Demolition (2016) de Jean-Marc Vallée

Note : ★★☆☆☆

Demolition, ou la rencontre entre Jake Gyllenhaal (La rage au ventre), acteur fascinant et génial, et Jean-Marc Vallée (Wild), réalisateur optant pour des œuvres surprenantes et finalement marquantes.

Ce film quelque peu étrange, traite du thème classique de la rédemption, via un matérialisme propre à la société de consommation. Sur le papier, Demolition est doté d’un fort potentiel mais au final, il n’atteint pas les sommets envisagés…

Durant une heure et quarante minutes, nous suivons la vie de Davis. Ayant récemment perdu sa femme dans un accident de voiture, ce jeune et talentueux investisseur se demande pourquoi il reste insensible quant à sa situation de veuf. Les jours passent et rien ne s’arrange. Tout change lorsque Davis envoie une lettre de recommandation à une société de distributeurs automatiques. Ce simple acte se transforme vite en exposition de souvenirs pour lui, chose qui va attirer l’attention de Karen, la responsable du service clients. Inexplicablement, un lien se tisse entre les deux personnes. Davis voit en Karen une réelle occasion de repartir de zéro dans une vie qui lui réserve encore de nombreuses surprises…

Comme nous le disions plus haut, Vallée est spécialisé dans la surprise. Plus précisément, le réalisateur canadien adore faire des films sur l’humanité en l’abordant de manière assez inattendue. Le concept avait fait fureur dans Dallas Buyers Club, mais ici la sauce ne prend pas.

Le problème principal de Demolition est son scénario. Tout le monde s’accorde à dire que l’histoire de la renaissance de l’être humain a été vue et revue des centaines de fois. Une évidence qui s’affiche partout, car même quand on se plonge dans la filmographie de Jake Gyllenhaal, cette théorie se vérifie. L’exemple le plus récent est La rage au ventre (ou Southpaw pour les intimes). La différence entre ce film de boxe et Demolition demeure dans le traitement de la difficulté que représente la rédemption. Nous ne ferons pas une analyse comparative des deux œuvres mais pour être bref, l’enjeu principal du traitement d’un thème classique réside dans la capacité d’un film à se transcender et élargir les horizons.

Revenons-en donc au scénario de Demolition. Au départ, l’intrigue est prenante et promet un moment rempli de folies et de décadence. Malheureusement, plus l’histoire avance, plus on a l’impression que son but est tout simplement de plaire au public. Cela montre bien que le classicisme peut parfois brider une œuvre et lui faire perdre de sa profondeur.

Le principe de démolir les objets qui nous entourent est intéressant, car, il y a une certaine dénonciation de ce matérialisme trop envahissant. Cependant, Vallée ne l’exploite pas vraiment et on ressent dès lors une certaine lourdeur.

La mauvaise gestion du pitch et la banalité du thème créent un rythme saccadé. En tant que spectateur, nous perdons plusieurs fois le fil et le sens de l’œuvre.

Pour conclure avec les points négatifs, nous dirons que Demolition a du mal à se situer et semble tiraillé entre l’atypique et le classique.

Même si au final le dernier film de Vallée n’est pas extraordinaire, il y a tout de même de nombreux points positifs. En plus un fait est sûr, une œuvre n’est jamais « toute blanche ou toute noire »…

Tout d’abord, les interprétations sont impeccables. Une nouvelle fois Gyllenhaal ne déçoit pas (d’ailleurs c’est rarement le cas !). Il arrive à porter le film, et son talent n’est plus une question mais une éventualité. Naomi Watts (Birdman) et le jeune Judah Lewis sont les autres membres de la distribution qui arrivent à se démarquer. L’alchimie entre les trois acteurs est remplie de sincérité et de réalisme.

Une autre chose remarquable est l’usage de l’humour. Vallée ne tombe pas dans le piège des situations comiques tombées du ciel. Il arrive à gérer la confrontation entre comédie et mort avec précision et efficacité. Ce point permet au film de se démarquer d’une noirceur ayant le don de nous faire fuir et de nous faire déchanter (salut Batman v Superman). Lorsque l’on ressort de la projection, il y a une sorte de sympathie envers les protagonistes et leur histoire.

Enfin, si Demolition semble handicapé par son thème, il nous offre plusieurs instants d’évasion, et montre que Vallée est un réalisateur pétri de qualités. La brutalité et le rejet d’une production usuelle prouvent que le cinéaste a un bel avenir devant lui. Plus généralement, la nouvelle vague de metteurs en scène canadiens (dont Denis Villeneuve semble être le fer de lance) se positionne comme un des pôles principaux du cinéma moderne. La seule question qui se pose est : saura-t-elle nous offrir autre chose que des œuvres purement humaines ? Seul l’avenir nous le dira…

En regardant la critique, on peut penser que la note de 2/5 est sévère. Mais, en réalité, elle doit être assimilée à une certaine déception concernant les attentes. Ces dernières années, nous avons été habitués à des œuvres ambitieuses mêlant ingénieusement interprétation, profondeur psychologique et innovation. Malheureusement, Demolition ne fait pas partie de cette catégorie.

Sans prendre en compte ces considérations, le film reste de bonne augure et nous rappelle que l’humanité est belle…

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