Constellation – Adrien Bosc (2014)

27 octobre 1949. Le Constellation F-BAZN décolle d’Orly pour rejoindre l’Amérique. Voulant faire escale aux Açores, il heurte le flan d’une montagne, condamnant ses quarante huit passagers. Les médias se sont emparés de l’affaire et ont révélé l’information dans le monde entier. L’émoi était international à l’époque, et a contribué à créer une des plus belles et tragiques histoires d’amour. L’avion en question transportait notamment Marcel Cerdan, champion de boxe et amant d’Édith Piaf, ainsi que la violoniste virtuose, Ginette Neveu.

Plutôt que de comprendre pourquoi le pilote n’a pas pu éviter la catastrophe, Adrien Bosc, dans son livre “Constellation” (Grand Prix du Roman de l’Académie Française 2014) veut raconter la vie des deux célébrités, mais aussi des anonymes du vol F-BAZN.

C’est grâce à cette dimension humaine que le livre fonctionne. Certes, il y a beaucoup de faits, et j’imagine que le travail de recherche a du être considérable. Mais entre énoncer les faits et les conter, se niche la réussite. Les faits sont sublimés par une biographie romancée des individus. Dans une moindre mesure le récit d’un des passagers, une humble couturière, m’a fait penser à certains écrits de Zola. Cela ajoute un côté tragique, puisque l’on découvre en un chapitre, la totalité d’une vie qui est sur le point de se terminer violemment.

La façon d’écrire ces histoires est déroutante. En effet, on a l’impression de lire un carnet de bord griffonné à la main, où se retrouvent lettres, chansons et réflexions personnelles. Le lecteur peut être invité à suivre les événements, heure par heure, minute par minute comme il peut regarder l’auteur digresser sur un sujet qui n’est que partiellement liée à l’histoire originelle. Le fil continu tissé par les faits, inscrit ces différents modes d’écritures dans une cohésion générale qui, franchement, m’a séduite.

Bosc nous fait remarquer que, le soir où les corps de certaines victimes ont été rapatriés à Paris, la cantatrice anglaise Kathleen Ferrier, grande amie de Ginette Neveu y donnait un concert. Il écrit à ce propos : « Coïncidence forcée ou force du destin, nul ne sait, sinon qu’à ce jeu des dates les plus incroyables associations naissent ». Je ne peux m’empêcher de penser alors à une légende, liée à ce fameux accident. On dit qu’Édith Piaf a appris la mort de son amant quelques heures avant de monter sur scène et d’interpréter, entre autre, l’Hymne à l’Amour. Même sa voix puissante a dû trembler en entonnant la dernière strophe, qui commence ainsi : « Si un jour, la vie t’arrache à moi/ Si tu meurs que tu sois loin de moi / Peut m’importe si tu m’aimes / Car moi je mourrai aussi ».

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