Emilie Ménard, trouble dans la féminité

« On ne naît pas femme, on le devient » écrivait Simone de Beauvoir. Mais quel genre de femme exactement ? C’est la question que se pose Emilie Ménard au travers de ses œuvres. Puisque la féminité semble être la définition même des femmes, l’artiste vient remettre cela en question. Encore faudrait-il pouvoir s’accorder sur ce qu’est, ou n’est pas, la féminité.

Les femmes. Voici l’univers qu’Emilie Ménard présente à la galerie des Arènes depuis le 16 juin. Pourquoi ce choix ? Agée de 32 ans,  l’artiste elle-même a du mal à l’expliquer. « La femme c’est un sujet qui m’inspire. Il n’y a pas de raison rationnelle, j’essaye juste d’exprimer ce que je ressens » confie-t-elle à Arts Magazine (n°101). Nous, ce que l’on ressent en contemplant son travail, c’est de l’allégresse et de la stupéfaction. Et cela pour avoir su (et osé) parler d’un sujet actuel – la question du genre – mais aussi pour l’avoir fait de manière subtile. Car dans ses tableaux, Emilie Ménard ne se joue pas seulement des codes sociétaux, elle mêle aussi différentes techniques artistiques qui finissent par créer un genre unique. Huile, acrylique, aérosol… En superposant ces textures, l’artiste, autodidacte, offre une intensité et une profondeur sans égale à ses sujets. 

Féminine ou masculine : les deux, est-ce possible ?

Cette exposition nous prouve que oui. Maquillage et poitrine généreuse pour certaines, les femmes d’Emilie Ménard possèdent à première vue lesdits attributs féminins. Pourtant, lorsque l’on y regarde de plus près, elles ne sourient pas, fument, portent des vêtements larges et s’expriment comme des hommes. « Pourrions-nous aller ailleurs ? » sous-entend l’une, tandis qu’une autre déclare : « T’inquiètes pas, j’ai aussi oublié ton nom ». Alors, qui a dit que le sexe définissait le genre de façon naturelle ? Certainement pas nous, et encore moins Butler ou Witting, pour qui le genre est une construction relevant davantage d’une performance quotidienne de gestes et de paroles, pour résumer très simplement. L’exposition d’Emilie Ménard est donc quelque part une mise en abîme de cette performance de genre puisqu’offerte aux yeux de tous durant un mois. 

Femmes d’aujourd’hui, femmes de demain

Les vingt-cinq tableaux exposés à la galerie livrent une vision non traditionnelle des femmes et dévoilent au grand jour le rêve de beaucoup d’entre elles : être libérée et délivrée de toute domination masculine, posséder son corps (voir les nus féminins), et vivre selon ses propres règles. Les femmes d’Emilie Ménard – si on peut les nommer ainsi – inversent les rôles. Elles sont à la fois solitaires et rebelles, provocantes et touchantes. Son travail est influencé par des personnalités (Angelina Jolie, Marylin Monroe), ainsi que par des photographes en particulier (Helmut Newton, Steven Meisel, Peter Lichtenstein). C’est aussi du côté du Street art que l’artiste puise sa source d’inspiration, fascinée par le regard ironique que portent certains artistes (Banksy, Miss. Tic), sur la société. Néanmoins, Emilie Ménard se démarque de ces derniers de par son originalité : utiliser des couleurs vives pour contraster avec la froideur de ses sujets.  Beaucoup croient d’ailleurs qu’ils ne sont que son reflet décliné à l’infini. 

Si certain.e.s verront donc dans le travail d’Emilie Ménard une tentative échouée de mise à égalité entre les hommes et les femmes, nous, nous y voyons plutôt une prise de position pas tout à fait nette. Et c’est ce qui nous plaît. Car là encore, Emilie Ménard fait preuve d’intelligence : elle rend son travail aussi ambivalent et pluriel que le genre.

Informations pratiques :

Emilie Ménard à la galerie des Arènes

24, rue des Boulangers

75005 Paris

Entrée libre

Jusqu’au 16 juillet 2016

Crédit photos : Elodie Schwartz

 

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