Découverte de musée – Gustave Moreau

Dans une petite rue de neuvième arrondissement, près de la gare Saint-Lazare et de l’école de la mode ESMODE se trouve une machine à remonter le temps, bien cachée du reste du monde, qui nous transpose dans le Paris du XIXème siècle, celui de Baudelaire, Rimbaud et autres figures majeures de la fin de siècle. Il s’agit de l’atelier-maison d’un des représentants du symbolisme, Gustave Moreau. Celui-ci se trouve dans la rue de la Rochefoucauld, au numéro 14 pour être plus exact. Une entrée sobre qui ressemble à l’entrée d’un bâtiment quelconque, un gardien et un caissier nous accueillent devant des bureaux en bois. Pour l’instant tout indique que c’est un bâtiment hors du commun mais les quelques étapes à franchir changent totalement le décor et nous plongent dans la fin du XIXème siècle.

On se trouve face un couloir à haut plafond qui est orné de deux tableaux, plutôt deux esquisses ou copies d’autres tableaux connus de Moreau comme celui d’Œdipe et le Sphinx. La première pièce à gauche est une sorte de cabinet de curiosités qui fait penser au célèbre tableau Les Ambassadeurs de Holbein. Presque tout le mur est décoré de copies de tableaux célèbres faites par Moreau lui-même, de vases antiques qui semblent transposer l’amour du peintre pour l’art grec. Cette pièce fonctionne comme une salle de musée, une fenêtre ouverte dans la psyché de l’artiste qui nous permet de comprendre le goût et les modèles de Moreau et par analogie de mieux comprendre son travail.

Une deuxième salle, à droite cette fois, nous dévoile la salle à manger et nous permet de voir la porcelaine et les vases du peintre. La tapisserie au mur, le vitrail de la fenêtre, ainsi que l’abondance de la couleur verte témoignent du goût de Moreau pour le mouvement « Arts & Crafts » qui prisait la nature et les tapisseries avec des motifs floraux. La troisième salle, contigüe à celle que je viens de décrire, est la chambre de l’artiste. Une table où est posé un tablier de jeu d’échecs. Un petit lit, une horloge et autres objets précieux sont visibles. De même, on peut voir des photographies où figurent la famille Moreau et l’artiste. Une petite porte nous amène dans une salle couleur bleue dédiée à la mémoire d’Alexandrine Dureux. La pièce est une sorte de boudoir dans lequel la féminité éclôt chaque fois que notre regard se pose sur un objet. Les oiseaux desséchés, les éventails, les porcelaines et les aquarelles font partie des objets accrochés au mur qui rappellent le mystère de la féminité.

Ensuite, des escaliers montent vers la deuxième partie de l’appartement de l’artiste. Une galerie colossale, comparable à une galerie du Louvre se déploie devant nous pour nous montrer les tableaux. Ces travaux impressionnent le spectateur pas uniquement par leur grandeur mais par le détail des joyaux, des paysages et le mélange de techniques plastiques. On se souvient des vases grecs qui décorent les vitrines du cabinet de l’artiste, des porcelaines chinoises ainsi que des éventails japonais. Tous les styles et les techniques se confondent pour donner place à la peinture de Moreau. La première galerie est le résultat logique et agencé de ce qui se trouve au premier étage. Outre les grands tableaux, le spectateur peut voir les dessins préparatoires, derrière le mur, encadrés, et dans lequel figurent les études du corps humain, il s’agit d’un inventaire de l’œuvre de Moreau accessible au public. Au milieu de la salle se trouve un escalier en colimaçon qui conduit à la dernière galerie de tableaux. Ici on peut apprécier d’autres oeuvres comme Prométhée fait en 1868.

Ainsi on est plongé dans un espace-temps, qui nous transporte au XIX, et nous plonge dans la temporalité de cette époque. On comprend mieux les œuvres de Moreau, son goût pour les sujets bibliques et les figures féminines.

On est à même de comprendre l’artiste et ses choix picturaux. Cet appartement représente une alternative aux cours d’histoire et aux biographies, qui nous laissent parfois indifférents. Le spectateur est invité à se mettre dans la peau de l’artiste et voir avec ses yeux. On sort de cette expérience le regard neuf. La visite éveille les sens et dévoile un Paris autre. Et ceci provoque une réflexion sur la temporalité et l’importance de l’imagination pour comprendre le monde qui nous entoure, notre passé et notre présent.

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