Défipayette 2015

 

Au sein de l’évènement un « weekend je rêve et je fais », organisé à Lille par Dominique Shine alias Homardpayette, se déroulait, dans la salle du Flow, le fameux Défipayette : une rencontre tout à fait singulière de plusieurs types de danses dites « urbaine » (hip hop, break dance, popping, locking, electro, voguisme, modern jazz, classique, africain…), et ce, sous la forme spectaculaire de « battle » (et donc d’élimination directe) faisant office de concours.

Après un après-midi de qualification, huit finalistes se voyaient le droit de participer à la grande finale, agrémentée de quelques guests, et pas des moindres, qui se joignaient dès lors à la compétition, relevant ainsi un niveau déjà très élevé : l’américain Bill Shannon et son skate-board, le sud-coréen Issue du groupe Morning Of Owl, la germano-américaine Christine Joy Alpuerto Ritter et le français Bruce Ykanji. On notait la présence dans la salle, et dans le jury, de quelques « poids lourds » du milieu de la danse, offrant, en alternance avec le concours, et en toute décontraction, quelques numéros de danses véritablement impressionnants: le danseur slowmotion Phax, les marseillais du duo Phorm (David Colas et Santiago Codon-Grass), Julien Derouault, Majid…

La grande force d’un tel concept artistique, et par moments sa limite aussi, est bien sûr son éclectisme et son hétérogénéité, en termes de contenu et de qualité. Pour un œil non averti (et c’est mon cas), il est facile d’être impressionné par des figures spectaculaires, qu’elles soient dans les airs ou au sol, et de sous-estimer, à tort évidemment, des pas de danses à l’apparence plus modestes. Mais assister à des « battles » entre danseurs, aux palettes d’expression si larges et si variables, s’avère être une expérience visuelle et sonore (musique live) assez atypique, parfois injuste au vu du vote du jury (forcément plus connaisseur que le public), mais toujours unique (des « battles » improbables !) et vraiment immersive (on entre complètement dans l’univers des danseurs avec une véritable proximité). Il est presque dommage au final de devoir juger un artiste par rapport à un autre, alors que les styles sont si souvent opposables. Par exemple, hasard malheureux du tirage au sort, deux guests se sont affrontés dès le premier tour (Bboy Issue éliminant Bruce Ykanji), alors que le natif de Paris aurait évidemment mérité d’aller plus loin dans le concours. Sorte de finale avant l’heure et grand moment du Défipayette, la demi-finale opposant l’acrobate Bboy Issue et, la future gagnante du concours, JOY, offrit, à un public sous le choc, une vraie opposition de style d’un niveau technique assez exceptionnel, où les deux danseurs se répondaient, avec beaucoup d’humour et de respect, dans une alchimie quasi parfaite. A titre de comparaison, la finale s’avèrera plutôt décevante ; le fantasque Link Bink, par ailleurs excellent dans les figures au sol, avait déjà tout donné dans les tours précédents.

Néanmoins, le concours fut une belle réussite, entre découverte et confirmation de jeunes talents, le tout dans une ambiance vraiment « bon enfant » – parfois un peu trop respectueuse par rapport au contexte malgré la bonne idée des « paillettes » – avec un public qui, forcément impressionné, voire subjugué par les performances, ne manquera pas d’y revenir dès la prochaine édition.

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