Drawing Now

Il y a quelques semaines, on s’est rendu à Drawing Now Paris ! Le Salon du dessin contemporain qui a eu lieu au Carreau du Temple du 26 au 29 mars. Les exposants de la foire, innovant l’ancienne pratique du dessin, base de la peinture classique, ont laissé libre cours à leur imagination et nous ont épatés avec leur ingéniosité. Parmi toute la gamme d’artistes présents dans ce salon, un de ceux qui a le plus retenu notre attention fut Daniel Zeller, exposé par la galerie Michel Soskine.

Né en Californie, Daniel Zeller a fait des études d’art, il s’est tourné vers la sculpture et a fait un MFA dans l’Université du Massachusetts, et son MBA dans l’université du Connecticut, mais c’est finalement dans le dessin que sa carrière d’artiste prend son envol. Les œuvres de Zeller s’inspirent de microcosmes, du monde cellulaire qui nous entoure mais qui demeure invisible à nos yeux. Son père, physicien « expérimental », a pu contribuer à l’esthétique qu’il a développée, à son goût pour les paysages « scientifiques», et pour l’anatomie. Ces disciplines, définies par la rigueur et la logique, font écho dans le dessin obsessionnel de l’artiste. Il recourt aux paysages cellulaires qui peuplent un monde invisible, qui existe malgré son invisibilité. Par un effet miroir, Zeller nous fait deviner la topographie d’un lieu dans le monde, ou sa pensée même. Lors d’un entretien, Zeller fait l’éloge des artistes de la Renaissance, tels que Dürer et Da Vinci, qui « faisaient de l’art avant l’arrivée de la télévision peignant ce qui était devant eux ». Il nous invite à regarder de plus près tout ce qui nous entoure, et à changer notre perception du monde. Cette invitation est une expérience quasi religieuse : la nature avec tout ce qu’elle offre à l’homme et à ses règles, ne peut être exprimée qu’à travers le prisme de l’esprit.

Du spirituel ? Ses œuvres semblent si bien agencées, si bien construites, que parler de hasard semblerait un contre sens. Or, c’est exactement ce qu’il fait. En dépit de l’assurance du geste et de la cohérence picturale, les œuvres de Zeller ne suivent pas toujours, un quelconque, plan préétabli. Ce qui prime c’est la liberté du mouvement, le geste s’apparente à celui de Pollock dans le sens où, c’est la main ou l’inconscient qui priment. L’artiste parle de courant de pensée, en anglais du stream of consciousness, utilisé par des écrivains comme Marcel Proust, Virginia Woolf et James Joyce, ce procédé littéraire veut s’apparenter au mouvement que l’idée suit, que la pensée humaine parcourt. L’abstraction est ce qui transpose le mieux l’invisible et la liberté des formes. Même si Zeller se sert des prises de vue aériennes, ou du monde cellulaire pour fabriquer ses toiles, il fait référence à un monde qu’on ne peut pas percevoir d’emblée, et qui est difficile d’accès puisqu’on a besoin de toute une machinerie pour y accéder. La sensibilité de l’artiste est mise en évidence par ce mariage entre le spirituel et le scientifique, le monde unicellulaire est régi par les mêmes règles que celles du pluricellulaire. La théorie néoplatonicienne selon laquelle le monde sur terre est juste un mirage de ce qui se passe en haut, se confirme dans les dessins de Zeller, micro et macro ne font qu’un dans ses créations.

Les dessins de Daniel Zeller doivent se lire de deux manières différentes, de près et de loin, en regardant le détail des fines lignes qui les composent, et l’ensemble massif qui parfois engloutit le spectateur. La combinaison des deux moyens d’étude, fait de ses œuvres un ensemble complet, où tout spectateur peut s’identifier d’une manière ou d’une autre. La nouvelle tendance à vouloir brouiller humain et scientifique, répond directement au besoin d’une société qui cherche cohérence et sens, dans un monde où la théorie du plus fort semble emporter notre humanité. « As above so below », tout est agencé dans un ordre universel qui se répète à l’infini. Le chef d’œuvre de Terrence Malick, The Tree of Life est comparable à la pensée de Zeller : comprendre notre but ici-bas, faire une généalogie du cosmos, et trouver la place de l’homme dans le monde chaotique où l’on habite, voilà le dessein que cinéaste et artiste partagent.

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