mouvements chorégraphiés, deux femmes qui tournent dans le sens des aiguilles d‘une horloge sur un tapis, les corps des danseuses mis en évidence, l’épuisement se lit à la fin de l’activité. Le corps remplace la toile, le corps est la toile. Dans ce type d’exercice Nauman nous fait penser à ses débuts, notamment à sa sculpture humaine Fountain.

Une opportunité pour redécouvrir Nauman se présente ainsi dans la Fondation pour l’art contemporain. Ne manquez pas ce rendez-vous culturel qui vaut totalement le détour.

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