« Dessine moi un canon »

J’ai eu envie de vous faire partager une découverte artistique surprenante, du genre réprimée par la bien-pensante élite intellectuelle parisienne. Un coup de taloche dans la figure d’un art faussement transgressif, j’ai nommé Marsault. Marsault c’est la synthèse d’un monde artistique à deux vitesses, du choix mercantile des éditeurs et du formatage de la pensée. C’est comme-ci l’on découvrait pour la première fois Dark Vador à l’écran ou Sade dans un livre : on recule, mais le personnage fascine, il envoûte, et la curiosité reprend le dessus.

Dessinateur autodidacte, il a connu a peu près tous les refus des éditeurs français. Alors le mec gribouille, invente, relit ses maîtres : Maëster, Cabu et Edika. Il collecte aussi des mimiques dans les univers des années 50-60 « à la papa », avec les films d’Audiard et la lecture des San Antonio. En 2014 il propose un style de dessin à l’acide sulfurique, que certains réprouvent mais que bon nombre de lecteurs adorent. Dénonçant le racisme, la haine, la misogynie, l’alcoolisme et la plupart des vices, il dégoupille grenades sur grenades dans un univers où la BD n’a plus rien de choquant. C’est le genre de dessin que l’on regarde sous la gabardine, en se marrant devant un humour noir qui dépasse l’entendement. On ricane, on se dit que le type abuse et pourtant, on devine une bonne dose d’intelligence à travers les borborygmes de ses personnages et l’extrême violence. Alors oui, c’est choquant, oui ça ne plaît pas à tout le monde c’est certain, mais c’est un peu le but : être le grain de haine qui fait crisser la machine, l’épine dans la patte du lion. Et puis franchement, quand on voit que Booba se fait faire le portrait par la Nouvelle Revue Française, je me dis que je peux largement parler de Marsault et emmerder le monde. Adepte du cynisme et de la désespérance humaine, il offre à un public lassé par les conneries du quotidien, un shot de côté obscur parfois salvateur.

Reprenant les codes de nos ancêtres, de nos dabes ou de nos darons, Marsault s’échine à nous faire revivre un monde cruel et hors normes, celui de l’Indochine et de l’Algérie, de la misère sociale et intellectuelle, en passant par les ravages de l’alcool, tout en gardant un œil acerbe sur l’actualité de notre cher pays : politique/médias, ils se retrouvent tous face à un mur les mains dans le dos et les yeux bandés. Dessinateur méthodique, il choisit avec précision comment exprimer sa vulgarité en ayant un panel immense de gueules fracassées par la vie et les excès. C’est un retour à un dessin qui torpille les modes et les pensées doucereuses, où chaque case, sent encore la gitane maïs et le gros rouge qui tache.

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Crédits photographiques: Marsault

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