Ça s’est passé cette semaine : le silence comme hommage

Place de la République, mercredi 7 janvier 2015 à 18h. L’impensable s’est produit aujourd’hui. Douze personnes ont été froidement assassinées par des terroristes lors d’un attentat commis dans les locaux de l’hebdomadaire Charlie Hebdo. En quelques minutes, plusieurs des plus emblématiques journalistes et caricaturistes de notre temps sont tombés sous les balles de deux hommes cagoulés, plus tard identifiés comme deux frères radicalisés et agissant au nom d’Al Qaida.
Comment rendre dignement hommage à toutes ces vies perdues tout en manifestant pour la liberté d’expression et contre l’extrémisme ? Quelques heures après le drame, dans la journée du mercredi, de nombreux messages appelant aux rassemblements ont envahi les réseaux sociaux. Toutes les grandes villes de France ont été concernées, à commencer par Paris. Sur Twitter et Facebook, le message #JeSuisCharlie est rapidement devenu un symbole à travers lequel des célébrités, comme des anonymes, ont rendu hommage aux morts en s’identifiant au journal et à ses victimes.
A mon arrivée sur la place de la République, sur le coup des 17h, ils sont déjà nombreux à se tenir debout en silence sur la place. Le passage est encore possible, mais cela ne sera rapidement plus le cas. Une demi-heure plus tard, c’est une foule compacte difficilement franchissable qui a envahi la place. On s’attendrait à un certain brouhaha, inévitable quand plusieurs milliers de personnes sont réunies dans un même endroit, mais ce n’est pas le cas. Au contraire, un lourd silence plane sur l’assemblée dont la plupart des visages sont tournés vers la statue qui trône au centre de la place. Quelques courageux y sont grimpés pour brandir leurs affiches.

Le silence est tel que la moindre voix qui s’élève parmi la masse de citoyens rassemblés semble étrangement proche. Les gens autour de moi se mettent instinctivement à chuchoter, comme pour ne pas déranger la foule. De temps à autre, des voix s’élèvent et scandent des slogans qui sont repris plus tard à l’unisson par le reste de l’assemblée. “Charlie”, “Même pas peur”, “Non à l’obscurantisme”… Des mots, forts, lancés dans les airs, en direction de tous ceux qui douteraient encore que la France est un pays de démocratie. Dans un coin, à l’écart de la foule, une ribambelle de petites bougies forment les mots “Je suis Charlie” à même le sol.
Des affiches et des banderoles sont levées par moment. On y voit les visages de victimes, mais aussi des répliques de certaines couvertures de Charlie Hebdo particulièrement provocantes, et qui prennent ce jour-là une saveur toute particulière. Parmi elles, une en particulier retient mon attention : on y voit un dessinateur de Charlie Hebdo embrassant à pleine bouche un musulman. Humour quand tu nous tiens. Dans la foule, les journalistes se fondent aux citoyens. Certains brandissent des stylos, d’autres leur carte de presse, comme un défi lancé à quiconque voudrait s’en prendre à eux et à leur liberté d’expression.

Crédits

Les commentaires sont fermés.