Ça s’est passé cette semaine : la Philharmonie, entre accords et dissonances

Enfin ! La Philharmonie de Paris a ouvert ses portes jeudi 15 janvier dernier et elle fait déjà parler d’elle. En bien ou en mal, c’est ce que nous allons voir. Située en plein cœur de la Villette, à peu de distance de la Seine-Saint-Denis, son architecture futuriste a de quoi faire rêver. De l’extérieur, elle ressemble à un étrange paquebot ondulant sur lequel près de 340 000 oiseaux métalliques stylisés semblent sur le point de s’envoler. Ses formes, à la fois asymétriques et courbes, s’inscrivent dans la lignée des architectures modernes que l’on trouve depuis quelques années en France. Par exemple, la Fondation Yves Saint Laurent qui s’est ouverte il y a peu.

Après huit ans de travaux entrecoupés de polémiques, la Philharmonie a ouvert ses portes pour le plus grand plaisir des amoureux de la musique. Et rien n’a été laissé au hasard afin de rendre une acoustique la plus parfaite possible. A commencer par l’orchestre, placé au milieu même du public, de telle sorte que la personne la plus éloignée de la scène ne se trouve qu’à 32 mètres du chef d’orchestre. Une distance très réduite qui favorise la bonne écoute des spectateurs. Cela n’empêche pourtant pas que 3 600 personnes puissent prendre place à l’intérieur de la salle principale, dotée de couleurs chaudes, et dans laquelle des balcons flottants suspendus permettent à chacun de disposer de la meilleure acoustique possible. Tout a donc été fait pour réaliser un cadre intime propice à la rêverie.
La Philharmonie a été créée pour remplacer la salle Pleyel jugée vieillissante. Jusqu’alors, il s’agissait du seul lieu d’accueil parisien permettant à des orchestres classiques de taille importante de se produire. Ce projet est porté par Pierre Boulez, chef d’orchestre, depuis les années 1980. Dans son viseur, le désir de créer un “Centre Pompidou de la musique“. En plus de la salle de spectacle proprement dite, la Philharmonie dispose aussi de six salles de répétition, dix studios, plusieurs ateliers pédagogiques, une promenade sur le toit et une salle d’exposition. Côté restauration se trouvent un café et un restaurant panoramique donnant sur le parc. Le tout forme une gigantesque infrastructure aux allures d’acier en attente de trouver son public.

Son inauguration a eu lieu le mercredi 14 janvier 2015 avec un répertoire exclusivement français. Le président de la République, François Hollande, y a lui-même assisté. Comme pour contrebalancer l’absence de Jean Nouvel, l’architecte en charge du projet, qui trouve l’ouverture de la Philharmonie “prématurée”. Celui-ci a en effet été mis à l’écart au cours de l’élaboration du projet en raison de ses désaccords et de ses dépenses jugées pharamineuses. C’est donc sans son accord que le site a été inauguré la semaine dernière. L’architecte a écrit à ce sujet une tribune dans le journal Le Monde en date du 15 janvier pour exprimer son point de vue :
Le mépris, ces deux dernières années, pour l’architecture, pour le métier d’architecte et pour l’architecte du plus important programme culturel français de ce début de siècle m’interdisent d’exprimer mon accord et ma satisfaction par ma participation à la soirée d’ouverture, dans une architecture qui oscille souvent entre la contrefaçon et le sabotage“.

Financé à parts égales par l’Etat et la ville de Paris, le budget initial du projet de la Philharmonie était en 2007 de 200 millions d’euros. Il a bondit pour atteindre, selon les derniers chiffres annoncés, 386 millions d’euros. Une somme à l’origine de nombreuses critiques, et de plusieurs tentatives d’interruption de la construction. En cause, les exigences d’un architecte habitué des grands chantiers et de la démesure. Malgré tout, la construction de la Philharmonie est loin d’être terminée. Si tous les espaces intérieurs sont terminés, l’extérieur de sa structure ne sera pas finalisé avant l’été.
Un second problème réside dans le lieu d’implantation de la Philharmonie, que beaucoup jugent trop lointain. Il s’agit pourtant là d’un vrai pari lancé par Laurent Bayle, le directeur de la Cité de la musique, dans une tentative pour toucher de nouveaux publics. Celui-ci a en effet exprimé le souhait de démocratiser l’accès à une musique traditionnellement prisée des milieux aisés en plaçant volontairement la Philharmonie en bordure de la Seine-Saint-Denis. Selon ses mots, ce serait une “main tendue aux banlieues”. Ce geste en direction d’un public peu habitué à la musique classique se traduit dans la programmation annoncée de ce début d’année. La Philharmonie proposera également des concerts de rock, de jazz et de musiques du monde. De quoi en contenter plus d’un.

Crédits : lemonde.fr

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