Ça s’est passé cette semaine : Diane Ducruet et l’intime bafoués pour le Mois de la Photo

Novembre à Paris, c’est l’apparition des petits nuages de vapeur qui se forment sur les lèvres le matin, la chute des feuilles mortes dans les jardins et l’approche de l’hiver, mais c’est aussi, et surtout, le mois de la photographie. William Eggleston à la Fondation Cartier-Bresson, Garry Winogrand au Jeu de Paume, Sonia Delaunay au musée d’Art Moderne de la Ville de Paris,… Le temps de quatre petites semaines, les musées et les galeries de la capitale se retrouvent pris dans une frénésie créative intense. Ils exposent le travail de photographes connus et reconnus dans le cadre de trois thématiques définies chaque année par le directeur de la Maison Européenne de la Photographie, Jean-Luc Monterosso.

La dix-huitième édition du mois de la photographie débute à peine et, parmi ses trois thématiques, c’est celle intitulée “Au cœur de l’intime” qui fait le plus parler d’elle. Le sujet de la polémique ? Ce n’est ni la qualité du travail exposé ni la célébrité de l’artiste, mais le caractère jugé choquant par quelques individus conservateurs d’une œuvre vite retirée de sa cimaise. Il s’agit de Mother & Daughter II, un montage photographique réalisé en 2014 par l’artiste Diane Ducruet. On y voit une mère et sa fille enlacées dans une étreinte à la fois violente et apaisée. Les deux corps nus s’entremêlent en douceur et donnent à voir un enchevêtrement poétique rappelant le lien fort unissant une mère et son enfant.

“Hérésie”, “inceste”, “pédophilie”,… Les critiques acerbes n’ont cessé de pleuvoir sur Diane Ducruet depuis le 26 octobre dernier. Par le biais de courriers envoyés à la photographe, à sa galeriste Catherine Houard, à la commissaire de l’exposition François Paviot et au délégué artistique du Mois de la Photo Jean-Louis Pinte, sept personnes se sont insurgées contre la présence de cette photographie dans l’exposition et ont exigé son retrait immédiat. Aussitôt dit, aussitôt fait. Alors qu’on pourrait penser que les critiques font partie du métier d’un artiste et qu’il s’agit d’un élément concomitant de tout acte de création, la galeriste en charge de l’exposition a rapidement pris la décision d’annuler l’accrochage de l’œuvre dès le jeudi suivant, sans même en parler à l’artiste, de telle sorte que personne n’a pu la voir lors du vernissage.

Diane Ducruet s’est confiée à Rue89, qui a révélé l’affaire, en déclarant : “Je ne comprends toujours pas comment une galeriste et un responsable d’une institution censée promouvoir le travail des artistes ont pu, sans la moindre menace, sur la simple demande d’anonymes, et sans réellement connaitre mon travail passé et présent, décider de décrocher une œuvre“. Car le directeur de la Maison Européenne de la Photographie Jean-Luc Monterosso a également pris part à la décision d’écarter l’œuvre de l’exposition, même s’il a nié son implication dans un communiqué daté du lundi 3 novembre. Alors que le principe fondateur de l’art semblait être sa totale liberté, il s’avère que les grands évènements artistiques parisiens, tels que le Mois de la photo, tendent à encadrer l’art pour le faire correspondre à certaines valeurs, comme si le caractère médiatique et grand public de l’évènement empêchait que sa liberté soit effective.

Si la pruderie d’une poignée d’individus peu au courant du travail de l’artiste a eu pour conséquence le retrait de l’œuvre de l’exposition, elle a aussi entrainé sa surmédiatisation puisque ces derniers jours, Rue89, Le Monde ou encore Culturebox s’y sont intéressés en publiant des articles sur la toile. Finalement, l’annulation de l’accrochage de l’œuvre Mother & Daughter II a participé à sa connaissance, et sa reconnaissance, par les médias et leur public, produisant l’effet inverse de celui escompté. Au départ, c’est une autre photographie de l’artiste, pourtant connue pour son travail sur la famille, qui a attiré l’attention de quelques amateurs sur son originalité. Présente sur le carton d’invitation de la galerie Catherine Houard, on y retrouve la mère et son enfant, échangeant un étrange baiser, le visage de la petite fille semblant être dévoré par la bouche de sa mère. Pas de doute qu’à l’avenir, le nom de Diane Ducruet ne passera plus inaperçu.

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