Equalizer (2014) – Antoine Fuqua

Plus de dix ans après leur première collaboration, le sympathique Training Day (2001), le cinéaste Antoine Fuqua et l’acteur Denzel Washington reviennent, avec Equalizer (2014), à leur genre de prédilection, celui de leurs plus gros succès, le cinéma d’action. Equalizer rentre d’ailleurs dans une sous-catégorie du cinéma d’action qui, à l’aube des années 1970, est devenue un genre très populaire : le ‘’vigilante movie’’ (Taxi Driver de Martin Scorsese ; Un justicier dans la ville de Michael Winner). Le ‘’héros’’ de ce type de film se réclame lui-même justicier ; ce qui l’amène à agir en dehors de la loi, et surtout à pratiquer ses propres méthodes (cf. Man on fire (2004) de Tony Scott avec déjà Denzel Washington).

Loin d’être sans défaut (un scénario prévisible, la performance indigente de Chloë Grace Moretz, la caractérisation ridicule des ‘’russes’’…), Equalizer possède néanmoins un certain charme, celui de la série B (qu’elle n’est à l’évidence pas : 50 millions de dollars de budget !), véhiculé par un rythme paradoxalement lent pour un film d’action (le film dure étrangement 2H12), mais dont le réalisateur se sert admirablement bien pour filmer le corps vieillissant de son acteur principal, qui n’a jamais été aussi proche de son âge que dans ce film (bientôt 60 ans !). En effet, Washington ne peut plus bouger ou courir comme avant, mais il sait toujours s’adapter : il se met alors à trottiner pour échapper à la menace ennemie et s’efforce d’avoir un coup d’avance en permanence. Il passe également beaucoup de temps assis dans ce film (à boire du thé, à lire des livres, à regarder ses mails, à discuter…), ce qui est assez rare dans ce type de production, où le rythme soutenu est l’essence même des récits à Hollywood (cf. trilogie Jason Bourne, saga James Bond…), et empêche donc tout type de digression souvent maladroite et inutile.

Ce choix radical d’instaurer un rythme lent à l’image de son héros, Fuqua le contourne par l’intermédiaire d’un choix judicieux des cadrages et des plans sur Washington, en particulier ces quelques ralentis ou gros plans qui, par leurs valeurs souvent iconiques, décontextualisent l’action et subliment la présence charismatique de l’acteur. Ce physique imposant, parfois intimidant mais souvent rassurant, a su trouver une démarche personnelle, qui désormais fait partie intégrante de sa technique d’acteur. Son talent est d’avoir su composer avec ce corps dont l’apparence rigide et lourde façonne de plus en plus l’aspect statique de ses personnages (‘’rien ne sert de courir à qui sait attendre’’), malgré le fait qu’il soit encore capable de nous surprendre (cf. les petits pas de danse qu’il effectue au début du film). C’est par l’économie des gestes, des mouvements et de la parole (son timbre de voix si caractéristique : mélange de sérénité et de virilité très envoutante), que Washington construit chacun de ses personnage depuis quelques années maintenant, et ce personnage d’agent secret à la retraite en serait en quelque sorte le sommet.

On pourrait presque dire qu’il suffit de filmer le corps de Washington en train de marcher (au ralenti si possible) pour réussir une scène, et on ne serait alors pas loin de la vérité tant cet acteur a finalement tout compris de la puissance évocatrice de son corps, et su l’amener à un niveau de perfection à la fois très élevé et malléable. Hélas, aucun cinéaste majeur ne figure dans sa riche filmographie, ou alors les films sont mineurs pour les quelques cinéastes intéressants qui ont eu la chance de le diriger (Sydney Lumet, Ridley Scott, Spike Lee), et malgré de nombreuses récompenses, Denzel Washington n’a pas encore eu ni le rôle, ni le film et ni le réalisateur qui l’installerait définitivement parmi les plus grands.

Crédits photo 

Les commentaires sont fermés.