David Altmejd – Non, la sculpture contemporaine n’est pas morte, bien au contraire

Depuis le 9 octobre, le Musée d’Art Moderne a inauguré la première retrospective de David Altmejd en France, un sculpteur d’origine Québécoise, vivant et travaillant actuellement à New York. L’exposition est un parcours torturé où le spectateur doit s’orienter dans une sorte de labyrinthe.

Tout commence avec le cycle « The Giant », où l’on aperçoit cinq sculptures de géants que David Altmejd a fait placer dans une allée de miroirs, parfois volontairement fissurés.

L’artiste a une approche de la sculpture caractérisée par l’utilisation d’une grande diversité de matériaux, laquelle montre son intérêt pour les sciences naturelles ou encore l’architecture. Ce sont, en effet, des créatures hybrides quasi anthropomorphes, mi-végétaux et mi-minéraux, où le grotesque donne l’impression au spectateur d’explorer un monde à la frontière du rêve et du cauchemar. (Et pendant ce temps là, quelques spectateurs hilares ne prennent en photo que le phallus du géant, chacun son délire !)

La nature inhabituelle de l’œuvre de David Altmejd est l’une des principales raisons de sa rapide montée en puissance dans le monde de l’art. On a affaire à des personnages construits d’un assortiment de plâtre, parfois métamorphosés avec des pièces de mannequin, associés à des têtes d’animaux, des cristaux ou encore d’oiseaux. Cette combinaison permet de créer un monde fantastique jouant avec les conventions de la réalité.

Son travail occupe donc une niche dans le monde de l’art contemporain, l’artiste est d’ailleurs le premier à déclarer qu’il explore un monde fantastique. Il se sert en effet de dispositifs, avec lesquels il peut mettre la réalité en perspective.

La deuxième partie de l’exposition est peut-être la plus intéressante, quoique différente : elle allie l’architecture à une démarche inédite de la représentation du corps. On a de plus en plus l’impression d’être dans un film de David Lynch, où le spectateur perd progressivement ses repères, ne sachant plus si l’on doit s’émerveiller ou s’effrayer.
Avec « The Swarm », tout est asymétrique. L’accumulation de choix et de décisions, commence à suggérer une composition voulue. L’oeuvre est remplie d’un essaim d’abeilles, d’une fourmilière, ainsi que des têtes accrochées. Tout est construit avec du fil peint à la main, évoquant ainsi une sorte de système nerveux du corps. On voit ici que le travail de David Altmejd, imite la complexité du monde naturel à travers la superposition continuelle d’éléments et de structures construit au fil des millénaires.

Ces oeuvres sont à la fois fascinantes et inquiétantes, elles ont d’ailleurs un côté surréaliste avec la même phobie des fourmis que Dalí : si l’on reprend l’exemple de « The Swarm », la composition et le talent de l’artiste donnent une impression de réel mouvement !

La plus grande oeuvre qui va clôturer l’exposition parisienne reste peut être « The Flux and The puddle ». Vous pouvez rester facilement une trentaine de minutes à essayer de comprendre l’oeuvre. C’est en effet la synthèse de toutes les créations de David Altmejd, réalisées depuis plus de 10 ans : vous êtes dans un rêve éveillé, vous essayez de comprendre la formalité et le sens de l’oeuvre, mais vous devez démêler le vrai du faux, l’abstraction de la représentation, l’humain de l’horreur.

David Altmejd est souvent associé à l’univers cauchemardesque de David Lynch. Outre le fait qu’ils portent le même prénom, ils ont d’autres points en commun : celui de véhiculer un univers silencieux et anxiogène, mêlant le macabre, le grotesque et la violence à une forme de normalité sociale. Le sculpteur réussit le pari de retranscrire dans cette exposition une réalité profonde des fantasmes. Le spectateur passe ainsi d’un monde lumineux à un univers nocturne, et permet d’entrevoir à travers ses oeuvres des pulsions refoulées.

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