Elisabeth Vigée Le Brun au Grand Palais : l’art du portrait

Joues roses, teints de pêche, formes généreuses et costumes d’époque… La première rétrospective française consacrée à la portraitiste de renom, fait honneur à son talent pour représenter ses contemporains.

Réalisme et idéalisme confondus 

L’exposition du Grand Palais se présente comme une échappée poétique dans l’aristocratie française du XVIIIe siècle. Les portraits de nobles, de « fils et filles de », voire même de rois et reines, sont mis à l’honneur. Mais avant d’en parler plus en profondeur, un bref récapitulatif historique s’impose. Élisabeth Vigée Le Brun (1755-1842), fille d’un pastelliste et d’une coiffeuse, originaire d’un milieu modeste donc, est initiée très jeune à l’art par son père. Celui-ci, lui aurait d’ailleurs dit d’une manière prophétique : « tu seras peintre, mon enfant, ou jamais il n’en sera ».  Son mariage avec le marchand de tableaux Jean Baptiste Pierre Le Brun, en 1776, lui ouvre les portes des cercles influents de l’époque.

Rapidement, elle acquiert sa propre touche personnelle, et s’adonne à l’art du portrait. Elle les veut très réalistes, mais n’hésite pas à les idéaliser pour embellir les personnes portraiturées, au plus grand plaisir de ces dernières. C’est ce savant mélange de réalisme, et d’idéalisation, qui lui vaut rapidement une réputation croissante, et qui l’amène à exécuter de nombreux portraits de l’aristocratie française de son temps. Entre autres, celui de Madame de Porcin (1770), qui représente une jeune femme à la peau diaphane, au sourire angélique, portant entre ses bras un petit épagneul plus vrai que nature.

Une exposition chronologique

La construction de l’exposition est plutôt élémentaire, puisqu’elle suit un fil chronologique, tout en effectuant quelques ruptures thématiques au long du parcours. On commence ainsi par une salle dévolue aux autoportraits de l’artiste, ce qui permet de l’introduire tout en donnant un premier aperçu de son travail. La toile L’artiste exécutant un portrait de la reine Marie-Antoinette (1790), est une mise en abime de son travail de portraitiste. Viennent ensuite ses années de formation, auprès de plusieurs peintres qu’elle suit dans leurs ateliers, et qui lui permettent de forger sa propre technique. Joseph Vernet, l’un de ses professeurs, lui donnera pour conseil : « La nature est le premier de tous les maîtres ». Elle fait alors beaucoup de portraits de ses proches, et de sa famille. Elle entre à l’Académie de peinture et de sculpture en 1780, grâce à sa toile allégorique La Paix ramenant l’abondance.

La salle qui présente sa consécration donne à voir plusieurs portraits d’aristocrates aux noms pompeux. On y retrouve toujours des coups de pinceau délicats, une attention particulière portée à la physionomie qui va dans le sens d’un embellissement, la présence de nombreux détails, notamment dans la parure et le décor, et toujours, de subtils jeux de lumière qui mettent en valeur les tenues aux multiples drapés satinés. Les portraits de la famille royale, et de la Cour, sont tout aussi majestueux, ainsi que ceux consacrés aux enfants. Un second écart thématique est effectué avec la présentation de plusieurs œuvres réalisées au pastel, en hommage à la profession de son père.

Il faut ensuite monter un étage pour terminer l’exposition en plongeant dans la période tourmentée de la Révolution Française. En raison de sa position sociale enviée et de ses relations avec les puissants, il est tout naturel qu’Élisabeth Vigée Le Brun décide de fuir la France. Elle passera ainsi douze ans de sa vie à l’étranger, entre l’Italie, la Russie et l’Autriche. Suivie de sa renommée française, elle parviendra, là aussi, à intégrer le cercle des puissants, et peindra de nombreux portraits de l’aristocratie étrangère, comme celui de La comtesse Skavronskaia (1790). Cette partie de l’exposition est un peu redondante à force de portraits, bien qu’elle permette de bien intégrer les différentes caractéristiques de la peinture d’Élisabeth. 

Peindre la royauté et la maternité

A mon sens, deux thématiques se détachent particulièrement de l’ensemble de cette exposition. Tout d’abord, le rôle de portraitiste officielle de Marie-Antoinette, qu’Élisabeth Vigée Lebrun incarne à partir de 1778. Cette position, pratiquement impossible à atteindre pour une femme à l’époque, lui confère une renommée internationale, et fait office de reconnaissance de son talent. Les portraits de la reine, présents au Grand Palais, la montrent dans différents états : avec ses enfants, dans l’exercice de ses fonctions, et même en tenue d’intérieur avec Marie-Antoinette en robe de gaulle (1783). A l’époque, la peinture avait fait scandale, car la reine ne devait pas se montrer en public dans un habit considéré comme « négligé ». On regrette toutefois que le portrait dans sa version la plus connue, à savoir Marie-Antoinette à la rose (1783), présent au Petit Trianon, ne soit pas exposé ici.

Le deuxième thème pertinent est la mise en valeur des enfants et du lien maternel, qu’Élisabeth Vigée Le Brun est l’une des premières artistes à valoriser. En partie, parce que c’est à cette époque que les conditions sanitaires évoluent assez pour que la mortalité infantile diminue, et que les adultes commencent réellement à créer des liens affectifs forts avec leurs enfants. L’exposition présente plusieurs portraits individuels d’enfants aux joues dodues et aux grands yeux attendrissants. Elle montre aussi l’une des toiles les plus célèbres d’Elizabeth Vigée Lebrun, en dehors de ses portraits royaux : La Tendresse maternelle (1786). On peut y voir l’artiste entourant d’un geste protecteur sa fille Julie, assise sur ses genoux. La douceur qui se dégage de cette scène est accentuée par les regards francs et heureux des deux personnages. La portraitiste va même jusqu’à sourire et dévoiler ses dents, ce qui est assez rare en peinture à cette époque, puisque les dentistes ne couraient pas les rues.

Plus d’informations sur : www.grandpalais.fr 

Crédits : www.grandpalais.fr 

 

Les commentaires sont fermés.