Elsa Tomkowiak : une explosion de couleurs à Nanterre

L’œuvre que nous allons vous présenter est une installation picturale réalisée par Elsa Tomkowiak. Elle se situe dans la vitrine de la Terrasse, la galerie d’art contemporain de la ville de Nanterre. Elle a été produite au cours de la première semaine de février et sera exposée jusqu’au printemps 2015 En effet, le 6 février dernier a eu lieu l’inauguration du lieu « Aire de repos » à la Terrasse de Nanterre : un endroit qui a pour vocation de réunir un ensemble de propositions artistiques et culturelles liées aux thèmes de la méditation et de l’évasion de la vie urbaine.

Le réaménagement de la vitrine de la Terrasse

Si vous venez observer la vitrine en pleine journée, vous verrez une œuvre extrêmement colorée.
Si au premier abord l’œuvre paraît former un ensemble soudé, en s’approchant de la vitrine, on constate qu’elle est en réalité fragmentée et répartie entre plusieurs vitrines.
Sur la droite, on peut voir un amas de gravier qui s’étend sur la moitié de la surface de la vitrine.
La baie centrale renferme une sculpture de forme abstraite composée de plusieurs blocs de béton peints. Dans l’un d’entre eux est encastrée une longue plaque de verre colorée
L’œuvre se détache sur un fond coloré : un dégradé de peinture allant du blanc vers le violet.
Enfin, une seconde sculpture, similaire à la première, est installée juste à côté. Elle est observable au niveau de la troisième baie, à proximité d’une machine à fumée seulement activée la nuit.
L’œuvre « sans titre » de Tomkowiak a un impact tout à fait différent en fonction des heures de la journée : la nuit, elle s’apprécie à travers un nuage de fumée coloré par des lumières et l’installation devient particulièrement spectaculaire.
Le jour, malgré l’absence de la fumée, les éléments sont, certes, figés, mais le spectateur est amené à se déplacer. Elsa Tomkowiak dit d’ailleurs que « les différents éléments et sculptures sont bien moins visibles le jour et moins palpables ». Il y a en effet un jeu de transparence, entre la fumée et les plaques de verre, qui fait qu’au crépuscule, l’œuvre se dévoile au spectateur sous un jour inédit.

La sculpture d’Elsa Tomkowiak détonne, puisque ses couleurs contrastent avec l’architecture « grisâtre » de la ville de Nanterre. On peut se demander si, à travers cette composition, l’artiste ne cherche pas à nous montrer à quel point notre environnement est important. Si l’on prend l’exemple du climat : l’être humain se sent mieux lorsque le temps est clément et lumineux, plutôt que sous un ciel grisâtre. On a le même schéma de représentation avec la vitrine de Tomkowiak.
Lorsque la nuit tombe, l’œuvre revête une toute autre forme : avec le mélange de fumée et des jeux de lumière dans différentes gammes chromatiques, le spectateur rentre dans un univers plus abstrait et fantasmé où l’invitation à la méditation est suggérée. En effet, c’est cet enchevêtrement de paysages imaginaires qui permet l’évasion.
A travers son œuvre, Elsa Tomkowiak a désiré transmettre un ressenti à son public. Elle a vraiment voulu jouer sur l’atmosphère que peut dégager son installation. L’artiste s’est emparée des surfaces, des volumes, mais aussi de l’air par le biais de la fumée, fumée qui d’ailleurs s’échappe de la vitrine et investit l’extérieur. L’œuvre, finalement, s’échappe de son écrin pour aller à la rencontre du spectateur qui fait face à la vitrine.

Une colorisation spatiale

L’artiste nous immerge dans son univers fait d’explosions de formes et de couleurs.
De la peinture à la sculpture, chez elle, tous les formats possibles sont convoqués pour une restructuration de l’espace par la couleur.
Quelle que soit la nature du médium utilisé, le processus de création de l’artiste demeure toujours le même. Ce processus qu’elle nomme « la strate » consiste en l’accumulation de surfaces planes, la composition colorée étant réalisée par succession d’aplats.

Lors d’une entrevue, Elsa Tomkowiak nous a expliqué que cette œuvre marquait un tournant particulier dans sa carrière. Elle a en effet l’habitude de travailler dans de grands espaces comme le Gymnase d’Amance, la piscine désaffectée à Mönchengladbach, en Allemagne, ou, plus récemment, le théâtre Graslin à Nantes.
Sa démarche a toujours été de s’emparer d’espaces désaffectés pour les défaire de leur fonction première et leur offrir un nouveau rôle.

Elsa Tomkowiak est une artiste qui entretient un rapport passionnel avec la couleur et qui s’applique sur son propre corps à travers les vêtements et le maquillage. Avec la vitrine, elle exploite de nouveau un espace qui se détache de sa fonction initiale pour finalement devenir bien plus que le réceptacle de son installation puisque la vitrine elle-même fait partie intégrante de la composition.
Pour elle, l’architecture sert de support pictural : l’espace est envahi dans sa globalité afin de créer une harmonie entre le lieu choisi et la composition.
Cette œuvre, non référentielle, puisqu’elle n’a pas de titre, est la représentation d’un paysage irréel aux formes abstraites qui laisse place à l’imagination du spectateur : l’installation vous invite à contempler, méditer, dans un milieu urbain qui peut être hanté par de nombreuses pressions, liées, par exemple, au travail ou aux transports en commun.

Les commentaires sont fermés.