Captain America : Civil War (2016) des frères Russo

Note : ★★★★☆

Le genre super héroïque au cinéma est à manier avec précaution. D’ailleurs, pendant un certain temps, il s’agissait plus de séries B que de réelles ambitions artistiques. Bien sûr ça a changé, et aujourd’hui, les films de super héros représentent une grosse partie de l’industrie hollywoodienne. En effet, ils arrivent à titiller les machines financières que peuvent être Star Wars ou Jurassic Park.

Tout ça nous mène à 2016, ou l’une des plus riches années de l’histoire du cinéma en termes d’adaptations de comic books. Si on ne se limite qu’aux super héros, nous voyons que Captain America : Civil War est déjà le troisième film du genre en 3 mois. Alors est-ce que ce super blockbuster a atteint ses objectifs, surtout après un Deadpool ultra efficace, et un Batman v Superman ayant divisé malgré un fond pétri de potentiel. La vérité est que… Oui ! Le dernier film des frères Russo est sans doute l’un des films les plus réussis de l’ère héroïque cinématographique moderne.

L’histoire repose sur la division et le questionnement de la légitimité des surhommes. D’ailleurs, cela rappelle le pitch de Batman v Superman. La différence ici est que, le film est un choc de perception de la vie. Nous y voyons la séparation des Avengers, suite à la ratification d’accords permettant de réguler leurs actions. D’un côté, il y a Steve Rogers, alias Captain America, qui reste en profond désaccord, car en cas de menace, son équipe doit pouvoir agir immédiatement. De l’autre, nous avons, Tony Stark, alias Iron Man, qui accepte étant donné les risques encourus par le monde…

Le premier des points forts que nous aborderons est le développement des personnages. La mention Captain America peut faire penser que l’intrigue se focalise sur le duel entre Rogers et Stak, réduisant ainsi les autres Avengers au simple rang de « jokers de luxe ». Ici, les Russo ont réussi à trouver la bonne formule. Au lieu d’opter pour une addition de scènes d’action sans relief, les réalisateurs laissent une place importante aux dialogues. Les points de vue sont exposés, les échanges sont musclés mais restent verbaux… Ce processus a un double effet sur le film : il permet d’exploiter les particularités des différents protagonistes, en montrant que chaque être humain a ses raisons lorsqu’il s’engage dans un conflit. De plus, ces débats font monter la tension et rendent malheureusement le conflit inéluctable. Plus généralement, cette phase inscrit durablement Captain America : Civil War dans l’univers Marvel via des rappels, des clins d’œil et le fameux humour « Marvelien » (parfois limite, mais n’oublions pas que nous parlons de films destinés à tous les publics).

Ensuite, la deuxième force de ce treizième opus de la saga Marvel est qu’il s’agit d’une œuvre à part entière, et non d’un semi teaser du futur calendrier. Les Russo avaient relevé le défi lors de la sortie de Captain America : Le soldat de l’hiver et ils ont remis ça. Soulignons que, se démarquer d’un univers vaste n’est pas chose aisée, mais ici les Russo ne sont pas tombés dans le piège comme Avengers : L’ère d’Ultron (avec une intrigue trop indépendante), ou Iron Man 2 (fustigé pour sa tendance à privilégier l’univers global au profit de son personnage central). Plus simplement, Captain America : Civil War est un divertissement efficace restant à la portée de chacun.

Le troisième et dernier point fort que nous aborderons réside dans la notion de génération. Nous voyons à l’écran, un mélange savoureux entre les Avengers « historiques » et les héros de nouvelles générations. Les Russo et Marvel ont très bien compris qu’un, ou plusieurs mêmes personnages, n’apporteront pas toujours de la nouveauté. Il faut donc introduire du sang neuf qui touchera un nouveau public et diversifiera les habitués. Dans le film, la passation de pouvoir n’est qu’à un stade précoce. Or, la qualité et l’introduction des nouveaux venus ne donnent qu’une envie, les revoir ! La mention spéciale revient au personnage de Spiderman mais nous éviterons les spoilers…

Ces points positifs peuvent être, bien évidemment, complétés par les fameuses scènes d’action, « made in Marvel » qui, cette fois-ci ne tombent pas dans la destruction massive (à quelques exceptions près). Le tournant du film est la fameuse scène de l’aéroport qui est, sans doute, l’une des meilleures dans le genre héroïque.

Toutefois, comme pour tous les films, il y a aussi des points faibles, ou à revoir…

En réalité, c’est une question difficile. Les films Marvel n’ont jamais été réellement pris au sérieux par l’industrie, en atteste leur non reconnaissance aux Oscars ou autres cérémonies du genre. Mais, c’est vrai que pour un cinéphile fan de la trame dramatique, Captain America : Civil War peut passer pour un film plat ou un divertissement sans ambition. La cause principale de ce genre de sentiment est l’alliance entre noirceur et comédie. L’humour est une constante chez Marvel (n’en déplaise à certains), néanmoins il n’a pas toujours sa place, et même si l’univers est désormais mature, son usage n’est pas toujours justifié.

Egalement, pour le cinéphile fan de réalisation ultra technique avec des plans séquences, des plans américains ou des gros plans psychologiques version Iñárritu… Hé bien là c’est aussi raté. Les Russo jouent dans la sobriété avec des plans bien choisis, une photographie plus sombre que pour les autres films Marvel, et une caméra épaule pour capter l’essence des combats (surtout à mains nues).

Pour résumer, Captain America : Civil War restera dans les annales des productions super héroïques (à l’instar de Spiderman 2), mais sans doute il n’atteindra pas le statut de The Dark Knight ou Avengers, qui ont renouvelé tout un genre…

Concluons notre critique avec la note. Les 4 étoiles sont à relier aux super héros, car Captain America : Civil War est sans équivoque l’un des meilleurs produits de ces 15 dernières années. Les Russo ont su faire le lien entre Marvel, les codes cinématographiques, et leurs propres styles. Rien que pour ça, nous les félicitons. Tout de même, en tant que film, cela mériterait 3 ou 2,5 étoiles étant donné son faible apport en nouveautés et innovations.

Référons-nous aux diverses affiches promotionnelles et à leurs invitations à choisir un camp. Pour apprécier le film, choisissez une manière de l’appréhender. En tout cas, on vous conseille de prendre la case super héros et donc divertissement…

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