Damien aux mains d’argent

L’artiste anglais ultra connu, ultra tendance, ultra décalé, ultra tout est de retour. Mr Hirst en avait marre des diams incrustés dans l’occiput gauche d’un type mort depuis longtemps, pareil pour les requins, les moutons et autres bêtes conservées dans des bacs de formol géants. Du coup changement de cap, et notre artiste du jour va donner dans un autre style : les maquettes de villes avec des lames de scalpels, des punaises et autres objets tranchants, en toute simplicité.

Depuis le 11 novembre et jusqu’au 31 janvier 2015 les paulistes (habitants de Sao Paulo, fais un effort) peuvent admirer à la galerie White Cube une série de maquettes de plusieurs villes du monde, comme New York, Pékin, Leeds ou Rome autour d’assemblages gigantesques de lames sur fond noir. Les stades, les usines, les quartiers résidentiels, les ports etc ; tout est minutieusement reproduit sur des toiles immenses et avec la précision d’un satellite de la NSA. Toujours en écho avec les vanités, l’ensemble deviendrait une ode à la pureté, mais une pureté fatale qui se façonne dans le sombre du fond de la maquette, et qui rayonne sur les pointes effilées des lames. Ses « frappes chirurgicales » comme il aime le dire, seraient là pour faire prendre conscience de notre propre mortalité, et ce à travers le monde. Merci de nous rappeler que l’on allait tous mourir, j’avais oublié tiens !

Dans la famille des artistes qui utilisent des matériaux piquants, tranchants, qui font mal, et qui ont « forcément » inspiré le travail de Damien Hirst, citons Man Ray et son fer à repasser clouté, mais aussi le taïwanais Chen Chun-Hao et son pistolet à clous (qui reproduit des scènes du folklore chinois sur des toiles, réellement bluffant), ou encore les Christ en barbelés d’Adel Abdessemed (carrément flippant). Mais il semble être le seul à avoir utilisé ces matériaux du quotidien, pour en faire des cartes urbaines aux dimensions dantesque. On peut aussi rappeler que l’artiste s’était amusé auparavant avec sa série « Spot Paintings » rassemblant sur une vingtaine de toiles des centaines de points colorés de façon plus ou moins clairs. Ceci pour créer un maillage complexe, où l’œil du spectateur se perd progressivement dans la surface pour être complètement déstabilisé au bout de quelques secondes. On retrouve ici le même principe de multiplicité des détails qui perturbe la vision du spectateur quand il est proche de la toile. Il y a eu aussi, en 2012, une étrange série (Scalpel Blades Paintings) produite par l’artiste qui -à mon avis- a pu être l’amorce du projet de 2014, on y voyait des toiles avec des motifs géométriques composés de lames de scalpel, un avant goût de son travail actuel.

C’est donc une exposition intéressante à regarder, qui reste dans la droite ligne de subversion de l’artiste. Donc pas vraiment de surprise, mais un projet qui tient la route, et qui prouve la maitrise et la variété des matériaux utilisés tout au long de sa carrière.

Crédits photographiques : Damien Hirst/ Gallery White Cube

Site de l’artiste

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