Ça s’est passé cette semaine : le nouveau Charlie Hebdo s’arrache en kiosque

Mais qu’est-ce qu’il a donc, ce Mahomet à l’air tout penaud à la Une du nouveau Charlie Hebdo ? Il doit se sentir bien décontenancé par le soudain attrait dont il fait l’objet, lui qui a si souvent été mal jugé pour apparaitre dans les pages de l’hebdomadaire. Et pourtant il est bien là, tout de blanc vêtu, les yeux écarquillés, la larme à l’œil et la bouche tordue dans une grimace de tristesse. Entre ses mains, la pancarte “Je suis Charlie” est un cruel rappel de l’attentat qui a eu lieu il y a près d’une semaine dans les locaux du journal. Cet attentat a tout de même coûté la vie à douze victimes innocentes, dont huit journalistes. Pas si innocents que ça ! diraient certaines mauvaises langues au souvenir des titres mordants et des dessins piquants qui en ont insurgé plus d’un par le passé.

Et pourtant, malgré toutes les critiques, et toutes les remarques désobligeantes dont il a fait l’objet, le nouveau Charlie Hebdo a un succès fou. Il a suffit de quelques minutes à peine mercredi, jour de parution du nouveau numéro, pour que tous les journaux disponibles dans les kiosques de Paris soient épuisés. Un vrai exploit pour cet hebdomadaire dont le tirage habituel n’est que de 60 000 exemplaires. C’est donc un drame qui permettra à la presse de se relever. Et Charlie Hebdo n’est pas le seul dans ce cas. De nombreux journaux traditionnels ont profité, et profitent toujours de cette occasion en surfant sur la tendance. Le Monde, Le Figaro, Libération, mais aussi Le Point ou L’Obs proposent dans leurs derniers numéros de multiples dossiers thématiques sur l’attentat, les tueurs, la surveillance et le djihadisme en général. Soit autant de couvertures aux accents tour à tour catastrophés et mélancoliques, qui émeuvent le lecteur et le poussent à acheter.

L’apostrophe “Tout est pardonné“, tout en haut de la première page du journal, donne à réfléchir. C’est une touche humoristique qui montre que même Mahomet, dont la représentation est tant décriée, et dont le nom a été revendiqué à l’issue de l’attentat, soutient l’hebdomadaire dans sa perte. Même Mahomet se désole qu’une telle tragédie ait pu se passer en son nom. Même Mahomet appelle les citoyens à s’unir pour dénoncer le drame et empêcher qu’il ne se reproduise un jour. Il y a de quoi sourire devant cette couverture verdâtre dont le personnage vous fixe d’un regard larmoyant et pathétique.

C’est le coup de crayon de Luz qui a donné vie à cette Une, dont le numéro deviendra sans aucun doute au fil du temps collector au point que beaucoup se l’arracheront. Cela est déjà en partie le cas puisque quelques heures à peine après sa première publication, les exemplaires du Charlie Hebdo de la semaine étaient déjà nombreux à se retrouver en vente sur des sites Internet… à des prix astronomiques. Le journal ne risque pourtant pas d’être en rupture de stock de sitôt puisqu’il sera imprimé à 5 millions d’exemplaires, ce qui devrait largement suffire aux habitués du journal comme aux curieux d’un jour. Quoi que… En signant cette caricature, Luz rend hommage aux morts à sa manière, tout en n’oubliant pas la mission première du journal : faire rire. Même dans les moments les plus sombres.

Il y a deux jours, cette caricature de Mahomet a fait le tour du web et les grands médias se sont empressés de la diffuser alors que le journal n’était pas encore sorti. Ce geste tendait à prouver que Charlie Hebdo se battait pour rester en vie et comptait bien ne pas en rester là. Quand on sait que la rédaction d’un journal comme celui-ci n’excède pas une trentaine de journalistes, et que l’hebdomadaire souffre de la perte de huit des siens, comment ne pas avoir peur pour le futur du journal ? C’est pourtant un peu dommage de ne pas avoir découvert la Une du journal mercredi matin, à son apparition en kiosque. Cela aurait été une bien meilleure surprise en tout cas. De notre côté, nous ne vous dirons pas ce qui se trouve à l’intérieur. Si vous voulez le découvrir, courez donc en acheter un pendant qu’il est encore temps.

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