Culture Hood : les vingt histoires de Travis Jensen

San-Francisco est un petit bout de paradis accroché au flanc d’une colline face au Pacifique. Vallonnée jusqu’à l’océan, elle resplendit sous sa skyline et ses maisons perchées, que traversent les cable cars remplis de touristes européens et asiatiques impatients de découvrir une ville qu’ils connaissent déjà. Pourtant, il y a un endroit qui ne figure pas dans le Top 10 des choses à voir à Frisco, c’est le quartier de l’Excelsior, et c’est bien dommage.

Cet endroit présenté comme « paisible » par Airbnb est certes, un lieu de villégiature tranquille pour les habitants, mais une sérieuse claque pour un étranger. Le photographe Travis Jensen l’a parcouru pendant deux ans, en allant à la rencontre des figures et des univers qui le composent pour, non pas casser des préjugés, mais offrir un regard rempli de confiance sur le quartier et ses habitants ; une manière de montrer que la notion de beauté a sa place partout, que ce soit dans un musée ou entre une bouche d’incendie et un food-truck. Fraîchement authentique, l’Excelsior regorge d’images figées dans le temps, entre 1980 et 2000 pour planter le décor. Ici l’on porte la chemise de bucheron à carreaux, et les bras sont noircis par l’encre jusqu’au bout des phalanges. L’air que l’on respire est chaud, et saturé par l’odeur d’essence et de gomme brulée, que font les drift sur l’asphalte, alors que pendant ce temps, les enfants tout juste sortis de l’école, jouent au football devant les gigantesques fresques peintes à la bombe célébrant le respect et la vie en communauté. Car c’est tout le paradoxe de cet endroit, une part d’enfer et une part de paradis pour donner non pas un purgatoire à la Dante, mais un équilibre parfait entre le bien et le mal.

En vingt photographies, Travis Jensen explore ce monde (presque) inconnu de la culture du ghetto à l’américaine, en créant un esthétisme complètement fou. Sur toute sa série, jamais aucun visuel ne nous fait penser à une capture d’écran d’un reportage comme « Enquête Exclusive : trafic d’armes et drogue à San Francisco », on en est à des années lumières ! Ici l’artiste nous offre vingt images, vingt manières de comprendre et de se questionner. Les tatouages de gangs côtoient les visages rieurs, et les grosses cylindrées des années 70 un groupe de vieux lisant leurs journaux, cigares aux lèvres. Il semble qu’à travers sa série, il n’y a qu’ici où l’on puisse trouver un équilibre pareil. Un équilibre nourri par l’esthétique transcendant ce quartier modeste, où l’on ne vient pas chercher à travers la photographie le misérabilisme des banlieues, mais l’authenticité viscérale d’une culture qui influence une bonne partie du monde.

Allez faire un saut en toute sécurité sur le site de l’artiste, et faites défiler les autres séries sur Los Angeles et les villes du Nevada, on est sûr que ça va égailler votre journée !

Site de l’artiste

Crédits photographiques : Travis Jensen

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