Charlotte – David Foenkinos (2014)

J’avais un peu peur de me lancer dans le livre de cette semaine. Ça fait un moment maintenant que son nom apparaît au cœur de l’actualité littéraire. Je savais qu’un jour ou l’autre je devrais le lire et vous donner mon avis. J’ai repoussé le moment encore et encore. Toujours, son nom résonnait à mes oreilles. Je suis désolée, mais l’histoire d’une réfugiée de l’Allemagne nazie, j’en ai lu beaucoup et vu beaucoup. J’avais pas envie.

Mais bon, cette semaine, je l’ai fait, je l’ai lu. Je vous le donne dans le mille : c’est brillant. On est loin de ce que j’avais en tête.

C’est une biographie romancée de Charlotte Solomon, jeune fille allemande. David Foenkinos écrit Charlotte après avoir découvert son univers pictural, dont il est tombé instantanément amoureux. Le livre se voit auréolé du Prix Renaudot 2014, et du Prix Goncourt des lycéens 2014.

Charlotte est juive, mais d’abord peintre, dévorée par sa passion pour l’art. Elle travaille sans relâche, comme pour se rendre aveugle à la dégradation de sa condition. Elle est morte à 26 ans en apprenant que « Le travail rend libre ». Pour autant, c’est un livre qui célèbre l’art plutôt qu’il ne condamne le nazisme. Un tour de force, simplement.

Le livre suit la même logique que Constellation d’Adrien Bosc : les deux hommes retracent la vie de A à Z de personnes talentueuses, mortes avant de pouvoir vieillir.

La différence tient en ce que David Foenkinos est obsédé par Charlotte Salomon. Il lui rend hommage jusque dans son style. Il explique qu’il a longtemps essayé d’écrire sur Charlotte, mais qu’il n’arrivait pas à aligner deux phrases à la suite. Alors, au lieu d’en faire un roman, il en fait une poésie. Une longue poésie de plus de 200 pages en prose aux phrases très courtes.
Il revient à la ligne après chaque phrase.
Comme ceci.
Vous dites prétention ?
Je réponds magnifique.

Les mots sont mis en emphase. Ces phrases m’ont fait l’effet de mouvement de poignet sur une toile : rapides et précis. On en sait le minimum pour suivre l’histoire, juste les faits, pas d’autre fioritures comme pour remettre au centre ce qui importe réellement, soit le brio de l’artiste, le brio de Charlotte.

Court et intense, poétique et factuel. Deux artistes séparés de plusieurs décennies. Fusion des mots et de la peinture.

Célébration des mots et célébration d’une vie.

Bravo.

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