Ça s’est passé cette semaine : la Tour Triangle, symbole du rejet de la modernité

Les Parisiens seraient-ils réfractaires à la modernité ? C’est en tout cas ce que l’on peut penser, alors que le Conseil de Paris vient de rejeter, lundi 17 novembre dernier, le projet de construction de la Tour Triangle par 83 voix contre 78. Le projet architectural, porté par les deux architectes Jacques Herzog et Pierre de Meuron, devait prendre la forme d’une pyramide à la base trapézoïdale. La tour aurait dû prendre place dans le Parc des Expositions de la Porte de Versailles, dans le 15ème arrondissement. La frilosité des Parisiens concernant l’urbanisme de la capitale se fait ressentir plus que jamais, alors que ce projet de grande envergure, qui aurait pourtant participé au rayonnement artistique de la France, continue de perdre pied.

La cause principale du rejet de la Tour Triangle, c’est l’extension verticale de la ville de Paris, perçue par ses habitants comme une gêne à leur champ de vision. La construction architecturale aurait du culminer à 180 mètres de hauteur avec ses 42 étages. Epaisse de 35 mètres à sa base, elle ne devait plus l’être que de 16 mètres à son sommet. Avec sa forme triangulaire et sa surface entièrement vitrée, elle était emblématique de la modernité que recherchent toutes les grandes villes industrialisées à l’heure de la mondialisation. Or, ce n’est pas le cas de Paris, qui protège férocement l’urbanisation horizontale depuis des années, en rejetant les projets d’immeubles de grande hauteur. La question du rejet de la modernité est posée judicieusement par un article du site francetvinfo.fr paru la semaine dernière : “Tour Triangle : Paris est-il réactionnaire en matière d’architecture ?”.

Preuve que l’urbanisme vertical n’est pas du goût des Parisiens, la Tour Triangle serait la première construction d’un immeuble de grande hauteur dans la capitale depuis la construction de la tour Montparnasse, qui remonte à 1972. Autant dire une éternité dans l’univers architectural. Le Journal des Arts rapporte les propos de l’architecte Jean Nouvel à ce sujet : “un des objets sculpturaux les plus incroyables (que j’ai vu) depuis très longtemps”. La maire de Paris Anne Hidalgo, qui n’a cessé de soutenir vigoureusement le projet, s’est, elle aussi exprimée sur le sujet dans une tribune du journal Le Monde daté du 21 novembre et intitulée “Ne renonçons pas à la Tour Triangle”. Elle s’exclame notamment : “Comment sérieusement refuser à l’heure actuelle un investissement privé de 500 millions d’euros qui combine une très grande qualité architecturale et un positionnement urbain en phase avec la métropole en devenir ?”.

La Tour Triangle devrait être composée de 80 000 m² de bureaux privés, ainsi que de 1 600 m² d’espaces ouverts au public avec deux belvédères et un restaurant panoramique. Selon ses concepteurs, l’implantation et l’orientation de la construction devrait limiter au maximum l’ombre portée sur les immeubles environnants. Car c’est aussi de cela dont il s’agit : le bien-être des Parisiens habitant le quartier, qui refusent d’être gênés par un projet architectural jugé encombrant. Selon un sondage réalisé par l’institut BVA en avril dernier, 56% des sondés disent désapprouver la construction de la tour. Trop imposante, trop voyante,… C’est toute la spécificité de la Tour Triangle qui est remise en cause.

S’il fallait isoler un argument allant à l’encontre du projet, mais qui pourrait tout de même être jugé raisonnable, c’est celui concernant l’emplacement de la Tour Triangle. Et encore, cet argument négatif ne prône pas tant l’annulation du projet, que son déplacement dans un environnement plus adapté. On le retrouve dans les propos de l’architecte et urbaniste Albert Lévy, qui s’est exprimé dans l’article “La Tour Triangle : un projet inadéquat pour Paris”, paru dans Le Monde du 30 novembre 2014. Il y met en évidence, qu’il n’y a pas de logique à ce que la Tour soit désolidarisée loin des autres tours comme c’est déjà le cas de la tour Montparnasse. Pour bien faire, il annonce qu’il aurait fallu la construire dans le quartier de la Défense, où son architecture serait allée de pair avec les autres tours déjà construites.

Quoi qu’il en soit, le sort de la Tour Triangle reste encore aujourd’hui incertain. Suite à son rejet exprimé par le vote du Conseil de Paris du 17 novembre, la maire Anne Hidalgo a contesté le scrutin, et a annoncé saisir la justice. En effet, au cours du vote, de nombreux électeurs auraient délibérément montré leur bulletin préalablement au passage devant l’urne. Le projet reste donc en suspension jusqu’à décision de la justice. Plusieurs projets parisiens suivent actuellement leur cours dans la tension et le rejet d’une partie des Parisiens : c’est le cas de la canopée des Halles des architectes Patrick Berger et Jacques Anziutti, mais aussi de la Philharmonie de Jean Nouvel et de l’église orthodoxe de Jean-Michel Wilmotte.

Site

Crédits : lefigaro.fr

Les commentaires sont fermés.