Electronic Superhighway ou comment la Whitechapel Gallery a cassé les Internets

La Whitechapel Gallery présente « Electronic Superhighway », une exposition qui tente de mettre en lumière l’influence des ordinateurs et d’internet chez les artistes des années 60 jusqu’à nos jours.

L’exposition parait alléchante. On nous vend le rapport d’Internet aux artistes, allant des années 60 jusqu’à nos jours. On nous annonce Nam June Paik. On nous fait le teasing d’une exposition « majeure ». Alors forcément, nous on fonce !

La Whitechapel Gallery est un lieu très agréable. Le musée comprend également une librairie très riche, et un café assez agréable pour se détendre après l’exposition. Et se détendre, au calme, loin de la violence, c’est bien ce dont nous avions besoin après avoir vu « Electronic Superhighway ». 

Une scénographie à revoir

L’exposition est présentée sur deux niveaux. En bas le plus gros des oeuvres, et à l’étage une petite salle regroupe d’autres travaux. La lumière est très forte. La scénographie est assez étrange. On doit presque zigzaguer entre les oeuvres, faire attention de ne rien casser, rien toucher. Les cartels sont disposés presque de façon aléatoire. On ne sait pas tout de suite ce que l’on regarde. Bon, très bien, la scénographie est une partie important de l’organisation d’une exposition, mais passons. Passons outre le fait que le parcours ne soit pas clairement explicité. Faisons abstraction de l’absence de fluidité. Oublions l’éclairage qui ne rend justice à aucun des travaux présentés. Tentons d’effacer toutes ces choses qui nous feraient regarder cette exposition d’un oeil négatif, d’emblée.

Un parcours chaotique

Et bien que dire du choix des œuvres ? Prise chacune de façon indépendante, les travaux qui sont présentés sont très intéressants. On réussit à comprendre l’expérimentation chez beaucoup d’artistes. On comprend l’arrivée des nouvelles technologies et le bouleversement qu’elles ont créé. Il est important de découvrir, et de tenter de comprendre l’impact qu’ont eu internet et les ordinateurs, dans la démarche artistique des années 60 jusqu’à nos jours. La compréhension de ce phénomène permettra de voir d’un oeil nouveau, un grand nombre de mouvements, de comprendre le travail de beaucoup d’artistes.

Et pourtant, il faut se forcer pour conclure. Les oeuvres agressent le regard. Les couleurs vives deviennent criardes, presque aveuglantes sous les lumières. Les oeuvres sonores hurlent des bruits disgracieux dans la toute petite pièce. Plusieurs oeuvres crachent de la musique, tout s’entremêle, on ne sait plus où écouter, ni où regarder. On se dit qu’en entrant dans cette alcôve on va prendre 5mn de répit et essayer de comprendre. On ne nous le permet pas. Dans la première pièce, noire, des images s’enchaînent à une vitesse folle, quand, dans la seconde pièce on voit successivement un homme empailler des oiseaux, une femme se caresser et un homme sous la douche. Là encore, le message n’est pas clair, on ne sait pas où est le cartel, on ne comprend pas la thématique. Les explications manquent et cette absence de clarté devient gênante.

L’exposition de la Whitechapel Gallery promettait un voyage intéressant au coeur des rapports des artistes à Internet, aux ordinateurs et aux nouvelles technologies. Le voyage n’a pas été plaisant, mais attention, cet avis est subjectif. En tout cas, une chose est sûre, la sensation que l’on a en ressortant de l’exposition est identique à celle d’un voyage au coeur des Internets. On est submergé par des informations, des images violentes, d’autres plus douces, des sons stridents, des messages dans tous les sens, sans toujours avoir les bonnes explications. En sortant de la Whitechapel Gallery un sentiment de fatigue extrême nous envahit, comme si on avait passé des heures à zoner frénétiquement sur Internet.

Crédit photo : Rafael Lozano-Hemmer, Surface Tension, 2007. Trackers, La Gaïté Lyrique, Paris, 2011. Photo by: Maxime Dufour

Les commentaires sont fermés.