Ça peut pas rater – Gilles Legardinier (2014)

Bridget Jones. Oui, vous la connaissez. Trentenaire, célibataire, aimant les hommes et attendant le bon. Découvrez son pendant français, Marie Lavigne, également trentenaire, fraîchement célibataire, ne pouvant vivre sans les hommes et beaucoup moins attachante que Bridget.

Elle est l’héroïne du nouveau livre de Gilles Legardinier, Ça peut pas rater, publié en octobre 2014 aux Fleuve Éditions. L’auteur s’est déjà fait connaître grâce à des succès comme Demain J’arrête ! Ou encore Complètement cramé. J’ai découvert cet auteur et son style avec Ça peut pas rater. Après lecture du livre, mon sentiment est assez mitigé. Jusqu’à la moitié de l’histoire, j’étais sûre d’écrire quelque chose de très négatif et puis …

Marie Lavigne vient de se faire abandonner par Hugues, l’homme avec qui elle entretient une relation depuis 10 ans. Elle vit très mal cette séparation et découvre en lui un goujat de la pire espèce et se promet de commencer une vie sans homme. Elle semble prête à tenir sa résolution quand de mystérieuses lettres viennent troubler son quotidien.

Ce qui m’a posé problème c’est l’absence de personnages. Je sais bien que je parle d’une comédie, de quelque chose de léger et on pourrait croire que les personnages ne peuvent pas être très profonds. C’est entièrement faux. S’il s’agissait simplement d’une comédie, de quelque chose de décalé on aurait pu nier l’importance de profondeur chez les personnages, mais l’auteur s’applique à soulever de vraies problématiques (la solitude, l’abandon, la trahison, etc.) En cela, le lecteur ne peut pas se contenter de personnages écrits à la va vite et qui ne servent qu’à faire rire et à glisser un ou deux bon mots. Je n’ai pas pu sympathiser avec l’héroïne, ou les personnages secondaires, parce qu’ils manquaient de substance. Ils parviennent à donner l’illusion, grâce aux thèmes qui eux sont complexes, mais on remarque qu’ils ne sont déterminés que par quelques traits de caractère. Ceci est particulièrement vrai pour l’héroïne qui semble parfois avoir quatre ans d’âge mental. Ce qu’elle fait pour se venger des hommes est clairement perpétré dans le but de faire rire, mais personne ne ferait ça dans la vraie vie. Ou personne que je ne connaisse.

Se pose alors le problème du genre. L’auteur parle d’une comédie, mais comme je viens de le dire, il aborde des thèmes assez graves. Les deux peuvent très bien fonctionner ensemble, mais pas dans ce livre. Marie est très immature pendant le premier tiers du livre, elle évolue un petit peu, notamment grâce à des rencontres avec des personnages intéressants, ce qui m’empêchent d’affirmer haut et fort la platitude de tous les personnages. Mais cette évolution ne marche pas selon moi car bien qu’elle prenne parfois le temps de réfléchir, elle a aussi des réactions totalement irréalistes. Est-ce fait exprès, afin de peindre la femme moderne décomplexée, à la fois femme et petite fille ? Si c’est le cas, je trouve le contraste trop saisissant pour que ça marche. Dommage, l’idée est intéressante.

Si le livre ne me touche pas, c’est pour des raisons subjectives. Je comprends qu’il plaise grâce à ses thèmes universels. Je pense qu’il va trop dans la facilité, qu’il essaie trop de faire rire, qu’il n’est pas assez subtil. Le style aussi est intéressant, très imagé, parfois drôle, mais encore une fois, il gagnerait à être plus subtil. La fin du livre le sauve d’une critique trop négative. Je la trouve assez jolie, et elle dévoile un personnage plus émouvant que les autres.

Pourquoi est ce que je préfère Bridget à Marie ? Le dosage. L’histoire de Mlle Jones est plus drôle, plus simple, plus réussie parce qu’elle part dans moins de directions, et permet de se concentrer un peu plus sur la densité de ses personnages. Vous pouvez passer un bon moment avec ce livre à condition d’accepter quelques clichés : les femmes se maquillent et aiment les fleurs et les hommes aiment le bricolage.

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