Dans le crane de Jérôme Zonder

La Maison Rouge propose « Fatum », une exposition de Jérôme Zonder jusqu’au 10 mai.

Jérôme Zonder maitrise le dessin à la perfection. Que ce soit au fusain ou à la mine de plomb, il joue habilement avec les motifs, les volumes, les contrastes.
Pour « Fatum », Jérôme Zonder a réinventé la Maison Rouge, en faisant de cet espace un lieu personnel. On déambule comme dans un labyrinthe, la première pièce de l’exposition est couverte de dessins, des murs au sol. Tout de suite, on est bluffé.
Plus on avance, plus la scénographie est à couper le souffle. Le dessin est partout, il fait subtilement écho aux œuvres qui sont présentées. Chaque mur reflète avec brio ce qu’il porte. Au début, c’est une multitude de motifs qui répond aux cadres, puis d’un coup les motifs sur les parois semblent comme nous faire fuser vers un cadre. On se sent comme écrasé contre l’œuvre. Œuvre d’une douce violence. Douce parce que les personnages sont des enfants, violence parce que la guerre est partout, la mort est également présente.
Cette espèce de dualité s’immisce dans quasiment toutes les œuvres. Dans une des parties de l’exposition, on peut admirer de grands formats présentant des enfants en train de se battre (Jeux d’enfants #4, 2011), brassards nazis aux bras. Les scènes nous plongent immédiatement dans un profond malaise. Les enfants ne sont, généralement, pas représentés ainsi. Une sorte d’angoisse commence presque à naitre. Les motifs s’accumulent, le trait de Jérôme Zonder est vif, puissant, énergique, presque hargneux. Son geste donne encore plus de corps au dessin. Puis, tout à coup, on se retrouve plongé dans le noir le plus complet. Il est difficile de voir où nous allons. Un malaise se fait ressentir, renforcé d’autant plus par la violence que nous venons de contempler.
Puis, tout à coup, on est envahi par le blanc. Il est partout, sur les murs, au sol, au plafond, sur les œuvres. On se retrouve catapulté face à L’autre #4, et à l’origine c’est plus petit qu’une fourmi. Ces deux œuvres paraissent irradier, tant elles sont claires, et s’opposent au long couloir sombre que nous venons de traverser. C’en est troublant. Les œuvres présentent néanmoins un milliard de minuscules détails, tout noirs, qui contrastent agréablement bien avec le blanc quasi majoritaire des toiles. Zonder joue avec le plein, le vide, avec le sombre, le clair, il oppose les choses, met les sujets sous tension, et le spectateur également. C’est en cela qu’il est fort : dans l’opposition.
Puis, doucement, on arrive à la fin. Jérôme Zonder nous offre la série des Fruits, où se succèdent des œuvres aux traits grossiers, comme des coloriages d’enfants. Puis des détails, des mains, des drapés, qui reflètent l’excellente maitrise de l’artiste pour la mine de plomb ; pour enfin s’achever sur des portraits, minutieux, travaillés, soignés.

Ce qui est remarquable, c’est la capacité presque schizophrène de Jérôme Zonder à jongler avec les styles, les formes. Chaque œuvre est en quelque sorte unique, elle a son propre style, ses propres caractéristiques picturales. Et pourtant, au fil de l’exposition, on ne peut s’empêcher de reconnaitre que tout est du même auteur, que tout est lié.
L’exposition nous plonge ainsi dans les méandres de l’esprit de Jérôme Zonder. La muséographie renforce d’autant plus cette sensation. On est, du début à la fin, dans l’abysse cérébrale et psychique de l’artiste. On se perd dans ses pensées, on l’apprend, on comprend aussi un certain traumatisme. Un besoin de crier ses maux.
Et lorsqu’on sort, on reste coi, perdu.

C’est une exposition impressionnante et vraiment bien conçue. Vous avez jusqu’au 10 mai ! Dépêchez-vous, ça passe vite…

Crédits photo : 1 & 2 & 3

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