Délicatesse à l’iranienne

La Galerie Univer – Colette Colla  présente jusqu’au 15 octobre une exposition du travail de la jeune artiste iranienne Anahita Masoudi. La galerie expose pour la toute première fois les peintures de cette artiste.

L’autoportrait est son sujet de prédilection. L’accrochage est bien pensé,  d’un seul coup s’imposent à nous les peintures de la jeune artiste. Peu d’oeuvres sont accrochées, mais le choix de l’accrochage est judicieux et il ne nous en faut pas plus pour saisir la force et l’importance de son art. Sur les toiles on voit des mains qui jouent, qui dansent, qui parlent. Des mains sur un fond noir profond, qui semblent perdues, jetées dans le néant. Sur l’une d’elles, des mains sont emprisonnées dans une sorte de film plastique. Ces mains glissent le long d’un dos droit et fier.

On peut légitimement se demander pourquoi l’artiste peint des mains, et pourquoi ce sont les seules membres sur lesquels notre regard est appelé à se focaliser. Eh bien, pour la simple et bonne raison que l’on fait tout avec nos mains ! Lorsque l’on parle, nos mains sont là pour appuyer nos propos, lorsque l’on a faim elles nous aident à nous nourrir, et lorsque l’on est triste nos mains sèchent nos larmes. On est en colère avec nos mains, on s’offusque, on prie, on proteste, on pardonne, on caresse, on aime avec nos mains. Les mains permettent également de créer : elles sont l’outil essentiel de l’artiste avant même de penser au pinceau, ou au couteau. Les mains sont à l’artiste le moyen de s’exprimer. Les mains en peinture ont toujours été codifiées pour expliquer, décrire, extérioriser précisément quelque chose. Ici les mains d’Anahita ne répondent à aucun code. Elles ne sont, la plupart du temps, même pas rattachées à un corps. Et si c’est le cas, on ne voit pas de visage. Cette volonté de cacher le visage nous force à essayer de décoder cette chorégraphie dont seule l’artiste connait le secret.

Les mains, ici, sont puissantes, et les poser là, sur fond noir, affirme avec intensité sa volonté de s’exprimer. Son désir de peindre son corps, parfois nu, met en exergue l’importance de la femme au sein de la société, mais aussi, et surtout, au coeur du processus créatif. Cette jeune femme vient d’Iran, et depuis quelques années il est parfois compliqué pour les artistes de s’exprimer librement, ou du moins aussi librement qu’ils le désireraient. La liberté de la femme et son émancipation sont des sujets qui font polémique de plus en plus de nos jours. Les règles et normes qui existent en Iran sont parfois perçues comme une répression ou une sanction. Le travail d’Anahita est un message pour l’Iran, et surtout pour le reste du monde : les femmes sont et peuvent être libres, et s’exprimer. Les femmes doivent créer comme elles le désirent. Si l’on regarde le travail de l’artiste dans sa globalité la femme est un sujet fort. Bien que parfois elle soit dénudée, jamais elle n’est exhibée. Le corps de la femme est représenté avec poésie et délicatesse. Tout comme les couleurs de ses oeuvres, bien que le noir soit une dominante pour cette exposition, en général les couleurs sont comme fanées et imposent, alors, une certaine élégance aux oeuvres. On ressent, très fortement, l’enfermement comme sujet récurrent au sein de son travail. On peut bien évidemment penser au voile en Iran, cependant il faut ici pousser la réflexion beaucoup plus loin, et y voir l’asservissement, et la place de la femme au sein de la société de CHAQUE pays.

Le travail d’Anahita est entièrement féministe. Bien qu’elle soit très délicate et sensible, son oeuvre est très dure. Ses toiles sont très violentes, car si nous sommes d’abord séduits par la douceur de certaines couleurs, tout à coup, les mains  sortent de nulle part pour s’imposer à nos yeux.

Un conseil : profitez des derniers jours pour aller admirer le travail de cette jeune artiste !

Crédit photo : Anahita Masoudi

 

 

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